Art et créativité
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L’envers du décor- processus d’écriture, deuxième partie

J’ai toujours fait les choses un peu à ma tête, j’apprends d’une manière moins conventionnelle, je perçois la vie avec ma vision bien personnelle. Okay, tout le monde est différent, comprend et apprend de manière unique. Disons plutôt que je ne suis pas très bonne pour me perdre dans des moules. Alors même si j’ai étudié en littérature quelque temps, même si j’ai toujours écrit et même si j’ai décidé d’aborder le roman, je le fais à ma manière et comme je le sens surtout. Dans toutes circonstances de ma vie, l’émotion passe avant tout. Je suis une femme de feeling et je tends de plus en plus à développer cela dans tous les pans de ma vie. Mon rapport à l’écriture a donc toujours été plutôt intuitif, sans jamais vouloir se fondre dans les modèles ou suivre les «façons de faire». Ça m’a pris des mois pour me détacher de toutes les influences extérieures qui, me semblait-il, me gardaient toujours trop à la surface de ce que je cherchais à atteindre dans mon écriture et dans mon histoire. Je suis passée par plusieurs styles et par quelques types de narration, jusqu’à m’en détacher complètement et à tout simplement laisser parler mon univers et mon personnage principal. J’ose le dialogue d’égal à égal. J’avais débuté l’écriture dans une liberté totale où j’écrivais à la main, à la chandelle, le soir, dans un chalet, avec de la musique dans les oreilles. J’écrivais à la troisième personne du singulier et je semblais étouffer avec mon personnage, alors j’ai tâché de tout changer. Je me suis mise à avoir un horaire fixe, à tout réfléchir et à travailler à l’ordinateur, dans le silence, jusqu’à ce que je n’entende plus rien. Tout avait cessé d’avancer, même mon personnage se trouvait prisonnier d’un immense labyrinthe. Un soir, j’ai allumé des chandelles, j’ai sorti mon stylo et branché des écouteurs à mes oreilles puis c’est revenu. Cette fois mon personnage parlait au «je», il voulait s’exprimer, être entendu, alors je lui ai donné parole.

12468140_666376160172022_1273673736_n - CopyJe me questionnais beaucoup par rapport à mon style d’écriture, autant sur ma façon de construire les phrases que sur l’atmosphère très symbolique de mon écriture. Je me demandais si ça valait quelque chose, puis comme je m’étais dit que moi aussi je pouvais écrire un roman, je me suis dit que ce n’était ni plus ni moins que mon style à moi et que je n’avais qu’à le suivre. Juste pour voir ! Je ne sais jamais si c’est commun ou si c’est quelque chose que je vis personnellement, je ne me pose pas tant la question et puis je me trouve bien seule avec tout cet univers qu’est la création littéraire. Il m’arrive trop peu de pouvoir en parler ou de partager. Et mon silence vient du fait que je développe tranquillement cette forme de création et l’estime grimpe doucement en parallèle. Donc, une fois de plus, je me permets de parler ici de ma propre perception de la construction d’un monde littéraire. Je crois que, tout comme en arts visuels, j’ai une approche symbolique de la création. Pour moi, le monde des rêves, la nuit ou éveillée, celui des désirs, des fantasmes et de l’inconscience sont aussi réels que cette vie que je parcours les yeux ouverts dans un quotidien, dans lequel je cherche continuellement mes repères. Il n’existe aucune frontière entre cette supposée réalité et tout le reste. Et qui dit rêve, par exemple, dit symboles. Comme dans ma manière d’aborder les arts visuels, avec la gestalt thérapie, je conçois le processus d’écriture un peu de la même manière. Et c’est pourquoi je crois que j’ai tant besoin de la réclusion artistique, pour avoir lieu, temps et espace suffisants pour voir ces images qui sont miennes, entendre cette voix qui est la mienne, celle de l’âme, la plus vraie de toutes, du moins celle qui s’en approche le plus. Jusqu’au moment où j’ai senti que la voix de mon roman, celle de mon personnage, mais aussi celle de l’ensemble de l’œuvre en construction, était la mienne, enfin, il y a de cela très peu de temps, j’ai senti que j’avais besoin de prendre un léger recul en terme de lecture. J’avais pris l’habitude de lire beaucoup pendant le processus d’écriture. Pas que du roman, mais de la poésie, de la biographie, de l’essai, etc.. Mais dernièrement, j’ai pris une distance pour entendre plus clairement ce qui tendait à sortir de mon esprit pour s’imprimer sur papier, puis sur l’écran de mon ordinateur.

