Réflexions littéraires
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Portrait d’un être fictif : Le cas d’Oscar

Vous en avez sans doute entendu parler. Peut-être l’avez-vous même croisé. Je vous le décris. Il est tout petit et il porte une tuque rose pour cacher l’absence de poils sur son crâne. Lui, il dirait qu’il ressemble à un martien. Moi, je dirais qu’il ressemble à l’un des garçons les plus mignons que vous ayez rencontrés dans votre existence. Vous l’avez reconnu? C’est pourtant simple, c’est le petit Oscar d’Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Il y a déjà plusieurs fois que je relis cette petite plaquette. C’est qu’à chaque lecture, elle me met un baume sur le cœur. Je classerais ce livre dans les romans qui nous font du bien, et ce, malgré son propos tristounet, c’est-à-dire la maladie du jeune Oscar, la leucémie.

Récemment, j’ai vu renaître ce petit personnage dans ma classe de deuxième secondaire. Nous avons donné à lire ce joli roman à nos élèves. Chaque lettre d’Oscar lu en leur présence faisait apparaître de grands sourires sur leur visage ou faisait naître des éclats de rire francs. C’est là que j’ai compris qu’Oscar ne nous avait jamais vraiment quittés.

Oscar, c’est le personnage de l’espoir. C’est le jeune garçon à qui il est facile de faire croire. Une journée égale dix ans mon petit Oscar :

— Dans mon pays, Oscar, il y a une légende qui prétend que, durant les douze derniers jours de l’an, on peut deviner le temps qu’il fera dans les douze mois de l’année à venir. Il suffit d’observer chaque journée pour avoir, en miniature, le tableau du mois. Le 19 décembre représente le mois de janvier, le 20 décembre le mois de février, etc., jusqu’au 31 décembre qui préfigure le mois de décembre suivant.

— C’est vrai?

— C’est une légende. La légende des douze jours divinatoires. Je voudrais qu’on y joue, toi et moi. Enfin surtout toi. À partir d’aujourd’hui, tu observeras chaque jour en te disant que ce jour compte pour dix ans.

— Dix ans?

— Oui. Un jour : dix ans.

— Alors dans douze jours, j’aurai cent trente ans!

— Oui. Tu te rends compte? (p. 38)

La plus longue et la plus belle des vies pour l’enfant le plus adorable que la littérature nous ait offert.

Or, Oscar, c’est aussi le parler franc et la langue bien pendue de la francophonie de nos cousins belges. C’est qu’il a du caractère ce petit bout d’homme. Il traite ses parents de cons et il n’hésite pas à en faire voir de toutes les couleurs aux employés de l’hôpital.

Oscar, c’est la maturité de l’enfant malade. C’est celui qui comprend mieux et plus vite. C’est celui qui sort des proverbes intelligents dont certains adultes ne seront jamais dignes :

Si je m’intéresse à ce que pensent les cons, je n’aurai plus de temps pour ce que pensent les gens intelligents. (p. 33)

Les leçons de vie qui sont parsemées ici et là dans ce roman, soit à travers les paroles d’Oscar ou à travers celles de Mamie Rose, m’ont permis de transmettre une autre réalité à mes élèves, celle de la beauté de la vie malgré la maladie. Il y a toujours du positif, et ce, dans toutes les situations auxquelles nous devons faire face tôt ou tard.

Oscar, c’est le garçon perspicace qui réussit à découvrir les secrets de Dieu :

[…] regarde chaque jour le monde comme si c’était la première fois. (p. 95)

Oscar, c’est ce rigolo qui nous a tous fait croire que nous veillons sur lui durant les douze derniers jours de sa vie. Comme nous pouvons être bêtes parfois nous les lecteurs. Au fond, c’est toujours Oscar qui a joué le rôle de l’ange gardien :

Il s’est éteint ce matin, pendant la demi-heure où ses parents et moi nous sommes allés prendre un café. Il a fait ça sans nous. Je pense qu’il a attendu ce moment-là pour nous épargner. Comme s’il voulait nous éviter la violence de le voir disparaître. C’était lui, en fait, qui veillait sur nous. (p. 99)

Oscar et la dame rose, Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2002, 100 pages.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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