Réflexions littéraires
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Ma première expérience au Camp littéraire Félix

Je ne sais pas si c’est la vie ou si c’est le hasard, mais j’ai l’impression que je ne vais jamais me rendre à destination, à la limite en peut-être plusieurs morceaux, mais incomplète. D’abord, j’oublie mon fil de portable à la maison (alors que j’ai pris deux jours pour faire mes bagages, liste à l’appui, pour m’assurer de ne rien oublier), puis j’oublie ma veste à Gaspé, où j’ai dormi la veille pour partir tôt le lendemain matin et en chemin, on arrête à la Fromagerie des Basques, un incontournable, et le conducteur oublie la clef de voiture dans la voiture. Ça en devient hilarant.

23 mai journée de l’oubli!

 *

Ma vertigineuse aventure ne fait que commencer.

J’arrive à l’Auberge du Faubourg, située à Saint-Jean-Port-Joli dans la région de Chaudière-Appalaches, une journée avant tout le monde, pour m’assurer d’être là à temps. Ce n’est pas par manque de confiance, mais bien parce que je n’ai pas de voiture et qu’Orléans Express a considérablement diminué ses arrêts. J’ai alors sauté sur la première occasion de pouvoir me rendre au camp.

J’entre dans ma chambre, celle où je retrouve une solitude à la fois bonne et empreinte de nostalgie au courant de la semaine. Au fond de la longue pièce s’élèvent deux larges fenêtres avec vue sur l’un des plus beaux panoramas qu’il m’est été donné de voir, le fleuve Saint-Laurent et sur la rive opposée, les montagnes de Baie-Saint-Paul.

C’est au pied de ce fleuve que je reviens plusieurs fois par jour pour m’inspirer, m’énergiser et pour trouver réconfort. Ce paysage, si je pouvais en faire partie, ou le prendre en entier dans mes bras, je le ferais. Je l’observe pour l’enregistrer en totalité dans ma mémoire et dans toutes les pores de ma peau.

Aujourd’hui, il me manque atrocement. Pour la toute première fois, je suis amoureuse du Fleuve Saint-Laurent, moi qui suis habitée par la mer depuis toujours.

Ce n’est que 24 heures plus tard que je rencontre ces autres gens qui deviennent grands et déterminants dans ma vie, cette famille éphémère du Camp Félix.

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Je suis surprise de constater que la plupart des participants présents n’en sont pas à leur première expérience au camp. Plus tard je comprends cette nécessité et ce besoin de revenir encore et encore.

Nous sommes huit et les huit ensemble sommes de l’aventure. Huit humains passionnés, prêts à échanger, grandir et explorer. Danielle Morin, grande dame, directrice et mémoire du camp, Yvon Paré, écrivain, formateur, un homme curieux, sensible, à l’écoute et engagé envers nous, auteurs et apprentis auteurs. Nous sommes des gens de tous âges, hommes et femmes, tous animés par un même désir, celui de créer, d’amener plus loin nos mondes imaginés et de partager.

Yvon Paré nous connaît déjà, d’une certaine manière, pour avoir passé plusieurs heures le nez dans nos manuscrits (complets ou 40 pages) les jours précédents le camp.

Les journées sont rythmées par un horaire à la fois précis et traversé de moments d’écriture libre. Jamais nous ne cessons de penser littérature ou écriture. À 8h00, c’est le petit-déjeuner en famille, à 9h00 on se retrouve pour un atelier qui tourne autour d’un sujet précis concernant notre projet d’écriture. Jusqu’à 12h00, nous sommes libres. Je pars alors gorger mes yeux et mon esprit de cette beauté si riche et sans fin du fleuve. Je me laisse traverser par le vent, les parfums des fleurs, des arbres, de l’eau et de la pelouse, les sons des oiseaux et des vagues à marée haute ou à marée basse. J’absorbe l’instant, du moins j’essaie, avec tout ce que je suis, pour qu’il puisse m’habiter chaque fois que j’en ai besoin et pour qu’il me suive tout au long de l’écriture de ce projet. En fermant les yeux, m’y retrouver encore. Comme si j’étais une pierre, un arbre, un bourdon, un pissenlit, une mouette, un rayon de soleil, un nuage, une vague, une montagne ou une petite île.

