Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

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J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé.

J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux.

J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter.

J’suis une perdue, voilà c’est dit.

Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du monde, il sait pas s’orienter. Je me suis égarée dans un centre-d’achat pas plus gros que ma main. J’ai pas la notion du temps. J’ai d’la misère à me gérer. Je fais tout à la dernière minute. Ça passe toujours trop vite, j’arrive jamais à l’heure, j’passe mon existence à m’excuser pour ça pis pour plein d’autres affaires aussi.

J’ai pas d’allure.

Je tremble beaucoup. Mes mains, mes doigts ne tiennent pas en place, ils ont la bougeotte de l’anxiété. On dirait que j’suis atteinte de la maladie de Parkinson. Une chance que mon psy m’a dit que c’était typique des gens anxieux sinon j’aurais vraiment pensé que c’était le cas. Et ça rend inconfortable certaines personnes pour une raison qui m’échappe. Ils pensent que je vais m’évanouir ou que je panique par en d’dans, mais j’peux juste pas arrêter ma tremblote, c’est une tremblote permanente qui finit pas de trembler.

C’est quelque chose que les gens remarquent vite quand tu travailles dans le public en tant que conseillère en vente. J’en ai entendu des belles. Une madame pas fine-fine avec son mari pas vite-vite, qui avait proclamé que la littérature ne servait à rien (en plus de quelques propos bien racistes, tsé, ça va ensemble), m’avait observée attentivement pendant que je faisais sa facture. «Heille t’as-tu vu ça Richard, a tremble, check comment a tremble, ben là a doit pas être à l’aise de travailler icitte, check comment on la met dans tous ses états».

Et j’étais juste devant elle.

J’avais l’goût d’y dire que j’tais pas un animal de foire.

J’ai comme un don pour mettre les gens mal à l’aise. Une fois une fille m’a donné un billet de 50, un de 20 et un autre de 10 pour payer sa robe. J’ai paralysé. Complètement. Je n’avais plus aucun souvenir de la procédure à suivre pour compter de l’argent. Black out. Je ne me rappelais pas ce que faisait 50+20+10. Je tapotais les billets nerveusement en regardant la cliente devant moi. Mes yeux se sont remplis d’eau. Tout mon corps s’est figé. Je me disais «faut pas qu’a pense que je sais pas compter, je sais mes maths, je sais compter, je sais compter». Mais plus ça allait, plus ça empirait. Je regardais les billets comme s’ils ne signifiaient plus rien, j’avais oublié leur sens.

Crise de panique.

J’ai senti la main de ma gérante prendre la mienne pour me guider vers l’arrière boutique où je me suis effondrée en larmes. J’étais une incapable qui allait perdre son travail.

Je répétais dans ma tête que 50+20+10 égalait à 80, que je connaissais la réponse et que j’allais être renvoyée. Fuck.

Mais j’ai eu la chance d’avoir une gérante qui avait déjà éprouvé les mêmes difficultés que moi, qui m’a prise sous son aile et qui a cru en mes capacités. Parfois notre chemin nous conduit aux bonnes personnes. Grâce à elle j’ai évolué comme ç’a pas d’allure. Et maintenant c’est correct. J’ai appris. Je me suis pardonnée d’être ce que je suis.

Je me suis pardonnée d’avoir le awkward souvent. Je tiens ces mots-là d’une amie. Elle m’a dit ça, pas fort, juste assez pour que je l’entende, dans le brouhaha de la musique durant un évènement où y’avait du monde, beaucoup de monde. Et j’ai tellement compris le feeling. Les autres parlaient, dansaient, riaient pis nous on savait pas trop quoi faire de notre corps parce qu’on en avait trop conscience. Ça discutait sans arrêt, ça disait n’importe quoi à n’importe qui, et je ne pouvais m’empêcher d’être fascinée par ces gens qui trouvent toujours quelque chose à dire.

Moi j’passe mon temps à me perdre dans les mots des livres que je lis. J’passe mon temps à me parler dans ma tête, à trop réfléchir à ce qui devrait ou non sortir de ma bouche. Faque la plupart du temps je dis rien. Ou quand je me décide enfin à échapper quelques paroles, ça sort tout croche, ma voix dissimule mal mon stress et chevrote légèrement. Ça se passe comme ça à chaque fois que je suis dans une foule ou avec de nouveaux visages que je connais à peine, mais après ça se place. Ça se place toujours.

Et, maintenant, c’est correct. J’ai appris à vivre avec.

Je me suis pardonnée d’être ce que je suis.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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