Auteur : Alexandra Girard

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Cartes : un atlas jeunesse pour découvrir le monde

C’est en travaillant en librairie que j’ai pu me plonger dans l’univers des atlas jeunesse. Un monde infini que je ne connaissais que très peu venait de s’ouvrir à moi. C’est une de mes collègues qui m’a montré — sur un plateau d’argent, avec un jet de lumière éblouissant et un alléluia victorieux — le très magnifique atlas Cartes : voyage parmi mille curiosités et merveilles du monde de Aleksandra Mizielinska et Daniel Mizielinski, auteurs polonais. Mon cœur a bondi lorsque je l’ai aperçu. Ce grand livre était parfait en tout point. Je ne pouvais m’arrêter de l’usurper, en me faufilant dans la section jeunesse de la librairie quand un temps mort me le permettait, afin de le feuilleter avec ravissement. Ce livre bleu me fascinait. Destiné à un jeune public, Cartes présente plusieurs pays de tous les continents, cartographiés à l’ancienne, à la manière des cartes des grands explorateurs d’autrefois. Chaque page est ornée d’illustrations minutieuses, détaillées et naïves qui désignent à tout coup une particularité du pays présenté. On y découvre les attractions principales, …

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Chroniques d’une anxieuse : À toi, cher monsieur déplacé de la librairie

À toi, cher monsieur déplacé de la librairie, Apparemment que mes sourires et mes bonjours polis t’ont turné on. Apparemment que tu comprends pas que ce ne sont pas des avances. T’as comme pas catché que je fais juste ma job et que ça fait partie de mon travail de te sourire même si j’en n’ai pas envie. Sorry, mais cette journée-là, je t’aurais plus pitché un livre dans face que de te sourire à pleines dents. Mais je faisais ma job. J’étais une femme en train de faire son travail, tu vois. Je n’ai aucunement demandé à ce que tu me considères comme une pièce de viande prise dans son enclos à la caisse. Comme si je n’existais que pour le plaisir de tes yeux. Je ne peux m’empêcher de penser que si j’avais été un homme tu ne m’aurais pas dit des propos déplacés concernant ta libido. Mais pour toi c’était une blague, c’est ce que tu as dit, comme si je m’insurgeais pour rien. C’était juste une blague d’insinuer que malgré tes …

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Chroniques d’une anxieuse : je voulais être de toutes les couleurs

Je n’avais pas été capable de sortir de ma chambre jaune et bleue. Ma meilleure amie m’avait dit que la gang se donnait rendez-vous dans un parc pas loin de chez nous pour engloutir quelques bières. Je souhaitais juste m’engourdir un peu pour être à l’aise avant de les retrouver, mais j’ai dérapé toute seule. Le ciel s’était obscurci, il faisait nuit et j’avais le visage boursouflé d’avoir trop pleuré. J’étais étendue dans mon lit les yeux rivés sur le ciel qui bougeait trop vite. Les nuages noirs dépassaient la lune et moi j’avais la tête qui tournait. Ça tournait à cent miles à l’heure. Ça tournait dans tous les sens. J’avais bu la moitié de la bouteille de rhum de mes parents. J’avais 15 ans. Les premières gorgées avaient lentement glissé en moi. Engourdir mes pensées pour mieux les supporter, c’était tout ce que je voulais. Ça fonctionnait, mais seulement pour quelques instants. Après je ne savais plus quand m’arrêter, plus où se situait la limite du tu-t’enlignes-pour-vomir-dans-la-cuvette-toute-la-nuit. De toute façon je la franchissais …

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Bordeline : pour se sentir moins seul.e avec sa folie

Folle. J’ai eu peur de l’être, souvent. Trop longtemps, j’ai eu l’impression de l’être vraiment, aussi. C’est douloureux pour la tête et les émotions quand le mot te traverse de bord en bord. Ça transperce, fort. Ça te balance en bas de ta chaise. Ça te fait pleurer en p’tite boule dans les couvertes, le cœur serré. Ce mot-là il est resté ancré en moi comme une cicatrice qui n’a jamais voulu s’effacer. Il revenait à la charge, toujours. Folle. Je suis folle. Je suis crissement folle. Mes instants de paranoïa, mes délires non-justifiés, mon humeur changeante, mes états dépressifs, ça en faisait trop, je me disais : j’suis pas normale. Tout le temps. Ça revenait à la charge, encore. Une p’tite crotte abandonnée sur le bord de la route. Une guenille sale qu’on a oubliée dans le fond de l’évier. Un lapin dans sa cage qu’on n’a pas lavé depuis des jours. Je croyais être seule au monde. Un jour j’en ai parlé à un psy, puis à des ami.e.s et à ma famille. J’ai …

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Chroniques d’une anxieuse : ma petite peur de l’échec

J’me souviens encore du seul et unique examen que j’ai coulé. J’étais en cinquième année. C’était un test sur les divisions. Un test surprise. Quand madame Diane avait lancé avec un p’tit sourire narquois qu’on serait évalué là, maintenant, tout de suite, sur ce qu’elle nous avait enseigné la veille, j’ai buggué. Les autres soupiraient. Les autres tappaient du crayon nerveusement. Mais moi. J’ai buggué. Beaucoup. J’ai cru que le monde s’effondrait. J’étais pas préparée. D’habitude, j’étudiais, me pratiquais jusqu’à temps que ce soit ancré en moi comme si je l’avais toujours su. Comme si j’étais née en sachant diviser des nombres compliqués. Mais là, je ne pouvais pas, j’étais impuissante, je n’étais pas prête, je ne me souvenais de rien. Les mains moites. Le pied droit nerveux. Les yeux pleins d’eau. La prof qui passait d’un pupitre à l’autre en s’assurant de déposer face contre table le bout de papier qui me faisait trembler l’intérieur. Elle est arrivée à mon pupitre. Elle a déposé le test devant moi. Elle a dit : dans 4, 3, …

