Réflexions littéraires
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Mes amis les sorciers

Je n’ai pas eu une enfance réjouissante. J’ai perdu ma mère à l’âge de six ans. Mon père se retrouvant seul avec trois enfants dans les bras ne détenait pas toutes les ressources dont il aurait eu besoin. Les solutions qu’on utilise en temps de crise ne sont parfois pas les plus réfléchies. Ensuite, nous sommes passés par l’épisode des remplaçantes. Les unes plus folles que les autres. Bref, la typique histoire de l’horrible belle-mère que vous connaissez tous.

J’ai compris assez rapidement que la lecture était ma seule façon de survivre et que, par le fait même, je me rapprochais un peu à chaque fois de ma maman (qui, je l’ai dit dans un article précédent, était et sera toujours la littérature sous mon œil).

Je dois avouer qu’avec son départ précipité, les livres avaient également pris leur envol. Heureusement, il y avait l’école. Là-bas, je me sentais bien. En classe, les professeurs avaient remarqué ma passion pour la lecture. En cinquième année, j’ai eu une enseignante incroyable qui transforma sa salle de classe en Poudlard et qui divisa le groupe en différentes maisons s’inspirant de celles déjà existantes dans l’univers des sorciers. Chère Hélène, je te remercie. C’est dans sa classe à l’école Ste-Bernadette que j’ai découvert mes trois meilleurs amis: Harry, Ron et Hermione.

Le petit roman jeunesse m’est tombé dans les mains comme par magie (c’est bien certain direz-vous). Je n’avais aucune attente. À l’époque, je lisais et c’est tout. Je n’avais pas encore ciblé mon genre favori ou les auteurs admirés. Je n’étais qu’une enfant à la recherche de tous les livres qu’on puisse se mettre sous la dent.

J’ai donc lu le premier tome, Harry Potter à l’école des sorciers. Immédiatement, je me suis identifiée au personnage d’Harry Potter. Seul, mal compris et en manque flagrant d’amour, je compatissais avec ce héros qui me ressemblait tant. Également, dès la première rencontre avec Hagrid, je suis totalement tombée sous le charme. Il fut mon personnage préféré pendant plusieurs années. Maintenant, je ne peux choisir. Mon cœur bascule.

J’ai reconnu en lui le sauveur. Celui qui arrachait le pauvre orphelin à son existence exécrable pour l’amener vers un monde meilleur: Poudlard. L’école prenait une fois de plus toute son importance. Endroit réconfortant, dissimulant le savoir et dans le cas présent, empreint de magie.

Puis, il a eu les Weasley. En eux, j’ai retrouvé la famille, la vraie. Tous pour un et un pour tous. Molly, la mère affectueuse qui donne sans limite. Ginny, la petite sœur fragile. Fred et Georges, les grands frères dont tout le monde rêve. Le Terrier, la maison peu reluisante, mais ô combien accueillante.

Mon cœur se déchirait déjà à choisir mon personnage favori quand Hermione a fait son apparition. Il y avait tellement de moi également en elle. La studieuse miss Je-sais-tout.

Dès lors, l’univers des sorciers s’est établi et imposé au mien. J’ai alors parcouru le deuxième et le troisième livre. J’ai versé ma première larme provoquée par la lecture lors du passage où Buck est exécuté dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (et je vous promets qu’elles sont rares les fois où j’ai pleuré à cause de la littérature).

Déjà, j’étais plus mature. Je comprenais. Je rencontrais à la fois Sirius et Lupin.

Puis, il y a eu l’attente. Le quatrième tome n’étant toujours pas paru en français au Canada, je me faisais impatiente. Il est finalement arrivé sous mon arbre de Noël. À partir de ce soir, je me suis totalement dévouée à la lecture d’Harry Potter et la coupe de feu.

En vérité, je n’aimais pas trop les vacances. C’était synonyme de temps passé à la maison avec l’affreuse belle-mère (il y en a eu une pire que l’autre). Or, avec cet immense livre, je pouvais rester des heures recroquevillée sous la couverture afin de m’enfuir au plus loin de ce monde triste et banal. Je l’ai littéralement dévoré. L’épisode du tournoi des trois sorciers a longtemps été mon favori. J’ai dû le lire une bonne douzaine de fois. Le livre s’est même retrouvé au beau milieu du lac au chalet de mon papi (le frère, je garderai toujours en mémoire ce moment). Heureusement, il fut récupéré.

À partir de ce moment, j’ai commencé à comprendre véritablement. Il y avait des leçons et des morales qui ne s’adressaient plus à l’enfant en moi, mais bien à la jeune femme en devenir que j’étais. C’est le monde d’Harry Potter qui m’a appris l’acceptation de soi, le courage de nos opinions et la loyauté en amitié. J’étais une de ces enfants qui avaient vécu la mort, mais qui ne la comprenait pas encore. C’est les histoires de J.K Rowling qui m’aidèrent à traverser cette étape, mais également, qui permirent d’avoir une compréhension plus approfondie de ce qu’était cette aventure par laquelle nous passerons tous.

Il aura fallu me rendre jusqu’à la fin pour devenir une adulte accomplie. Je ne sais pas trop ce que je serais sans Harry Potter. Assurément, je serais différente. Peut-être moins sensible. Probablement, en manque d’imagination. Plus asociale que je le suis déjà.

Je n’ai pas de facilité à me faire des amis. Je peux être assez réservée lorsque j’en ressens le besoin. Mais encore une fois, Harry Potter m’aura sauvé la mise. J’ai rencontré des gens incroyables. À la base, tout ce que nous avions en commun était notre amour incommensurable pour le monde des sorciers créé par l’auteure. Sur ce pilier, nous avons bâti un monde duquel nous sommes les seuls propriétaires.

Je suis bien maintenant. Je me retrouve dans cette histoire qui me touche et me passionne. Je suis à nouveau une enfant. J’ai la chance de revivre ce moment qui me fut cruellement dérobé; mon enfance. Parmi eux, je me reconnais totalement. Avec le temps, nous sommes devenus une famille. Je vous en remercie tous. Vous vous reconnaissez. (Tsé, François, Mélissa, Annie-Claude, Emy, Ariane, Marie-Ève, Tamara, Hugo, Bobby, Émilie et Jessy) Merci de m’avoir donné la famille que je cherchais depuis toujours. Merci J.K Rowling. Merci d’avoir sauvé la vie d’une jeune fille de onze ans qui ne rêvait que d’un monde un peu plus magique.

La littérature est une héroïne.

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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