Littérature jeunesse
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K : Un t’es-pas-tout-seul, format papier

À l’adolescence, je passais mon temps à lire, à errer dans les bibliothèques en quête de la nouvelle lecture qui changerait ma vie. Des frissons, des gorges nouées, des mains qui shakent. Des mots qui me transperceraient mieux qu’un regard. L’amour des mots, je l’ai cultivé très tôt. Peut-être que je me sentais tellement différente pis hors de tout que l’endroit où je me retrouvais le mieux, c’était avec les livres, dans les allées de bouquins vieux et plus intéressants que ces quelques jeunes qui les parcouraient. J’associe l’adolescence avec un tel moment de doutes et de craintes, de revirements et de sursauts, que j’admire peu d’auteurs comme les auteurs jeunesse. J’admire ceux qui prennent la plume pour dire aux ados qui se sentent tous mêlés-fuckés-pas-pareils-pas-beaux que ça va être correct. Qu’on est peut-être mêlé, mais qu’on n’est pas tout seul. C’est ça qu’on veut, au fond. On veut pas ressembler à la masse, ni plaire à tout le monde, on veut savoir qu’on est pas tout seul à vivre dans le tourbillon.1515207-gf

Sophie Bienvenu a écrit des livres incroyables pour les adultes (à découvrir ici et ici.) Elle a une plume qui décape et elle fait vivre des héros écorchés par la vie comme personne. Lorsqu’elle a choisi de prendre la plume pour aborder des sujets qui touchent les adolescents, elle n’a pas manqué sa cible. Avec K, une petite série qui a récemment été regroupée en un roman de presque 500 pages, Bienvenu a réussi à mettre en mots une histoire douce qui touche le cœur.

Lorsqu’Anita commence à travailler au dépanneur qui appartient au père de son ami Mehdi, elle est en plein cœur de la chaude saison. Ses amis et son copain ont quitté la ville pour l’été et elle se retrouve à servir des cigarettes et des gratteux à une foule d’étrangers. Un été qui aurait pu être pénible, donc. À intervalle régulier, pourtant, elle se fait fracasser le cœur par les beaux yeux d’un garçon qui passe ses journées à errer dans le stationnement de l’endroit. Bien que son père lui ait toujours dit de se méfier de ces jeunes qui trainent dans le caniveau, elle ne peut s’empêcher de soupirer en regardant le bel inconnu. L’été passe, Anita retrouve alors son copain Jonathan, qui insiste fortement pour avoir avec elle leur première relation sexuelle, Émilie, sa meilleure amie qui s’était envolée pour la France durant deux longs mois, et, bien entendu, le mystérieux traineux de parking. Malgré les presque-riens qu’ils se sont échangés durant l’été, elle n’arrive pas à détacher ses yeux du garçon. Kevin, K. Elle se rendra bien vite compte que l’intérêt n’est pas partagé et elle choisira de se créer une nouvelle identité sur internet, histoire de séduire K, enfin. Sauf que, sauf que. Les deux individus ne pourront faire autrement que de se rapprocher lorsqu’ils seront jumelés ensemble lors d’un travail de français et les deux personnalités qu’Anita tente de faire vivre n’auront d’autres avenues que de s’emmêler et de créer bien des problèmes.

Bien entendu, le genre n’est pas réinvité, bien entendu, des histoires d’amour pour adolescents sont légion, mais Bienvenu, ici, amène sa touche bien personnelle à l’histoire. On retrouve sans peine dans le personnage de Kevin ses inspirations précédentes. En effet, Kevin, au contraire d’Anita, ne vient pas d’une famille aimante et chaleureuse, mais bien d’un endroit où la misère règne, sous toutes ses formes.

On ne peut s’empêcher d’être happé par le roman et de lire son contenu avec avidité. Les personnages possèdent une profondeur intéressante et ressemblent à tant de gens qui ont croisé notre route lors de notre adolescence. On aborde des thèmes divers avec simplicité, en passant par la première fois, l’homosexualité, l’amitié qui se déchire ou le désir de plaire, et on aime.

Il ne s’agit pas d’une lecture qui change le monde. Il s’agit plutôt d’une petite douceur. Un baume sur les cœurs endoloris. Un petit t’es-pas-tout-seul, format papier.

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Andréanne a toujours été décrite par sa mère comme étant quelqu’un d’intense. Elle, se considère plutôt comme une passionnée. Passionnée des livres, les premiers amours de sa vie. Les trompeurs de solitude, les créateurs de grandes espérances, les générateurs de grandes tristesses, aussi. Passionnée des voyages, des horizons infinis, des rencontres dans toutes les langues. Des chocs, des déséquilibres qui surviennent au cœur des autres continents, comme au sein de sa propre ville. Passionnée de l’enseignement, de la culture qu’elle arrive à transmettre aux esprits qui s’ouvrent, des rires qu’elle crée, des grandes illuminations qui éclairent les regards de ses petits élèves. Passionnée de la vie et de sa beauté, de son incroyable grandeur et de son incomparable cruauté. Passionnée.

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