Littérature étrangère
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Baise-moi

J’ai découvert Virginie Despentes dans un de mes cours à l’université. Je termine présentement un certificat en études féministes et j’ai eu la chance de le terminer avec un cours de littérature. J’ai rapidement constaté que Despentes est tout un personnage !

Dans King Kong theory, elle nous raconte son histoire. Nous faisons ainsi face à son statut de femme violée, de prostituée et de punk. Virginie Despentes semble avoir tout un caractère et elle ne s’en cache pas. Elle discute de sujets actuels, dont la condition des femmes dans la société et particulièrement sur les stéréotypes et les conditionnements genrés que peuvent vivre les femmes (bonjour Butler!).

virginie-despentesDespentes a également un point de vue très clair sur les féministes qui sont contre (abolition de) la prostitution. Elle est devenue prostituée aux suites de son viol et elle ne culpabilise pas face à celui-ci et elle ne semble pas en colère contre les hommes, mais plutôt contre la société. Cette société qui crée la culture du viol, qui apprend aux hommes à ne pouvoir contrer leur pulsion sexuelle, à apprendre que ce n’est pas leur faute et aux femmes de se sentir coupable. Coupable d’être femme. «King Kong theory» revient à être un livre qui contient toutes les idées féministes de Despentes. Ce fut très intéressant parce qu’elle parle beaucoup de l’image de la femme, sujet qui reste d’actualité. Mais elle parle surtout de la prostitution et de la pornographie, des sujets sur lesquels, personnellement, il m’est difficile de me positionner. J’aime alors lire ce qu’elle en pense, puisqu’elle me permet de me situer.

Ainsi, lire King Kong theory avant Baise-moi m’a grandement aidée à mieux apprécier ma lecture et comprendre qui était Virginie Despentes.

«Du bout des doigts, elle caresse la crosse et branle le canon, caresse le métal comme pour le faire durcir et se tendre, qu’il se décharge dans sa bouche comme du foutre à plomb.» («Baise-moi», 1994, V. Despentes, p.249)

  • BAISE-MOI

Virginie Despentes sait se battre avec sa plume et c’est ce qu’elle démontre dans son roman «Baise-moi». Le roman fut écrit en 1994 et est son tout premier livre. Despentes sait choquer ses lecteurs-trices par ses vérités toutes crues. L’histoire de «Baise-moi» réussit à être vulgaire dans ses propos ou dans sa manière, tout en étant philosophique. Elle nous fait part ainsi de quelques injustices que vivent les femmes. Ces problématiques sont pour la plupart encore d’actualité. Encore aujourd’hui, nous discutons du rôle de la prostituée. Qui devons-nous blâmer ? Le-la client-e ou la femme qui vend son corps ? Dans l’histoire, nous faisons la rencontre de Nadine (jeune femme prostituée) et de Manu (jeune femme actrice porno). Elles font la rencontre l’une de l’autre à un tournant très important dans leur vie. Ensemble, elles se complèteront et créeront le chaos dans la question du genre. Nadine, femme prostituée, aime être soumise et se masturber devant des vidéos pornographiques. Manu, femme insoumise, violée, alcoolique et actrice porno. Leur rencontre était prédestinée. Toutes les deux se complètent et sont l’âme sœur l’une de l’autre : l’une impulsive et l’autre raisonnable.

L’écriture de Despentes dérange. Elle dérange parce que certain-e-s diront qu’elle n’est pas sophistiquée, qu’elle est vulgaire, que son roman ne sert qu’à choquer. En fait, c’est vrai que le roman choque. Il dérange parce que nous ne comprenons pas toujours les motivations des deux personnages. Parce que Nadine et Manu deviennent deux «serial killer». Ce sont deux femmes en colère qui font vengeance. Leur histoire et la relation qu’elles entretiennent l’une envers l’autre me rappelle celle du film «Thelma et Louise».

Tout au long du roman, nous suivons leur folie et les nombreux crimes qu’elles commettent (que ce soit des vols, des meurtres, etc.) Il est beaucoup question du corps avec Despentes. Les deux personnages se détruisent. Elles n’ont plus aucune hygiène, valeur, etc. En fait, elles semblent se déshumaniser.

«En fait, c’est un peu tous les coups qui ont mal tourné. Tous ces trucs que tu tentes de faire et jamais rien ne réussit. Ça me fait penser au conte de la petite sirène. L’impression d’avoir consenti un énorme sacrifice pour avoir des jambes et te mêler aux autres. Et chaque pas est une douleur intolérable. Ce que les autres font avec une facilité déconcertante te demande des efforts incroyables. Arrive un moment où tu lâches l’affaire.»Baise-moi», 1994, V. Despentes, p.176)

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Avoir une bibliothèque de plus en plus grosse est l’un des projets de vie de Karina. Apprendre et avoir plusieurs perceptions le sont également. Après avoir fait une technique en travail social au Cégep du Vieux-Montréal et travaillé quelques années dans des organismes communautaires (ce qu’elle continue de faire avec joie), elle poursuit ses études en faisant un certificat en études féministes à UQÀM. La littérature lui permet donc de voyager et d’avoir d’autres lunettes sur le monde.

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