À 16H30, chaque jour, on se retrouve pour lire l’extrait écrit ou retravaillé durant la journée. De mon côté, je recommence tout à zéro ou presque. Un personnage semble vouloir crier plus fort que les autres. Je lui donne voix et tout change, mon écriture, le souffle, la narration et même la structure du texte qui rappelle le va-et-vient des vagues. De laisser ce personnage s’exprimer fait tout basculer.

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Être artiste, c’est parfois vivre plusieurs émotions opposées d’un seul coup et de ne pas savoir ni comment les vivre, ni comment les nommer ou les exprimer en pensées et dans son corps. Me voilà traversée d’une puissante nostalgie, mais aussi d’une euphorie délicieuse, par la peur et l’empressement d’aller encore plus loin.

Jamais je n’ai eu autant de mal à écrire une page par jour. Je tire une ficelle retenue, féroce, au plus creux de mon être. À chaque mot, je tire, à chaque phrase, je me fragilise et deviens de plus en plus fébrile. Et je ne sais pas pourquoi je me sens ainsi. À 16H30, chaque jour, je me tiens là, avec ce texte où je lis une voix nouvelle, la mienne. Je sens que pour les autres aussi il se passe quelque chose d’aussi signifiant. Je nous vois tous nous transformer et nous ouvrir aux autres avec empathie et humanité, en retirant nos masques. Je suis choyée d’être là.

*

Sans entrer dans les détails…

Toute la semaine, j’ai un tel besoin de m’exprimer. Je suis souvent celle qui écoute. Mais me voilà loquace et je tourne toujours autour du même sujet : ma famille. Au fil des jours, les autres participants s’ouvrent aussi sur le même sujet.

Et me saute au visage l’importance des liens familiaux dans la recherche d’identité.

*

J’ai trouvé une voix littéraire qui parle pour moi, un souffle singulier, la quête de mon personnage central et ma propre quête pour l’écriture de ce roman.

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Pour tout cela, pour les rencontres, pour le paysage et le bagage qui continuera de m’accompagner longtemps, je serre très fort le Camp littéraire Félix sur mon cœur.

Écrivain professionnel ou écrivain en herbe, je ne saurais trop te recommander de tenter l’expérience.

Petite histoire du Camp Littéraire Félix :

«Unique au Québec, le Camp littéraire Félix a été fondé en 1990 et a vu le jour à Esprit-Saint, petit village situé dans la région du Bas-Saint-Laurent.  Il est né de la volonté de personnes œuvrant dans le milieu littéraire et artistique québécois (éditeurs, écrivains, libraires, enseignants, etc.) d’offrir à la relève littéraire un lieu de formation, de perfectionnement et d’enrichissement.

Depuis sa fondation, le Camp littéraire Félix a beaucoup évolué.  Aux ateliers de formation qu’il offrait à ses débuts sont venus se greffer, petit à petit, des ateliers d’approfondissement et de perfectionnement, un colloque littéraire international, une activité de mentorat, l’accueil d’écrivains en résidence, des rencontres littéraires et des ateliers « hors les murs ».

À ce jour, le Camp littéraire Félix a offert 125 ateliers de formation et de perfectionnement, douze mentorats, ainsi qu’un colloque littéraire international intitulé Écriture et région. Plus de mille personnes, venues de toutes les régions du Québec et de certaines régions du Canada, ont participé aux activités du Camp.

Le caractère innovateur du Camp littéraire Félix, par sa formule de stages intensifs, en petits groupes, animés par des écrivains de talent dans un lieu accueillant et chaleureux, lui a permis d’acquérir ses lettres de noblesse tant dans le milieu culturel qu’auprès des stagiaires et des intervenants littéraires.»

http://camplitterairefelix.com/historique.php

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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