Littérature étrangère
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Virginie Despentes et la catharsis littéraire

Récemment, j’ai lu presque d’un seul coup toute la bibliographie de Virginie Despentes, sans aucun doute mon écrivaine française préférée. En lisant Baise-Moi, Apocalypse bébé, les tomes de Vernon Subutex, Les Jolies Choses, King Kong Théorie, je me sentais littéralement exaltée, submergée par un sentiment puissant et libérateur. C’était un véritable sentiment cathartique.

Cathar-quoi? La catharsis, selon le Petit Robert, est une « réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient ». Chez les Grecs anciens, la catharsis était le plus souvent véhiculée par le théâtre : les spectateurs se purgeaient de leurs pulsions en voyant les héros tragiques, Œdipe, Antigone, Électre et compagnie, se perdre eux-mêmes dans la libération de leurs affects. À voir les héros tragiques suivre jusqu’au bout leurs passions les plus inavouables et, par le fait même, connaître une fin terrible, les spectateurs n’avaient plus besoin de vivre eux-mêmes ces ardeurs. Ils n’avaient pas besoin de défier l’autorité du roi, de sombrer dans la folie meurtrière — les personnages l’avaient fait à leur place et avaient payé le prix fort pour avoir cédé à leurs pulsions. Les spectateurs rentraient chez eux, le subconscient libéré. Pas mal, quand même.

J’ai constaté que lire d’une traite les livres de Virginie Despentes avait eu sur moi un effet cathartique. Pas besoin de vous dire que l’année 2016 n’a pas été tout rose d’un point de vue féministe. Sans m’en apercevoir, j’avais accumulé en moi de la colère, de la rage face à notre société où l’on retrouve encore du sexisme ordinaire, où l’on blâme encore la victime d’une agression sexuelle, où l’on élit à la tête d’un pays un agresseur sexuel. En suivant les péripéties des personnages de Despentes, ces femmes, le plus souvent complètement fantasques, qui se battent, qui s’habillent en punk ou en nymphette, qui baisent et qui aiment ça, qui sont baveuses et tranchantes, mais qui toutes finissent dans la déchéance, je me suis sentie purgée. Je n’ai pas besoin de détruire le patriarcat avec des fusils et des poursuites en voiture — Nadine et Manu de Baise-Moi l’ont fait à ma place. Je n’ai pas besoin de faire exploser le parlement — Valentine d’Apocalypse bébé l’a fait à ma place. Je n’ai pas besoin de réinventer la féminité en crachant par terre et en portant des Dr Martens — les keupones de King Kong Théorie l’ont fait à ma place.

Les romans de Virginie Despentes prennent généralement place à Paris et mettent en scène des personnages, le plus souvent féminins, marginaux. Plusieurs de ses romans, comme Baise-Moi, Les Jolies Choses, Bye Bye Blondie, Apocalypse bébé, racontent l’histoire de jeunes femmes que la vie a écorchées très tôt : agression sexuelle, maladie mentale, absence des parents, drogue, alcoolisme. Pourtant, ces femmes sont rarement des victimes dans les récits de Despentes : elles parviennent à se faire une place dans la société en contournant la norme, en trashant durant des concerts de heavy metal ou encore en misant sur leur physique pulpeux pour réussir dans le monde de la musique pop. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises femmes chez Despentes, de bonnes ou de mauvaises féministes : il n’y a que des femmes qui font tout pour réussir, voire seulement survivre, dans une société sclérosée.

Les livres de Virginie Despentes sont des livres qui me font du bien, car grâce à eux, j’exulte mes pulsions rageuses avec un véritable plaisir littéraire. Ses romans sont des page-turners dignes des plus grands romans à suspense. L’écriture de Despentes est incisive et efficace. Tout en venant chercher le lecteur (et encore plus spécifiquement la lectrice) au fond des tripes, elle l’invite à réfléchir, à regarder le monde autour de soi avec un nouvel œil. Ça, c’est libérateur.

Et vous, quel est le livre qui vous a libéré à sa lecture?

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