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Les récits de correspondances : entre indiscrétion et fascination

Quand j’étais adolescente, ma meilleure amie avait un chalet à la campagne, où nous passions nos étés. La maison avait appartenu à son arrière-grand-père. Je me souviens clairement d’une photo de son aïeul, accrochée au mur du salon : il posait devant le chalet, assis sur sa vieille chaise berçante, avec sa moustache et son chapeau, le regard au loin. Son regard était énigmatique : on n’aurait su dire s’il était triste, confiant ou serein, mais sa photo avait toujours fait partie du décor alors on ne se posait pas trop de questions… Jusqu’au jour où, par une journée pluvieuse, la mère de mon amie sortit une vieille valise du grenier. En l’ouvrant, nous découvrîmes un trésor : de vieilles lettres, des journaux intimes, des morceaux de correspondance… Le tout soigneusement conservé, nous révéla-t-on, par la deuxième femme de son grand-père. Nous venions de percer une partie du mystère qui se cachait derrière le regard de l’homme sur la photo. Une phrase parmi toutes celles que nous avons lues ce jour-là me revient en mémoire  : Je suis …

Recommencer à écrire pour soi

Je me suis remise à écrire. Détrompez-vous, ce n’est pas que j’avais arrêté. J’écris régulièrement pour vous, les lectrices et les lecteurs du Fil rouge. Je suis en rédaction de mémoire de maîtrise depuis plus d’un an. Oui, j’achève! Vivement avril 2018! J’écris toutes mes parties de Donjons et Dragons, ce qui équivaut à plus de 10h d’écriture par semaine. Certes, j’écris toujours et partout, mais ce que j’avais oublié depuis quelques années, c’était d’écrire pour moi. Loin de moi l’idée de vous faire croire que tous ces beaux projets ne me procurent aucun plaisir. Ils m’apportent tous, à leur façon, une grande satisfaction. Il demeure que chacune de ces écritures s’accompagne d’un échéancier, d’une date de remise. Récemment, j’ai donc ressenti le besoin de me replonger dans mon être pour aller voir ce qui s’y cachait. Il est si agréable d’être surpris par soi-même. La poésie Ce que j’y ai trouvé, c’est la poésie. Il y avait un moment que le genre n’était pas venu se pointer le bout du nez dans mon esprit. …

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S’il ne fallait en lire qu’un

À l’époque, on disait d’une terre boisée, acquise par les colons français arrivés en Nouvelle-France, qu’elle était de bois debout. Que la forêt était son constituant premier, et que le travail qu’on devrait faire pour défricher la terre et construire sa maison serait gigantesque. Le père d’Alexandre, protagoniste principal du dernier ouvrage de Jean-François Caron, De bois debout, publié aux éditions de La Peuplade, est de ces hommes qui n’ont pas peur de suer sang et eau pour mener à terme un projet. Il ne craint pas les heures passées à s’arracher la peau des doigts, à se briser le dos pour accomplir la besogne quotidienne. Le père d’Alexandre est un homme de peu de mots, un amateur de silence, un homme qui, toutefois, s’il ne parle pas souvent, ne le fait jamais sans y avoir réfléchi longuement. Un homme qui n’aime pas les livres qui éloignent, dit-il, de la vraie vie. Et c’est sur la mort de cet homme que s’ouvre De bois debout. Tué à bout portant par un policier, devant son seul enfant. …

Les mots seront toujours amplement suffisants

Je suis de celles qui préfèrent les mots. Malgré l’émergence des médiums promouvant l’image, je suis de celles qui croient en l’invisibilité, en la puissance de ce qui est seulement écrit, dit et parfois, tu. À mes yeux, les mots seront toujours amplement suffisants et le visuel, jamais à la hauteur. Le livre ne mourra pas tant que moi je vivrai. Vous ne pouvez pas rivaliser avec le pouvoir de mon imagination et la justesse d’une plume. C’est la première raison pour laquelle j’ai eu peur lorsqu’il a été annoncé qu’un film serait fait sur l’écrivaine Nelly Arcan. Rappelez-vous, je vous avais fait part de mes impressions sur le Fil Rouge il y a quelques mois juste ici. En cet après-midi, plongée dans l’obscurité presque totale d’une salle de cinéma, mes doutes et mes inquiétudes se sont confirmés. Le long métrage Nelly n’avait pas raison d’être. Les meilleures séquences de l’oeuvre cinématographique demeurent les moments où Mylène Mackay lit des passages des écrits de la défunte auteure. Car les mots seront toujours amplement suffisants. Je …

