Littérature étrangère
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La vie est brève et le désir sans fin

« Il a besoin d’avoir une histoire. Tous les hommes, à un moment donné, ont sans doute besoin d’avoir une histoire à eux, pour se convaincre qu’il leur arrivé quelque chose de beau et d’inoubliable une fois dans leur vie. »

Chaque page du roman de Patrick Lapeyre La vie est brève et le désir sans fin m’a laissée songeuse. J’aimerais écrire un livre si simple, mais vrai.

Louis Blériot, un traducteur à son compte, perdu, un peu insignifiant et écrasé par sa femme à la carrière fortunée, a eu une aventure avec une jeune anglaise, Nora. Puis, elle a disparu du jour au lendemain, à Londres vivre avec un autre homme, plus riche et plus rationnel, Murphy. Deux ans plus tard, alors que Louis se réhabilitait à sa vie conjugale monotone, elle réapparait. Le roman raconte alors la nouvelle descente de Louis et Nora dans le gouffre vertigineux, dangereux et captivant du désir adultère, tout en nous montrant la situation désespérée de Murphy qui n’accepte pas l’abandon de Nora. Les deux hommes se retrouvent alors dans la même situation de victimes pathétiques face à une Nora ensorcelante et troublante.

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On parle ici du désir. Celui qui prend parfois contrôle de notre vie et qui nous fait agir d’une manière complètement illogique. Ce désir puissant qui nous obsède et auquel on ne peut pas échapper mais qui ne nous rend pas forcément heureux. Au contraire. Le désir décrit par Patrick Lapeyre détruit souvent un bonheur plus classique et paisible qui a été long à construire mais qui parait secondaire face à des baisers et des nuits à se caresser sans fin. Le désir fait mal.

Murphy et Blériot désirent passionnément une femme qui refuse d’être possédée et qui fuit constamment.

Alors que Blériot pourrait travailler sur la relation avec sa femme qui lui donne tout ce qu’il faut, il préfère prendre le risque de tout perdre pour courir après une autre insaisissable. De son côté, Murphy, dont la personnalité est aux antipodes de celle de Nora, ne saisit pas qu’il serait plus adéquat de se chercher une femme qui lui ressemblerait, une femme plus terre-à-terre et qui le ferait moins souffrir.

J’ai été bouleversée par ce roman, non pas seulement par l’histoire qu’il véhicule, mais aussi par la forme et l’écriture.

 J’adore les récits qui mettent en parallèle plusieurs points de vue parce que je trouve que cela permet de mieux présenter la profondeur de la vie; chacun peut vivre et ressentir un même événement d’une manière tellement différente. Lorsqu’on décrit uniquement une scène selon le regard omniscient du narrateur ou celui d’un seul personnage, on n’optimise pas assez la compréhension de ce qui passe et on perd le ressenti multiple des hommes et femmes.

Puis, l’écriture de Patrick Lapeyre me donne des frissons. Il écrit comme je voudrais toujours chercher à le faire : des phrases courtes mais qui percutent. Il dit lui-même « J’essaie de dire des choses simples et de trouver une forme forte. ».

Plusieurs fois pendant ma lecture, j’ai dû m’arrêter et reprendre mon souffle tant des passages me paraissaient criants de vérité et me faisaient réfléchir sur mes propres expériences même si on y relate avant tout un point de vue très masculin des relations amoureuses.

« Il redescend donc la rue en suivant sa pente, sans se soucier de savoir où il va, parce qu’il y a des circonstances où quoi qu’on fasse on va toujours nulle part. »

« En même temps, alors qu’ils marchent tous les deux dans la rue, il se doute bien qu’il ne peut pas continuer à balancer ainsi pendant des mois entre l’angoisse de l’infidélité et la dépression de la fidélité – puisque dans ce genre de situation, il n’y a pas de normalité. »

Les mots sont simples mais décrivent pourtant merveilleusement bien la passion et le désir; des sentiments si complexes. D’ailleurs, alors que c’est souvent difficile de décrire la sexualité, Patrick Lapeyre parvient à décrire avec beaucoup de sensualité et à ne rien cacher sans trop dire.

« Mon rêve est de rendre à mon lecteur la vie transparente, comme si j’étais un souffleur de verre – et qu’à travers mon verre, la qualité poétique de la vie devienne évidente. »

Et justement, on est prêt à mieux ressentir et écouter ce que les personnages vivent puisque l’intensité n’est pas cachée par des termes trop recherchés. Surtout qu’ils restent tous des gens ordinaires qui deviennent malgré eux des héros de leur histoire passionnelle.

« Bref, rien qui puisse le préparer à devenir un jour le héros romantique d’un drame amoureux. Ce rôle que le destin lui attribue tout à coup s’apparente tellement à un contre-emploi qu’il préfère faire celui qui n’a rien vu. »

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

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