Littérature québécoise
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Le regard porté vers la fenêtre

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Dans ce premier roman, Fanny Britt nous offre le portrait d’une femme entière, toute en délicatesse et en dureté et parsemée d’une pensée récurrente, et si ?

Et si la vie que vous avez depuis 15 ans ne vous tente plus parfois? C’est le cas du personnage principal Tessa, agente d’immeuble, mère de trois garçons et en couple depuis 15 ans avec le père de ses enfants. Cette Tessa, toujours au bord d’un précipice, au sommet de la tristesse. Elle se demande toujours un peu ce que serait sa vie, si elle était autrement.

Et c’est l’apparition de son premier vrai amour qui la ramène à se questionner de plus belle. Cet amoureux qui a toujours été présent au fond d’elle-même réapparait dans son quotidien de mère qui transporte des ponts. Elle sera alors complètement chamboulée. Accepter ou refuser de revoir celui qui est à la base même de cette envie de tout lâcher ?

« Dans les chansons, les films, et les milliers de pas parcourus sur les trottoirs de ma ville ». Encore aujourd’hui, la blessure n’est pas guérie. Comment pourrait-il en être autrement, quand il s’agit de « l’Homme-qui-a-tout-changé-et-nous-a-révélée-à-nous-même » 

Tessa est dure avec elle-même et tellement empreinte de délicatesse et de tendresse face aux autres. Le récit nous entraine dans un jeu de va et vient dans ses pensées. Non seulement elle a une répartie du tonnerre, mais surtout on a envie de lui dire de ne pas être si dure avec elle-même. Tessa, c’est le personnage multidimensionnel parfait, on comprend sa réalité familiale, son quotidien, mais on y aperçoit aussi, derrière la fenêtre de son passé, les tourments et les raisons qui meublent sur son sourire une éternelle tristesse.

Bien évidement que le titre du bouquin, Les maisons, fait référence au travail de Tessa, mais aussi à cette habitude très charmante qu’elle a prise au fil des années d’essayer de percer dans les objets des maisons qu’elle visite les personnalités des gens qui l’habitent. Les petits secrets des habitations qu’on tente de camoufler et d’enjoliver, Tessa y pénètre et les connait tous. Le lecteur aussi, puisque Tessa nous laisse apercevoir les recoins de son histoire, les plus beaux comme les moins beaux. Sa vulnérabilité, sa tendresse et la tristesse qui l’habite m’ont réellement fait croire au personnage, Tessa existe, je le sais. Elle existe dans des dizaines de femmes.

Un peu à l’image de Un matin je suis partie d’Alice Steinbach, Tessa rêve parfois de quitter son quotidien, avec son mari qu’elle aime toujours, mais qui traine avec lui un amour organisé et continuel. Elle rêve de tout quitter et de repartir, de tout recommencer et cela passe par les bras de son ex, symbole de fuite et de liberté.

Le tressaillement constant dans les pensées de Tessa à savoir si elle le reverra cet ex, si elle lui fera l’amour, semble lourd sur papier, dit comme ça. Pourtant, je vous assure que l’écriture et la narration de Fanny Britt est si merveilleuse et presque humoristique qu’on s’attache à cette femme si près de nous et farouchement humaine.

Tessa, c’est le non-dit de tant de femmes. C’est le rêve de tout lâcher, de se retrouver, de partir à la recherche de celle qu’on est au fond. C’est ce désir de tout maudire pour apaiser cette tristesse incontrôlable et cette angoisse d’exister tout seulement.

Je serai éternellement reconnaissante envers Fanny Britt pour ce roman. Ce premier qu’elle voulait tant écrire et qui signifiait tant pour elle, est tout simplement parfait. Sans pudeur ni flafla, Tessa se laisse découvrir, dénuder en nous montrant ses failles comme sa grande beauté émotionnelle. On ferme le bouquin conquis d’une femme entière et si près de moi, de vous aussi, j’en suis convaincue.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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