Chroniques d'une anxieuse
Comments 3

Chroniques d’une anxieuse : j’te jure, tu vas revenir!

12166079_10152974285766534_1127971439_nJe ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai toujours aimé marcher sous la pluie. Souvent, ça a été un des meilleurs remèdes pour remonter mon p’tit moral tristounet. Moi, le sourire aux lèvres, sous une douche de petites gouttes tombant du ciel, j’oubliais mes soucis, mes tracas, le merdier dans ma tête qui m’empêchait d’avancer.

J’oubliais, les deux pieds trempés, que le matin un autobus avait passé un peu trop près du trottoir où je me trouvais faisant éclabousser une vague de bouette sur ma jolie robe. J’oubliais qu’en allant me chercher un café, la robe toute tâchée de gadoue bien brune, un homme m’avait dépassée et avait commandé pendant trois heures des breuvages pis des beignes pour tous ses p’tits amis. J’oubliais qu’en prenant ma douche la veille j’avais pleuré sans trop savoir pourquoi. Juste parce que mon corps avait besoin de faire sortir une peine incontrôlable, une peine qui n’avait pas de nom, mais qui était bien réelle.

Pis cette peine-là me hantait encore. C’était difficile à expliquer, à comprendre, à saisir. C’était comme un beau mélange de plein de regrets, de remords, d’obsessions inutiles, de questionnements excessifs et de pensées parasites qui font voir la vie en noir ben ben foncé.

J’étais trop dans ma tête, il fallait que je reprenne contact avec le sol, avec la vie, avec le présent. Câline. J’avais réellement d’besoin que quelqu’un me prenne par les épaules et me dise « Alex, arrête de t’en faire, j’te l’dis, ça va pas si mal que ça, j’te jure». Pis cette personne-là, pour moi, c’était la pluie.

Pourtant tout allait bien. Même très bien. Je partais dans une semaine à peine en voyage avec une de mes meilleures amies découvrir un endroit que j’avais toujours voulu voir. San Francisco here we come! La Californie, le soleil, les plages magnifiques, Alcatraz, les quartiers aux maisons pastel, la vie de hippie. Mais ça marchait pas d’même dans ma tête.

Plus la date de départ approchait, plus je capotais. Je ne pensais pas à toutes les merveilles que j’allais visiter, mais plutôt à tout ce qui pouvait m’arriver de pire. Et, quand je dis pire, c’est PIRE. J’avais appelé ma meilleure amie en lui disant : « et si mon avion explosait? » et elle s’était mise à rire à l’autre bout du fil.

Parce que, tsé, quand on est anxieux, on a comme le don de s’imaginer plein d’affaires vraiment l’fun. Genre moi dans un avion qui brûle. Cool.

Ça te fait passer une super belle nuit avec plein de beaux rêves pas traumatisants pantoute.

Faque je partais à San Francisco avec l’idée que j’allais peut-être jamais revenir. L’idée terrible que j’allais peut-être mourir. Qu’un terrible hippie aux lunettes rondes et aux cheveux longs, sifflotant du Bob Dylan, me kidnapperait durant mon sommeil à l’auberge où je passerais une semaine.

Ben oui, Alex, c’était vraiment TRÈS probable.

Avant de partir, j’ai appelé mes parents en pensant que c’était peut-être la dernière fois que j’allais leur parler. Et, la veille du départ, je m’imaginais que tout était un last time. La dernière fois que j’embrassais mon chum, que j’étais la petite cuiller et lui la grosse, qu’il me prenait dans ses bras, qu’il me disait qu’il m’aimait.

Les dernières fois. Ça faisait mal d’y penser.

C’est terrible d’en avoir conscience. Et, encore plus terrible, de vivre certains moments comme les derniers pour aucune raison valable. Parce que, tout ça, c’était dans ma tête, dans ma folie, dans ma peur de mourir. De perdre à jamais tout ce qui m’était cher.

J’ai pleuré une nuit complète (ou presque) en pensant que mon avion allait s’écraser. Et, pourtant, j’ai pris l’avion le lendemain, j’ai été à San Francisco, j’ai fait un voyage merveilleux, j’ai bu du vin californien et je suis revenue. Parce que, bien souvent, on revient.

Pis on a capoté pour rien, on a usé notre énergie pour des conneries pour, finalement, revenir avec le gros smile, comme on dit.

Advertisements
This entry was posted in: Chroniques d'une anxieuse

par

Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

3 Comments

  1. Article vraiment parfait. Je me suis déjà tapé une sale crise de panique dans une avion sans aucune raison et dieu sait que j’adore les grosses pluies chaudes d’été où il fait bon marcher ! Bref, super article ! 🙂

    J’aime

  2. Ping : Dans ma valise, je rapporte…(à réviser) | Le fil rouge

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s