Littérature canadienne
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Bouquins terreneuviens

Pour le nouvel an, mon copain et moi sommes allés à St-Jean de Terre-Neuve. Bon, c’est pas New York, me direz vous. Ce n’est pas une destination des plus prisées, mais ce fût un voyage très enrichissant. Nous y allions surtout pour visiter sa soeur qui habite St-John’s depuis quatre ans et s’ennuie beaucoup de sa famille!

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Amatrice de littérature québécoise, je me suis dit qu’il serait intéressant d’en apprendre un peu plus sur cette province de l’Est à travers ses auteurs! Et comme je savais qu’il y a une communauté francophone active dans la ville, j’avais envie de découvrir des auteurs franco-canadiens à l’extérieur du Québec. Malheureusement, je n’ai pas trouvé cette communauté francophone. Ce n’est pas faute d’avoir essayé!

La première librairie que nous avons visitée, une boutique de seconde-main bien charmante, n’avait à m’offrir que des livres de grammaire française et quelques éditions du Nouveau Testament. La deuxième librairie, plus commerciale, n’avait absolument aucun livre en français, mais leur tablette de top picks proposait la version traduite de Trois fois par jour. C’est toujours ça. On m’a par contre dit d’aller voir chez Chapters (qui vend autant des livres que des bébelles qu’on retrouverait au Urban Outfitter), parce qu’ils ont une section en français.

Arrivée là-bas, j’ai demandé à la commis où trouver les livres en français. Sa réponse fût : Oh, for kids? Non… Pour adultes? Elle ne savait pas trop, elle a donc demandé à son collègue. Il lui a dit : In the kids section? Visiblement, il est plus courant pour les enfants que leurs parents de lire le français. Le deuxième commis a tourné un peu en rond, puis a finalement trouvé la section en français : deux petites tablettes à la fin d’une rangée. Elle était surtout composée de romans américains traduits en français… et d’un Patrick Sénécal. Bon.

J’ai donc oublié l’idée des auteurs franco-terreneuviens, mais je n’ai point abdiqué! À la première librairie, il y avait tout de même une partie consacrée uniquement aux auteurs locaux. J’ai donc choisis deux livres (en anglais) : Wreckhouse, une pièce de théâtre écrite par Frank Barry, et Rain, dizzle and fog, un recueil d’histoires vraies en hommage à la météo difficile de la province, par Sheilah Roberts. Bien que je parle fréquemment anglais, je ne me sens pas prête à affronter un roman complet. Ces deux ouvrages étaient donc tout indiqués pour mes besoins : des dialogues, des histoires courtes et un reflet de la société terreneuvienne, d’abord d’un oeil critique, ensuite par l’intermédiaire de faits réels.

IMG_5643 Lorsque que j’ai acheté le livre Wreckhouse, le vieil homme à la caisse, vraisemblablement propriétaire de la librairie, m’a dit que tout le monde à Terre-Neuve se devait d’avoir lu cette pièce. Je me suis dit que j’avais bien choisi. Et je n’ai pas été déçue.

Wreckhouse emmène le lecteur (ou spectateur) à être témoin, presque complice, de rituels inquiétants et de techniques de manipulation d’autrui intrigantes. Dans une atmosphère glauque comme je les aime, des personnages étranges invitent des touristes à participer à leur marginalité. On croit d’abord que des amitiés vont naitre, alors qu’il n’en est rien. Au troisième acte, nous assistons à un rituel de préparation pour un repas où les invités sont le menu principal.

Jamais on ne s’attache aux personnages, mais tout cela est calculé. On ne peut se situer ni du côté du bien ni du mal; qui sommes-nous pour décider de ce qui l’est de toute façon? L’auteur Frank Barry a su créer des personnages indéchiffrables envers lesquels on a à la fois de la pitié et de la peur. On comprend la douleur de chacun, mais on ne veut pas être tenu pour responsable de son malheur.

Lorsque j’étais au cégep et que je faisais du théâtre en parascolaire, c’est tout à fait le genre de pièce que j’aurais adoré monter! L’histoire est simple, mais les personnages complexes et les interactions donnent envie d’en voir plus. Seulement, à quelques moments j’avais de la difficulté à comprendre les dialogues parce qu’ils étaient écrits en joual newfie. Mais ce fut une belle expérience dépaysante et malgré tout enrichissante.

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Rain, dizzle and fog rassemble les histoires les plus surprenantes, impressionnantes et parfois héroïques vécues par les habitants de Terre-Neuve et du Labrador à travers les siècles. Le livre est divisé en sections correspondant aux mois de l’année et chacune raconte les plus grandes histoires de tempêtes de neige, de températures records et de destructions matérielles suite à des vents très violents, mais aussi de morts causées par des éboulements historiques. Probablement l’endroit où la température est la moins prévisible au monde, cette province a vécu des conditions extrêmes.

L’auteure Sheilah Roberts présente pour chaque mois, en ordre chronologique, des histoires du 17e siècle jusqu’aux années 1990. Il y a des extraits de journaux personnels de premiers colons et de premières générations nées à Terre-Neuve, des extraits de journaux locaux au lendemain de tempêtes historiques, Roberts raconte aussi le déroulement de certaines catastrophes telles des maisons ensevelies sous la neige, des naufrages dus au brouillard trop épais mélangé aux vents incroyablement rapides. Elle y explique même, avec un oeil scientifique, les adages les plus populaires. Un peu comme quand ma mère me dit « Il va pleuvoir, les feuilles des arbres sont à l’envers ». Mais les proverbes du genre, à Terre-Neuve, sont plutôt reliés au brouillard, à l’humidité et aux conditions de pêche.

J’ai trouvé le recueil très intéressant, puisqu’il s’agit de ce qui décrit le mieux la province : sa météo imprévisible. On y comprend les gens en connaissant mieux les conditions dans lesquelles ils vivent. J’ai été touchée par les histoires de naufrage et de bébés accouchés dans un traineau parce que les rues n’étaient pas accessibles en voiture. Si chaque province avait un livre du genre qui dépeint les gens à travers leurs conditions de vie les plus extrêmes, il serait merveilleux de pouvoir constater les différences qui unissent notre très vaste pays.

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