Les choses immuables : ces relations qui sont faites pour durer

J’ai commencé à lire Les choses immuables d’Éléonore Létourneau durant une période charnière de ma petite existence. Le genre de période où plus rien n’a vraiment de sens, où tout semble s’éclipser dans le néant des questionnements, dans le je-sais-pus-où-ma-vie-s’en-va. Le poids des choix que je devais prendre – que je m’efforçais de prendre – me semblait trop lourd à porter, pour l’instant. Il fallait choisir, mais je trouvais difficile de laisser tomber des rêves pour d’autres, de favoriser une voie plus qu’une autre. Trop difficile. Je n’y arrivais pas. Je voulais tout. Et ne rien concéder. C’est à ce moment que les mots d’Éléonore Létourneau sont arrivés dans ma vie. Juste à point. À cet instant précis où tout s’effondrait, où j’en avais le plus besoin. Je me suis retrouvée, avec justesse, à travers chacune des remises en question des personnages de Louis, Hélène, Virginie et Mathieu, qui à l’orée de la quarantaine ne savent plus s’ils ont bien fait de s’enfoncer dans la banalité de la routine. Les jours se ressemblent sans aucune surprise. Les …

Autour des livres : Rencontre avec Alexandra, collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires. Pour cette édition, notre collaboratrice Alexandra s’est prêtée au jeu! 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? Ma mère qui me lit les plus beaux récits, tout juste avant que je ferme les yeux, à l’heure du dodo, elle tourne les pages en changeant sa voix pour animer les personnages qui …

Owen Hopkins, Esquire : Les cicatrices qui blessent ne partent jamais

Avec Owen Hopkins, Esquire, Simon Roy signe un deuxième roman d’une plume habile et magnifique où chaque phrase devient un bijou littéraire qu’on pourrait lire et relire pour le simple plaisir du beau. Au-delà de ces mots qui s’agencent avec fluidité les uns aux autres, l’auteur propose le récit d’un drame familial, d’une filiation brisée et d’une trainée de blessures qui restent à jamais. Il s’agit de l’histoire d’une relation en péril, entre un père et un fils, qui s’effiloche jusqu’à n’être que poussières vides. L’atmosphère est douloureuse et lourde, mais d’une belle lourdeur, angoissante et intrigante, qui pousse à tourner frénétiquement les pages à la recherche de ce qui a bien pu décomposer la famille de Jarvis, personnage principal. Roy présente ce récit qui semble trouver écho dans Ma vie rouge Kubrick, son premier roman paru en 2014 et lauréat du Prix des libraires du Québec en 2015, où il est question également d’un passé familial dont les cicatrices sont indélébiles. Jarvis vient tout juste d’apprendre que son père est mourant. Celui qui, précisément, a …

Chroniques d’une anxieuse : avec toi j’révolutionnerais le monde

On m’avait surnommée le raton laveur au primaire parce que j’avais des cernes bleus qui m’pendaient jusqu’aux genoux. J’en ai pleuré une shot quand le gars sur qui j’avais un kick m’a appelée d’même devant toute la classe. J’ai longtemps pensé que j’tais pas belle, comme dans la toune de Jean Leloup, une p’tite maigrichonne qui se trouverait jamais de chum. Juste sentir mon corps exister, respirer, c’tait tough. Je faisais de l’insomnie, à 12 ans. Et j’avais des cernes de raton laveur, ben bleus, ben creux. J’savais pas pourquoi j’tais comme ça. J’me sentais différente pis pas normale. Trop souvent. Les p’tites voix dans mon cerveau me criaient des bêtises. C’tait gossant à la longue de se faire dire que je n’y arriverais pas, que j’devrais pas dire ceci ou cela, que j’tais pas bonne, pas fine, pas jolie pis un peu conne aussi. Ça te brime la confiance et l’estime en même temps. Un jour, j’ai surpris mon père dans son lazyboy, du Charles Aznavour dans l’tapis, une larme à l’œil. Il regardait …

La vie et son lot de awkwardness : la thérapie de Sarah Andersen

J’ai ri, beaucoup, à chaudes larmes. Devant chaque trait naïf, spontané, presque maladroit, mais tellement expressif. Devant chaque épisode d’images porteur d’une lucidité franche. Devant un quotidien, des pensées, des gestes qui semblaient être les miens; j’étais là, d’une case à l’autre, comme si l’illustratrice et cartooniste de 23 ans, Sarah Andersen, avait épié ma vie pour élaborer Adulthood is a myth, bande dessinée exquise. Cette drôle d’impression, je ne suis sûrement pas la seule à l’avoir ressentie. Et c’est là toute la beauté du travail d’Andersen. Ce tout premier livre de cette artiste établie à Brooklyn est un véritable diachylon pour les esprits anxieux qui tentent de se tracer un chemin dans les méandres de la vie adulte. Une thérapie en soi. Parce qu’on s’y voit, on s’y reconnait. On s’identifie à cette jeune étudiante échevelée aux yeux exorbitants, une introvertie féministe à la maladresse facile, au awkward fréquent, qui s’adonne à la procrastination et à la panique, quotidiennement. Son meilleur ami est un lapin. Son chat est une plaie qui s’amuse à la réveiller …