Un mot vaut mille images

Je n’ai pas encore de titre, de profession, de corps de métier, bref de carrière officielle, mais une chose est sûre : dans toutes les sphères de ma vie, j’ai besoin d’utiliser ma créativité. Mais parfois, sous la pression, elle tombe en panne. C’est alors que je me tourne vers les mots pour me guider. J’ai réalisé seulement récemment que les mots, les miens ou ceux des autres, étaient ma bouée de sauvetage lorsque les idées se perdent dans le brouillard. Pourtant, ce n’est pas d’hier que j’ai ce réflexe. Au cégep, le thème donné pour notre travail de fin d’études ne m’inspirait pas du tout, alors j’ai simplement sorti des expressions et des phrases en lien et j’ai décidé de les illustrer. Curieuse de cette découverte, je me suis demandé en quoi les mots m’étaient rassurants. Je crée principalement des images : je suis photographe et designer textile. Les images des autres m’inspirent donc beaucoup. Mais je suis aussi amatrice de littérature (sinon je n’écrirais pas sur ce blogue!), de musique, de danse et …

L’Épistolaire

Épistolaire : adj. Qui a rapport à la correspondance par lettres.  Quand j’étais ado, je me disais qu’il n’y avait rien de plus romantique que de tomber amoureux de quelqu’un pour ses mots. Je rêvais de recevoir des lettres impromptues, des messages qu’on n’attendait plus. Parce que je lisais tout ce qui me tombait sous la main et que j’avais un fort penchant pour les histoires d’amour, je me prenais à rêver de poésie et de déclaration enflammée. Quand j’étais ado, je rêvais d’être Elizabeth Benneth pis que M. Darcy débarque chez nous avec une lettre de dix kilomètres de long pour me dire qu’il m’aimait. Je rêvais de message à attendre, d’enveloppe à décacheter. Je rêvais de croiser sur une feuille de papier qui m’était destinée des mots qui étaient plus beaux que tous ceux qu’on retrouve dans les livres. Je rêvais de ça, jusqu’à tant que je le vive. Lui pis moi, on s’était bâti l’épistolaire à grands coups de mois passés à s’attendre. Fallait ben qu’on le fasse pour pas se laisser tomber …

Quand il faut attendre…

Non, je n’ai pas de romans publiés ni aucun autre recueil littéraire, mais cela n’enlève rien à ma valeur d’écrivaine. Je passe mes journées, mes soirées et surtout les douze mois de l’année entourée de mots, d’idées et de moments de génie. Donc, oui, je suis à cent pour cent écrivaine et fière de l’être. Je suis la plus comblée des jeunes femmes quand j’arrive à faire voyager des lecteurs ou à faire rêver les gens avec mes mots. Néanmoins, il y a des moments où j’ai honte de porter mon titre d’écrivaine et c’est quand mes pensées sont toutes noires. C’est le néant! Je n’ai plus d’idées ni de créativité et je me retrouve plusieurs semaines ou mois devant une page de Microsoft Word blanche ou mon carnet de notes vide. Je n’avais jamais cru au syndrome de la page blanche ou au blocage de l’écrivain, comme l’appellent certains. Je me disais que les écrivains étaient paresseux ou qu’ils faisaient exprès pour nous faire attendre pour le prochain tome de leur roman. Par contre, …

Le pouvoir des mots

On a tous une arme indestructible en nous. Une arme si puissante qu’elle peut blesser même le plus puissant du haut de ses six pieds. Ce pouvoir est la parole, mais plus précisément les mots. On entend souvent que les mots blessent et cela ne pourrait pas être plus vrai. Par contre, ils ne font pas que détruire les gens, les mots servent aussi à les inspirer. Si on utilise les bons mots alors on peut faire beaucoup de bien. C’est la raison pour laquelle on aime tant lire certains livres, car ils nous transportent dans des univers inconnus et nous font rêver. On lit divers mots par jour qui ont diverses fonctions ou classes de mots. Chaque domaine a son propre lexique. On ne les comprend pas toujours, mais c’est pour cela qu’on apprend à tous les jours. On élargit notre banque de lexique au fils des années. Ma maman m’a toujours dit que l’on a un vocabulaire plus riche si on prend le temps de lire. Par contre, cela ne veut pas dire que lire …

Chroniques d’une anxieuse : les mots

  Ça sentait le vieux Tim Hortons pas propre. Y’avait du monde, beaucoup trop, ça parlait fort et ça criait que ça voulait du café pas bon, pas cher avec ben du sucre. Je venais de perdre trois heures de mon temps à essayer de trouver l’hôpital où je devais passer quelques tests, à me perdre dans ses couloirs infinis et à pleurer parce que je ne savais pas où aller. Pour finalement me faire dire par la madame crêpée jusqu’au plafond au sourire forcé à l’accueil que j’étais pas au bon endroit. Que j’avais tout fait ça pour rien. Parce que, comme d’habitude, j’étais trop perdue pour m’organiser comme du monde. Comme tout l’monde. J’avais le karma à terre cette journée-là. Mon sac était resté pris entre les portes du wagon du métro. Il était encore accroché à mon dos quand j’ai entendu « une porte de train bloquée cause un ralentissement de service sur la ligne orange ». C’était de ma faute. Deux gars super héroïques sont venus me secourir en tentant chacun …