12992715_716348648508106_883073803_nMais tout de même, pendant des mois, j’ai lu beaucoup entre les phases d’écriture. J’ai d’abord pensé à relire quelques romans que j’aurais aimé écrire ou dont j’appréciais l’histoire ou le style de l’auteur. Je pense entre autres à La marche en forêt de Catherine Leroux, Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol et Les laboureurs du ciel d’Isabelle Forest, trois romans que j’ai relus avec grand plaisir. J’ai aussi lu une panoplie d’autres romans qui m’ont tous laissé un petit quelque chose d’eux et qui, peut-être, sans le savoir, m’ont permis de comprendre quelque chose sur moi et sur le monde et que cela se reflète dans mon écriture et dans mon roman. La beauté de la lecture, le passage des mots, la vivacité des idées, la capacité à créer des liens entre soi et le monde par la lecture, la vie et l’écriture, c’est presque magique. Autres que les livres, certains personnages réels ou fictifs m’ont aussi inspirée, que ce soit des gens croisés dans la vie ou sur écran. Je pense entre autres à la danseuse Isadora Duncan qui m’a inspiré le mouvement de mon histoire, avec sa biographie Ma vie et au film Big fish pour l’extraordinaire parallèle entre la vie et le conte. Il serait long et ardu de compiler la liste de mes inspirations, puisque tout ce que je vois, sens et ressens m’inspire.

Voilà enfin le point qu’il me tardait d’aborder, c’est-à-dire ma relation créative face à l’espace et au lieu de travail et mon rapport au temps, que ce soit dans la vie ou même dans l’histoire. Il est important d’apprendre à se connaître pour savoir comment on travaille, comment on crée, mais aussi pour servir le mieux possible notre création, que ce soit dans son fond ou dans sa forme. C’est avec la gestalt en arts visuels que j’ai pris conscience de l’importance du lieu de création et de là, entre autres, est née la réclusion artistique. Presque tous les artistes, visuels, écrivains ou autres, sentent un jour le besoin de s’isoler, de se couper de tout et de tout le monde pour se connecter entièrement à leur création. Ils trouvent différents noms pour décrire l’idée, avec une amie écrivaine, on a décidé d’appeler ça réclusion. Outre le fait de se couper de tout, l’idée est de prendre conscience de comment on habite un lieu, de notre manière hautement personnelle de sentir le temps nous traverser et d’utiliser l’espace, souvent restreint, d’un lieu clos pour s’ouvrir à une autre forme de liberté et se permettre de vivre sans minute, sans heures et surtout, surtout sans attentes. Nous devenons inatteignables et c’est comme si nous avions enfin la permission de partir en voyage au centre de nous, de vivre l’introspection totale. Tout cela permet d’effleurer des zones floues auxquelles nous ne portons pas attention habituellement. Toutes ces pertes de repères habituels. Et c’est encore plus fort de vivre cela dans une solitude pleine. On touche le vide, on le calcule, pour le transposer dans la création. C’est fort. C’est beau. Ça devient inévitable pour moi ce besoin de plonger, de replonger et à chaque fois, j’ai cette certitude d’avoir fait un bond énorme dans ma création. Mais je ne dis pas que c’est facile. Simple, oui, mais pas facile. C’est même très difficile. Surtout la première journée, ensuite le rythme s’installe et la connexion se fait et là, quelque chose se passe. Je pourrais facilement comparer cela aux trois pages d’écriture du matin, proposées par Julia Cameron dans Libérez votre créativité. Ce n’est qu’au bout des trois pages, comme au bout des trois jours de réclusion, que je privilégie, que je sens l’évolution. Et comme lorsque l’on sent qu’un tableau est terminé, vient un moment où tous les morceaux du roman se mettent en place et ne reste plus qu’à terminer l’écriture, en sachant que le plus gros, ce grand mur qu’il fallait franchir, est enfin tombé.

12992868_716348725174765_103952028_nMon roman me fait voyager, nous déambulons ensemble. À travers tous ces lieux, ces espaces, ces moments passés ensemble, on se transforme, on se crée. Il était inévitable pour nous deux de se retrouver à Percé, la belle, avec son énergie minérale et son âme si puissante, pour que je puisse me réaliser en me rendant au bout de ce projet et ça y est presque !

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Libérez votre créativité, Julia Cameron

La marche en forêt, Catherine Leroux

Les filles bleues de l’été, Mikella Nicol

Les laboureurs du ciel, Isabelle Forest

Ma vie, Isadora Duncan

Big Fish, Tim Burton

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

Un commentaire

  1. Vous nous mettez l’eau à la bouche, si je puis dire.
    Je ne détesterais pas lire quelques extraits. Je ne détesterais pas non plus aller passer quelques mois au bord de la mer pour écrire. Sauf que lorsque j’y vais… je nai plus le goût d’écrire. Seulement marcher, pédaler, lire, goûter!

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