Littérature étrangère
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Un matin je suis partie

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Un matin je suis partie est l’histoire d’Alice Steinbach, une femme d’une quarantaine d’années qui se décide à simplement partir. Aller à la rencontre d’elle-même. Pas la mère, ni la fille, ni la journaliste, ni l’ex-femme, simplement Elle-même avec Elle-même. Écrit sous forme de confidence, Alice Steinbach nous entraîne avec elle dans ses voyages, ses rencontres, ses pensées, ses prises de conscience et personnellement, j’ai été obnubilée par l’écriture. Elle est d’une simplicité, d’une franchise et d’une lucidité qui m’a réellement donné envie d’aller à la rencontre de moi-même. 

« Sous bien des aspects, j’étais une femme indépendante, écrit Alice Steinbach. Récemment, toutefois, j’avais commencé à comprendre que, même si je disposais de mon argent et de mon temps, je demeurais en quelque sorte dépendante. Avec les années, j’avais pris l’habitude de me conformer à l’idée que les autres se faisaient de moi comme mère, fille, épouse, ex-épouse, journaliste, amie. J’avais à présent envie d’abandonner ces rôles, au moins pour quelque temps, et de découvrir quelle personne apparaîtrait. » C’est ainsi qu’Alice se retrouve à Paris un matin du mois de mai, première étape d’un périple qui la conduira à Londres, à Oxford, à Milan et à Venise où elle retrouve son tendre ami japonais rencontré dans le train pour Giverny. Servi par une écriture sensible et impressionniste, ce  » voyage d’une femme indépendante  » nous transporte instantanément dans une quête intérieure : un voyage inoubliable à la redécouverte de soi.

Journaliste américaine bien installée, elle gagne bien sa vie, vit avec son chat et est la mère de deux garçons maintenant adultes et indépendants. Divorcée depuis quelques temps, Alice se sent confinée à son quotidien et à sa petite routine. Elle veut connaître l’ailleurs et surtout se retrouver elle. Derrière le rôle de mère et d’épouse, elle sent s’être oubliée un peu et avoir mis de côté son grand désir de voyage et de découverte. C’est ainsi qu’elle décide de planifier un voyage de plusieurs mois où elle ira visiter Paris, Londres, Oxford, Milan et Venise. Ce donnant une grande liberté d’itinéraire et se laissant vaguer au fil des voyages, Alice se voit confrontée à des situations qui l’obligent à prendre le temps et à s’arrêter. J’ai particulièrement aimé le fait que le personnage s’envoie des cartes postales à différents moments de son voyage pour se souvenir de parcelles de souvenirs qui forgent la magnificence des voyages. Ses moindres petites pensées, prises de conscience, questionnements vécus au cours du voyage sont propices à devenir intelligibles et éternels. En les écrivant et en les postant directement à sa maison, Alice se crée des souvenirs qui seront indéfiniment vivants. 

Entre une rencontre marquante avec un japonais avec qui elle crée rapidement un lien d’intimité très fort et beaucoup d’autres rencontres au fil de ses voyages, Alice est vraiment sociable. C’est peut-être ce que je reprocherais au roman, tous ses recentres sont dignes d’une grande connexion. Chacune des personnes qu’elle rencontre devient à son tour un élément marquant de son voyage et à la longue, j’ai trouvé que cela diminuait ses autres rencontres. Dès son premier voyage à Paris, elle rencontre un homme avec qui elle vivra une aventure et peut-être même une relation amoureuse (la fin reste ouverte à ce sujet) et cela est agréable à lire. Le lien qui unit Alice à ce japonais est réel et on y croit. Or, à force de faire des découvertes amicales si significatives, humaines et réciproquement agréables, on en vient à douter de la sincérité de l’auteure, mais c’est réellement le seul point négatif du roman.

Autrement, j’ai pris mon passeport et j’ai laissé Alice me guider dans ses péripéties. Il faut dire que je pars bientôt, moi aussi, en voyage pendant 5 semaines, alors je trouvais que ce roman avait bien des choses à m’apprendre. Alice voyage comme j’aime le faire ; en laissant place à l’imprévu et en appréciant le moment présent. Quoi que cela peut être ardu par moment, car on se trouve dans des lieux inconnus, mais Alice a réellement su ralentir ses pensées et ses craintes pour entièrement se laisser absorder par ses découvertes.

Cette femme indépendante comme le dit le sous titre, Voyages d’une femme indépendante, a su se retrouver elle-même. Toute la leçon de l’oeuvre est là, dans cette nécessité de se retrouver soi, d’être envers et contre tous, la vraie version de soi-même et ce, malgré les titres et les obligations qui nous collent à la peau.


Un matin je suis partie, Voyages d’une femme indépendante, Alice Steinbach, Gallimard, 2005

 

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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