Art et créativité
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L’Épistolaire

Épistolaire : adj. Qui a rapport à la correspondance par lettres. 

Quand j’étais ado, je me disais qu’il n’y avait rien de plus romantique que de tomber amoureux de quelqu’un pour ses mots. Je rêvais de recevoir des lettres impromptues, des messages qu’on n’attendait plus. Parce que je lisais tout ce qui me tombait sous la main et que j’avais un fort penchant pour les histoires d’amour, je me prenais à rêver de poésie et de déclaration enflammée.

Quand j’étais ado, je rêvais d’être Elizabeth Benneth pis que M. Darcy débarque chez nous avec une lettre de dix kilomètres de long pour me dire qu’il m’aimait. Je rêvais de message à attendre, d’enveloppe à décacheter. Je rêvais de croiser sur une feuille de papier qui m’était destinée des mots qui étaient plus beaux que tous ceux qu’on retrouve dans les livres.

Je rêvais de ça, jusqu’à tant que je le vive.

Lui pis moi, on s’était bâti l’épistolaire à grands coups de mois passés à s’attendre. Fallait ben qu’on le fasse pour pas se laisser tomber dans l’oubli. À cause de la distance, des pays qu’on avait décidé de découvrir alors que notre relation était encore inexistante, on s’était mis à s’envoyer des messages. Des lettres, des cartes postales venues du bout du monde se présentaient parfois dans ma boîte aux lettres avec des semaines de retard. Mais la plupart du temps, c’est sur Internet qu’on ne se parlait pas de vive voix.

On s’écrivait pour prendre des nouvelles, raconter nos vies passées sur de nouveaux continents et apprendre à se connaître différemment.

J’attendais ses messages avec impatience. C’était toujours au milieu de ma nuit que mon iPad sonnait pour me dire qu’il m’avait écrit de son bout du monde. Je les lisais pas tout de suite, ses mots nouveaux, j’attendais le matin pour m’y jeter et en ressortir en souriant stupidement.

Mais c’était douloureux aussi, l’attendre tout le temps. Je lançais de l’amour subtil entre mes mots. J’espérais qu’il goutait à mes virgules, aux adjectifs que j’avais réfléchis de longues minutes. J’espérais qu’il ressentait tout ce que je mettais dans mes pauses, mes paragraphes, mes non-dits. À travers les mois qui passaient, je me suis mise à mettre des bouts de moi tellement grands dans mes messages que j’en étais mortifiée. Je choisissais les mots que je lui adressais, je les triais, les polissais. Je voulais qu’ils brillent. Je voulais que les phrases que j’avais mis tant de temps à trouver l’émerveillent.

C’est quand il est finalement revenu au pays, après des mois d’échange que j’ai compris comme cette correspondance m’avait donné le temps de rafistoler ce qui s’était brisé dans l’avant. Qu’en me donnant la chance d’utiliser les mots, l’écrit, tout ce qui s’emmêle habituellement dans ma bouche, avait finalement pris un sens. L’écrire a toujours été plus simple que le dire chez moi.

On a commencé à s’aimer à l’écrit, pis je pense que c’est beau.

Mais là, pour travailler, il est reparti au loin.

C’est drôle de penser qu’après tout ce temps à se r’garder din yeux, tout ce qu’on va se dire pendant des mois va garder une empreinte, que tous nos échanges seront faits par le biais d’Internet, encore.

C’est drôle de penser qu’on va se tenir les mains à distance, encore, en échangeant des mots qu’on va essayer de remplir de sentiments, qu’on va s’aimer de loin en appuyant fort sur nos virgules, sur chaque point, sur chaque lettre.

Des fois, c’est dur d’être loin.

C’est ça que mes romans d’ado auraient dû me rappeler.

Des fois, c’est dur d’être loin.

 

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par

Andréanne a toujours été décrite par sa mère comme étant quelqu’un d’intense. Elle, se considère plutôt comme une passionnée. Passionnée des livres, les premiers amours de sa vie. Les trompeurs de solitude, les créateurs de grandes espérances, les générateurs de grandes tristesses, aussi. Passionnée des voyages, des horizons infinis, des rencontres dans toutes les langues. Des chocs, des déséquilibres qui surviennent au cœur des autres continents, comme au sein de sa propre ville. Passionnée de l’enseignement, de la culture qu’elle arrive à transmettre aux esprits qui s’ouvrent, des rires qu’elle crée, des grandes illuminations qui éclairent les regards de ses petits élèves. Passionnée de la vie et de sa beauté, de son incroyable grandeur et de son incomparable cruauté. Passionnée.

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