Poésie et théâtre
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Briser le quatrième mur, un texte à la fois

Aller au théâtre…

Il n’y a rien de plus excitant et de moins sûr. L’effet est instantané : on aime ou on n’aime pas. Pourtant, on y repense encore pendant le trajet de 36 minutes nous séparant de la maison. On se remet en question, on propage la nouvelle et on évalue tous les facteurs qui ont forgé notre opinion.

Il y a aussi l’urgence de s’y rendre, d’être séduit par une pièce. Si tu as de la chance, tu as un mois. Souvent, ce n’est qu’une question de jours. Ou parfois, d’années (si tu n’as pas encore vu Les Belles-sœurs, ne t’inquiète pas, ça devrait repasser près de chez toi).
Pour moi, le théâtre c’est un build up de plusieurs choses. C’est un lieu, une atmosphère créée par des acteurs, des techniciens et des créateurs prêts à défendre leur propos.

Mais la base même, la colonne d’un succès, c’est le texte. On est pas mal chanceux ici. Non seulement nos auteurs sont talentueux, mais ils sont aussi des gymnastes de mots qui savent s’adapter aux exigences particulières tout en mettant en valeur le propos qu’ils défendent. On perçoit souvent le théâtre comme un genre de littérature propre aux dialogues. Pourtant, c’est le genre qui réussit à mieux briser le quatrième mur. Le théâtre accuse, nous fait perdre l’équilibre et nous émeut.

Alors qu’on aime ou qu’on n’aime pas, son pouvoir est social et indéniable.

Pour faire mon entrée dans la grande famille du Fil rouge, j’ai décidé de vous parler de mon sujet chouchou, celui qui occupe pas mal tous mes jours et mes soirs. J’ai décidé de vous parler de cette grande cour de jeux pour acteurs, mais aussi pour auteurs.

J’ai eu la chance d’assister le mois dernier à un spectacle incontournable de la saison hivernale montréalaise. Il s’agit d’un projet mené par la compagnie ABSOLU théâtre, nommé « le théâtre tout court ».
Le théâtre tout court est une plateforme merveilleuse qui nous permet non seulement de découvrir des acteurs talentueux, mais aussi des auteurs qui, à chaque édition, soumettent des textes en chantier, des idées qui se sont frayé un chemin et qui deviendront au courant des mois de courtes pièces présentées sur la scène du théâtre de La Petite Licorne. Dans un climat très intime, on découvre plusieurs générations et diverses visions artistiques. Chaque édition est vraiment un petit bonbon pour l’âme. On ne sait jamais à quoi s’attendre, et on en ressort jamais déçu.

La formule en est à sa 16e édition. Portée par Véronick Raymond et Serge Mandeville, chaque plateforme est menée par un thème différent. Pour l’édition hiver 2016, le thème imposé aux auteurs était : « Moi et l’autre ».
Le concept est simple : dix minutes, dix courtes pièces. Pendant ces dix minutes, tout est possible. Théâtre d’objets, monologues… Le contenu est toujours diversifié chaque saison.
Quelques textes résonnent encore à mes oreilles et je vous invite à aller découvrir ses quatre auteurs talentueux qui, sans aucun doute, seront des piliers de la scène théâtrale dans un avenir rapproché.

J’ai déjà tout vu, d’Olivier Sylvestre. Olivier Sylvestre est l’auteur du merveilleux texte La beauté du monde, gagnant du prix Gratien Gélinas en 2012, soit un an après sa sortie de l’école nationale de théâtre en écriture dramatique. Pour cette courte pièce, il nous offre un texte qui aborde le thème de l’enfance avec la rencontre de deux enfants qui ont déjà tout vu et tout vécu. Ils ont entrevu l’avenir et savent déjà qu’ils se feront beaucoup de mal. Vaut-il la peine de s’avouer vaincu avant même d’avoir entamé le combat?
Me frencherais-tu? de Myriam Debonville. Jeune comédienne à surveiller qui en était à ses premiers pas au théâtre de La Licorne. Elle excelle dans les dialogues et nous proposait un savoureux texte aux personnages colorés et charmants. Une nuit chaude sur un balcon, un jeune couple fait la rencontre de son voisin au trouble de la parole pris par de fréquents bégaiements. Il n’a jamais eu la chance d’embrasser une fille, mais cette nuit, tout peut changer…
Un texte qui nous fait sourire et qui nous plonge dans les nuits d’été langoureuses (hééééé qu’on a hâte).
Hiroshimoi, de Véronique Grenier. Je vous invite à aller lire l’article d’Andréanne Lauzon Hiroshimoi : le beau qui fait mal.
Si vous n’avez pas encore entendu parler de ces fragments d’amour et de destruction, Théâtre tout court en a offert quelques extraits. Une belle vitrine à Véronique Grenier avec des bribes de ce petit livre. Interprétée par Catherine Savoie, il faisait bon de découvrir ces mots de la bouche de cette jeune comédienne et d’être surpris par la résonance de ses propos.
Loser, de Papy Maurice Mbwiti. Ce comédien congolais a semé la surprise avec un monologue fort. Lettre d’amour à un peuple, une nation qui essaie de se tenir debout alors que son équipe de foot, elle, est en train de la laisser tomber. Touchant et frappant.

La prochaine édition du Théâtre tout court se tiendra du 19 au 21 mai prochain, à La Petite Licorne. Je vous encourage fortement à y aller pour y découvrir de nouvelles voix et vous laisser charmer par cette approche littéraire merveilleusement différente.

La relève est là, et elle est brillante.

 

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par

Amoureuse de la littérature depuis qu'elle est haute comme trois pommes, Marie-Laurence se décrit comme une grande passionnée des mots et de leurs impacts sur la société. Comédienne à temps plein, cinéphile et musicienne à temps partiel, elle ne sort jamais de chez elle sans être accompagnée d'un livre. Elle est chroniqueuse au sein de l'équipe des Herbes folles, l'émission littéraire de CISM 89,3 FM. Elle partage sa vie entre son ardent désir d'écrire, son amour pour le jeu, ses combats constants pour ne pas repartir en voyage, la politique (parfois elle s'emporte même), George Gershwin et le café, beaucoup de café.

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