Littérature québécoise
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Entre un corps cactus et la peur de vieillir

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Crédit photo : Jérémie Bertrand

Demoiselles-Cactus, c’est avant tout l’histoire de Mélisse, une femme (fille?) qui est continuellement en refus de grandir, de vieillir, d’accepter le temps qui passe. Atteinte de troubles alimentaires tels que l’anorexie et la boulimie, on l’a suit dans ses pensées chaotiques, son mal être et sa grande solitude.

Melisse est complexe, froide, instable, oserais-je dire, folle. Elle traverse la vie en ayant en tête des pensées confuses, enfantines et blessantes, surtout envers elle-même. Ses troubles alimentaires l’amènent à avoir un regard ultra noir sur le monde médical et un ton vraiment méprisant. C’est un peu la complexité du personnage qui vient retarder le déroulement de l’histoire… J’avoue que je n’ai pas été entièrement charmée par ce premier roman de l’auteure Clara B.Turcotte. J’ai trouvé qu’il y avait trop de thèmes dans le roman et qu’ils étaient souvent trop en surface.

Je m’explique: Mélisse vit avec l’autre, son « chum », même s’ils ne partagent aucune intimité ensemble. Elle se doute clairement qu’il consomme de la pornographie juvénile, mais prend lentement conscience du besoin d’éclaircir cela. Déjà là, on tient un roman tout entier, mais on laisse trop souvent de côté ce mystère. La vie de Mélisse tellement empreinte de solitude l’amène à consommer et à rester figée dans ses rêveries. Elle reste là à regarder la vie des autres en attendant de vivre la sienne. Figée dans son corps dont elle est prisonnière, on la voit divaguer dans ses pensées chaotiques. Incapable d’avoir une relation saine avec son corps, autant au niveau de l’alimentation que de la sexualité.

Cet autre dans la vie de Mélisse vient complexifier encore le personnage, est-ce qu’il avait un rapport de domination avec elle? On n’en dit pas trop… Compte tenu de son corps filiforme et de son envie de rester une jeune fille, j’étais coincée à essayer de définir cette relation si profondément malsaine. Par la suite, elle reprend contact avec un ancien voisin, Charlot, tout autant brisé et mal dans sa peau. Je n’arrivais pas à comprendre le chemin de Mélisse… Cependant, c’était peut-être le but? Nous plonger dans le quotidien illogique, tragique et malade de Mélissa. Si oui, bien joué, je me suis sentie dénuée de pouvoir pour aider cette jeune fille qui en a tellement besoin.

Toutefois, le trouble alimentaire de Mélisse m’a semblé extrêmement bien amené. L’écriture de Clara B.-Turcotte nous amène vraiment à comprendre les illogiques pensées de Mélisse et sa douleur profondément ancrée d’être si mal dans sa peau. Le langage cru, l’humour noir, le ton amer de Mélisse, tout fonctionne. La laideur de ses pensées et de ses gestes font en sorte qu’on y croit à la douleur du personnage.

Bref, je ne regrette pas ma lecture, ne serait-ce que par l’écriture qui m’a conquise et m’a guidée tout au long de l’histoire. Néanmoins, cette histoire est trop chargée d’éléments et je trouve parfois que ceux-ci ont été mal exploités. Je suis toutefois curieuse de suivre Clara B.-Turcotte dans ses prochains écrits, car ses thèmes de prédilection me touche: le rapport au corps, les troubles alimentaires et aussi, cette peur de vieillir et de devenir une femme.

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Demoiselles-Cactus, Clara Brunet-Turcotte, Léméac, 2015
9782760947030

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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