Jeter des coups d’œil insistants aux pochettes des VHS de Chucky, au club vidéo du coin.
Regarder Fais-moi peur! le samedi matin.
Lire toute la collection Chair de poule, en quête de frissons.
Visiter les lieux abandonnés les plus délabrés, entre Saint-Chrys et Franklin.
Écouter sans m’en lasser les cris macabres d’une musique death metal, le son de mon disque man au plafond.
Regarder la petite fille du film The Ring qui sort de la télé, sur repeat, jusqu’à une complète désensibilisation.

On peut dire que mon amour du sombre et de l’horreur dure depuis longtemps. Bien que mon désir de noirceur se fasse de plus en plus discret en vieillissant, l’envie d’un roman d’horreur me prend encore de temps en temps. Dernièrement, j’ai lu l’excellent roman jeunesse Les Chiens de Allan Stratton. C’est ainsi que j’ai ressenti le besoin pressant de lire une autre histoire de maison hantée, cette fois-ci destinée à un lectorat adulte. Puisque je juge beaucoup trop souvent un livre par sa couverture, j’ai choisi La Noirceur de François Lévesque, qui me semblait plein de promesses.
LA NOIRCEUR, François Lévesque

Guillaume est abandonné par sa femme, Daphnée par sa mère. Alors qu’il recherche une nouvelle demeure pour sa famille récemment amputée d’un de ses membres, Guillaume apprend que son père est décédé et qu’il hérite par le fait même de la maison familiale. C’est enfin le moment d’avouer à sa fille que, contrairement à ce qu’il a pu lui raconter, il n’est pas orphelin. Ce déménagement l’amène à lui dire la vérité à propos de ses troublants secrets d’enfance… et à en découvrir des nouveaux qu’il n’a jamais soupçonnés.
À la lecture du roman, il est impossible de ne pas remarquer l’influence du septième art dans l’écriture de l’auteur. Les procédés narratifs utilisés sont très cinématographiques, très hitchcockiens. Lévesque exploite ici un modèle dramatique bien connu; celui d’une famille qui s’installe dans une maison au passé sombre et qui y découvre d’horribles secrets. Il parvient à créer une ambiance troublante. L’effet est particulièrement réussi lorsqu’un narrateur extérieur intervient en décrivant des choses inquiétantes dont les personnages n’ont pas eux-mêmes conscience, dont seul le lecteur est témoin.
Guillaume, qui dormait comme un sonneur, n’eut connaissance de rien. Depuis le lit, on ne voyait du reste rien une fois la porte refermée. La noirceur était quasi complète dans la chambre.
Au sol, près de l’interstice entre le plancher et le bas de la porte, une très faible lumière en provenance de la cuisine et réverbérée par les murs blancs empêchait l’obscurité d’être totale dans un périmètre très restreint.
C’est dans cette zone précise que des pieds décharnés aux chevilles osseuses sortirent des ténèbres pour mieux y replonger, en marchant en direction du lit où dormait Guillaume.
La Noirceur, c’est plus que des manifestations surnaturelles. C’est l’ombre dans laquelle les secrets de familles sont captifs. C’est la douleur du rejet parental; Guillaume par son père, Daphnée par sa mère. En plus d’aborder les ténèbres, l’histoire fait place aux thèmes des relations père-fille et amicales à l’adolescence.
Si je suis souvent fascinée par l’étrange et le surnaturel, les éclaboussures de sang sensationnelles, la violence extrême et les bêtes monstrueuses m’interpellent peu. En fait, je n’y crois tout simplement pas, et pour m’accrocher, je dois y croire un peu. Pour cela, je dois pouvoir m’identifier aux personnages et à leurs vies (presque) normales. La Noirceur réussit tout à fait sur ce point. On croit aux personnages, aux dialogues et à leur vie ordinaire, outre les nouveaux événements qui les surprennent autant que le lecteur. Le texte est très ancré dans le réel. Le langage familier et les dialogues sont tout à fait crédibles.
— Mon père me fait royalement chier, So’, confia-t-elle en ouvrant le couvercle de la laveuse et en y envoyant les draps.
Constatant que le tambour était loin d’être rempli, Daphnée y fourra également la courtepointe.
— Heille, on n’est même pas à Sorel! Poursuivit-elle. On n’est même pas dans l’village avant Sorel.
On n’est fucking nulle part.
— Pis ta mère?
— Pas d’nouvelles, mais elle m’a prévenue qu’elle aurait peut-être pas accès à Internet à Bali.
— C’est pas méga touristique ça, Bali? (…)
Le danger se fait discret. L’horreur aussi. C’est par des signes subtils que le lecteur plonge dans une inquiétude, une angoisse pour le destin des personnages, pour ce qui se cache dans l’obscurité.
J’ai aimé l’histoire de Guillaume et Daphnée. Même sans mystère, sans angoisse, sans fantastique, j’aurais apprécié ma lecture. J’aurais voulu encore plus de pages afin de les connaître davantage.
Alors que certains peuvent bouder ce genre littéraire, il fait du bien à plusieurs. Peut-être parce qu’il permet d’avoir un certain contrôle sur nos émotions? Avec une telle lecture, on se permet d’éprouver des émotions à haute intensité, et une fois la dernière page tournée, les émotions disparaissent avec les derniers mots (à moins d’être le type de personne pour qui les émotions se dirigent sous le lit, vers le placard ou un couloir un peu trop sombre). Bref, je crois qu’une bonne dose d’adrénaline permet de faire sortir le méchant. C’est thérapeutique ET divertissant.
Le fil rouge tient à remercier les Éditions Alire pour le service de presse.


Ping : En ces bois profonds : la folie en héritage | Le fil rouge