Littérature étrangère
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Critique de « La Fille » de Tupelo Hassman

C’est ma copine Camille qui a mis ce livre entre mes mains, entre deux travaux à la fin de la session dernière. Je n’avais pas beaucoup de temps pour lire à ce moment-là, et j’avoue qu’après avoir remis mes travaux, je n’avais qu’une envie: lire n’importe quoi qui ne me demandait aucun effort intellectuel. Je m’attendais en effet à ce que ce roman m’impose un certain effort de lecture, ce qu’on nomme souvent « une lecture exigeante ». Je repoussais cette lecture, donc, en me disant que je l’ouvrirais quand j’aurais enfin pris un peu de soleil et bu quelques verres de mojitos.

girlchild-cover-fullPourtant, lors d’une soirée où je ne trouvais plus rien à lire de bien bien excitant, je me suis lancée en me disant: tant pis, si c’est trop intense, je le referme et je lirai mon Elle Québec. Surprise: j’ai lu pratiquement le quart sans être capable de m’arrêter! Je passais d’un chapitre à un autre sans me rendre compte que j’étais complètement absorbée dans ma lecture. C’est l’écriture de Tupelo Hassman qui surprend (positivement). S’il s’agit de son premier roman (publié sous le titre original de Girlchild, en 2012), l’auteure américaine s’est déjà forgé un style qui lui est propre.

La Fille raconte l’histoire de Rory Dawn, une jeune fille de 11 ans qui vit dans une banlieue composée de trailer park à La Calle, au Nevada. C’est de la bouche de la protagoniste que nous apprenons sa vie, ou plutôt sa survie, dans « une lignée d’arriérées », d’une mère alcoolique et serveuse au bar du coin et d’une grand-mère qui passe son temps dans les machines à sous. L’originalité du roman réside dans le choix d’Hassman de donner la voix à son héroïne: si le roman est traversé par l’humour, la parole de Rory demeure très touchante parce que si près de la réalité. L’auteure dépeint tout un pan de la société américaine avec une sensibilité incroyable, dans le choix des mots, dans le choix de dire ou de ne pas dire. La lectrice trouve des pages presque entièrement noircies, celles où Rory raconte les moments où elle se trouve seule à la salle de bain avec le quincaillier du coin… On y retrouve que des extraits, des mots coup de poing.

Plus que la simple histoire d’une jeune fille racontée avec le langage qui lui est singulier, c’est la société américaine que dépeint Hassman, celle d’une classe sociale de laquelle il n’est pas facile de sortir, où les travailleurs et travailleuses sociaux dictent notre manière de vivre. Le roman contient d’ailleurs des extraits du rapport de la travailleuse sociale qui suit la famille de Rory: la construction du livre devient ainsi un collage, un portrait troublant de cette famille. Pourtant, Rory sera-t-elle capable de s’en sortir? Peut-être puisqu’elle possède le Guide de survie de la jeune scout, qui l’aide à suivre des règles dans son monde qui n’en a aucune, qui pourra peut-être donner un sens à sa vie dans la pauvreté, l’abus sexuel et le manque d’éducation.

Un livre vraiment touchant, à lire au détriment de tous les Elle Québec.

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  1. Ping : Dée de Michael Delisle : l’envers du décor de la banlieue américaine | Le fil rouge

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