Littérature québécoise
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Catherine Voyer-Léger, un corps nommé désir

Je n’avais pas encore refermé Désordre et désirs, la dernière publication papier de l’auteure, chroniqueuse et blogueuse Catherine Voyer-Léger aux éditions Hamac, que j’ai été prise de ce sentiment d’urgence que vous avez sans doute déjà éprouvé à la suite d’une lecture particulièrement brillante : recommander le livre à tour de bras. Pour la plume agile, les métaphores palpitantes, les idées nues, le ton juste, mais aussi pour la personne fascinante et accessible que j’ai su rencontrer entre les lignes, c’est ici, c’est dit, lisez le dernier Voyer-Léger! Reprenant la belle image que l’auteure emploie en ouverture, j’ai eu envie de relayer, de relancer les avions en papier, à savoir ces réflexions ouvertes qu’elle sème aux quatre vents, à qui voudra l’entendre. 

 

Le texte provient de son blogue, cette tribune encore mystérieuse des temps modernes qui donne parfois l’impression de taper dans le vide sans obtenir de réponse, comme le remarque l’auteure. Si le format électronique peut sembler désincarné, pour elle, l’écriture est d’abord physique; elle s’ancre dans le corps, s’y développe, et chaque texte publié devient mouvement d’une articulation plus grande, projeté sur un canevas d’une chorégraphie infinie. Le découpage d’un seul texte équivaudrait donc à chaque mouvement, geste saisi au vol dans ce grand rituel :

« J’ai alors pensé que j’écris pour ça, pour que chaque tentative soit un petit moment en suspension dans une scène plus vaste. J’écris comme un rituel pour que le geste devienne souple et pour qu’en se multipliant il crée une danse. Pour qu’entre l’instant en suspens et la beauté des cimetières quelqu’un se dise peut-être : ça, c’est très exactement ce dont j’avais besoin maintenant. » (p. 11)


Catherine Voyer-Léger ne m’était pas tout à fait inconnue. Je dis pas tout à fait, car sa participation au collectif Les tranchées (2015), projet dirigé par Fanny Britt interrogeant les maternités contemporaines (ouvrage fortement conseillé), avait déjà retenu mon attention. En outre, Voyer-Léger a publié un recueil de chroniques intitulé Détails et dédales (Hamac) ainsi qu’un essai nommé Métier critique (Septentrion) et tient actuellement un projet d’écriture web intitulé Corps dedans/dehors — une création à l’interface novatrice, je ne vous en dis pas plus, allez visiter!

Le passage de l’écran à l’imprimé ne se sent pas sinon si peu, ne serait-ce que dans la brièveté et la concision des textes évoquant le billet journalistique. Les textes titrés prennent la forme de petits essais, entremêlant magnifiquement expérience personnelle, actualité et questionnements. L’agencement successif des billets tend à générer une forme de récit, entrée après entrée, qui se trame avec ses développements, ses points d’arrêts, et finalement, sa conclusion.

L’écriture de Voyer-Léger, nourrie d’humour et d’autodérision, dégage une énergie survoltée; on embarque volontiers dans son rythme soutenu et on la suit avec une grande fluidité et un enthousiasme renouvelé. Celle-ci aborde des sujets, qu’ils soient d’actualité ou intemporels, aussi divers que pertinents; notre relation au corps, notre rapport aux nouveaux médias et au 2.0, à l’image et à autrui, à la sexualité et à l’érotisme, les questions liées à l’ignorance et à la mémoire, et encore bien, bien d’autres. Sans nous prendre par la main, la maîtrise de ses moyens littéraires permet à l’écrivaine de capter notre attention et de l’entraîner dans un dédale de réflexions s’entrecroisant, se répondant autour d’une sorte d’armada de désirs. Désirs d’observer, d’interroger, de sentir, de comprendre; désir d’investir le corps, de nommer les choses, de les voir se déployer autrement, de vivre; mais peut-être surtout, désir d’être lue, et donc d’interagir, de voir son avion de papier se faire cueillir par des mains, inconnues peut-être, pour être relancée dans la foule sans nom. L’attraperez-vous?

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Fanie est étudiante au 3e cycle en Études littéraires à l’UQÀM. Enfant, elle avait tendance à se battre avec les ti-gars dans la cour d’école, ce qui expliquerait peut-être pourquoi elle rédige une thèse sur les figures de guerrières des productions de culture populaire contemporaine. Son arc comporte quelques cordes; en plus de faire partie de l’équipe des joyeuses fileuses, elle codirige le groupe de recherche Femmes Ingouvernable, collabore à la revue Pop-en-stock, à la revue l'Artichaut, ainsi qu’au magazine Spirale. À part de ça, elle a écrit le roman "Déterrer les os" (Hamac, 2016). Dans son carquois, on trouve un tapis de yoga élimé, un casque de vélo mal ajusté, trop de livres, un carnet humide, un coquillage qui chante le large et une pincée de cannelle – son arme secrète ultime contre les jours moroses. Féminisme et végétalisme sont ses chevaux de batailles quotidiens.

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