Littérature québécoise
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Prendre corps ou comment le déconstruire pour mieux l’habiter

J’attendais Prendre Corps de Catherine Voyer-Léger comme certains attendent la prochaine saison de Games of Thrones, c’est-à-dire avec beaucoup  d’impatience. C’est que j’ai été marqué par ma lecture de ces deux premiers recueils de textes: Détails et Dédales ainsi que Désordre et Désirs. Pour reprendre les mots de Fanie, qui a su si bien décrire ce que j’ai aussi ressenti durant ma lecture;

L’écriture de Voyer-Léger, nourrie d’humour et d’autodérision, dégage une énergie survoltée; on embarque volontiers dans son rythme soutenu et on la suit avec une grande fluidité et un enthousiasme renouvelé. […] Sans nous prendre par la main, la maîtrise de ses moyens littéraires permet à l’écrivaine de capter notre attention et de l’entraîner dans un dédale de réflexions s’entrecroisant, se répondant autour d’une sorte d’armada de désirs. Désirs d’observer, d’interroger, de sentir, de comprendre; désir d’investir le corps, de nommer les choses, de les voir se déployer autrement, de vivre; mais peut-être surtout, désir d’être lue, et donc d’interagir, de voir son avion de papier se faire cueillir par des mains, inconnues peut-être, pour être relancée dans la foule sans nom. 

Si ces deux livres vous sont inconnus, je vous les conseille fortement. Ils sont bien différents de Prendre corps, mais on y retrouve la même essence empreinte d’intimité, d’ouverture et d’humanité.

Prendre corps est la mise sur papier d’un projet web appelé Corps dedans/dehors, que l’autrice décrit ainsi sur le site;

Le projet corps dedans / dehors s’intéresse au rapport que l’écriture et la lecture entretiennent avec les objets non-linéaires. Le corps – organisme non-linéaire s’il en est un – m’apparait terrain fertile pour explorer une autre organisation de la pensée, de la parole écrite et, je le souhaite, de la communication.

Déconstruire le  corps

C’est donc dans cette même non-linéarité que se structure Prendre corps. Divisé en quatre parties, chaque page touche à une partie du corps, à un sens, à une sensation. Le corps est déconstruit, tourné et retourné sous toutes ses coutures avec une sensibilité qui n’a pour égal que tout l’humour qu’utilise Catherine Voyer-Léger pour en parler.

Entre micro-récit, poésie en prose et réflexions, c’est par un scan entier du corps que passe l’autrice. Des recoins à ces morceaux qui semblent prendre trop de place, l’autrice ne fait pas seulement l’étalage du corps mais en questionne l’importance, les fonctions et, surtout, le ressenti, les souvenirs qui s’y raccrochent, les empreintes qu’on y laisse, les mots qui le marquent.

S’habiter 

Habiter son corps, bien qu’on le fait 24h sur 24h, n’est pas une tâche facile. L’interroger pour mieux se comprendre, oser y vivre l’inconfort, prendre le temps de le regarder, de s’y ancrer, d’y être bien, peut-être… C’est un peu tout ça que propose Prendre corps.

Tout passe par le corps dans ces micro-récits. Le désir, évidement, mais aussi l’angoisse, la vulnérabilité, la féminité, la force, la douleur et, bien sur, le poids du regard de l’autre. Avec Prendre corps, on apprend, page après page, fragment après fragment, à s’asseoir avec son propre corps, à l’observer et à l’habiter, d’un bout à l’autre, sans ordre, sans guide, intuitivement, au gré des émotions.

J’arrive mal à rendre en mots l’expérience de ma lecture car c’est, justement, un livre qui se vit plus qu’il ne se lit.

Un livre qui « pense le langage pour mieux panser la chair »

Quel livre vous a  prendre fait conscience de votre corps de la sorte ?

 

 

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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