Littérature québécoise
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Douze chansons pour Évelyne

Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j’ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j’ai voulu mêler à la mienne. Je hurle, car je ne sais pas comment exister sans elles.

Avant d’écrire pour le Fil rouge, je ne lisais pas beaucoup de livres d’auteurs québécois. Ayant complété mes études en Lettres en France, je n’ai pas eu la chance de découvrir la littérature d’ici pendant mes études et je ne savais pas par où commencer. Mais le Fil rouge m’a permis de découvrir de jeunes auteurs québécois qui dépeignent une réalité beaucoup plus proche de la mienne que celle des livres que j’avais l’habitude de choisir. Je suis une grande adepte du dépaysement à travers les livres, comme je l’ai souvent expliqué dans d’autres chroniques, mais je connais aussi un grand plaisir à lire un roman qui semble me parler directement et mettre en mots des instants, des contextes ou des lieux qui sont les miens.

J’ai d’abord acheté Douze chansons pour Évelyne de Frederic Gary Comeau pour la beauté du titre. J’avais lu aussi que l’auteur composait de la musique et écrivait des poèmes et je me suis dit qu’il aurait sûrement le sens des mots mélodieux qui percutent.

Finalement, j’ai dévoré le roman en une fin de semaine. Sa simplicité m’a plu. L’auteur ne semble pas essayer de faire du grandiose, juste de raconter une histoire banale d’un homme perdu, Antoine Bourque, abandonné par une femme, Évelyne, trop jeune pour lui et qu’il aimait plus que tout; un homme qui a toujours un peu trop adoré les femmes folles et décalées; un homme enfin, qui ne sait pas gérer l’abandon d’Evelyne avec autre chose que la fuite à l’autre bout du monde.

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Le roman commence par la sortie des bois d’Antoine. Il s’était réfugié seul pour écrire douze chansons sur Évelyne. Il a rendez-vous dans un café, avec son agent pour lui faire écouter le résultat mais au lieu d’affronter son avis, il préfère s’enfuir et prend un billet d’avion à la dernière minute pour Tokyo.

À partir de là, on voyage entre le présent alors qu’il rencontre une japonaise amoureuse de la littérature acadienne, et les différentes couches de son passé. Il se rappelle de son passé proche et des moments magiques qu’il a vécu avec Évelyne. Il tente d’y trouver un motif à son départ, mais il n’y voit que de l’amour et du bonheur.

Nous allons sur la plage et mangeons en silence en contemplant la mer de début de jour. Nous ne pensons ni à l’avenir ni au retour. Nous ne sommes que dans le ciel et les reflets d’océan. Nous ne laissons entrer aucun doute.

Puis, il mélange le tout avec un passé plus lointain, avec le rappel de toutes les filles qu’il a aimées dans sa vie; des femmes qui avaient toutes un brin de folie et un côté magique mais qui ne l’avaient pas touché comme Évelyne l’avait fait en quelques mois seulement.

Celle des trois avec qui j’ai passé le moins de temps, mais qui semblait me mener vers une baie protégée des marées et des vents malveillants, où j’allais pouvoir m’ancrer.

On voyage aussi beaucoup physiquement dans le roman puisque Antoine a toujours erré un peu partout sur la planète pour trouver de l’inspiration pour ses chansons, pour oublier une femme ou pour en rencontrer une nouvelle et s’oublier dans ses bras. On passe du Mexique, au Portugal jusqu’au sud des États-Unis.

J’étais absolument intoxiqué par cette jeune femme vive et libre mais habitée par quelque chose qui ressemblait à une infinie tristesse. J’avais besoin d’aller au bout de cette fille, de percer son opacité joyeuse.

Chaque fois, les lieux y sont parfaitement décrits et on y perçoit l’émotion proche à chaque lieu et pas seulement à travers l’exotisme des femmes.

Douze chansons pour Evelyne est arrivé au moment où j’étais moi-même en train de vivre une rupture. Je suis celle qui a quitté et j’ai apprécié lire le point de vue de l’homme qui subit la rupture. Dépaysant en quelque sorte, puisque je ne suis pas un homme mais en même temps, j’ai senti une familiarité puisque le contexte québécois y est très présent (malgré les nombreux voyages, le point d’attache du roman reste toujours Montréal) et que je m’y reconnais dans le style d’écriture. Enfin, j’ai tendance à réagir comme Antoine et fuir ailleurs quand je ne comprends plus où va ma vie.

Finalement, qu’arrive-t-il avec les fameuses chansons d’Évelyne? On les retrouve, merveilleuses, à la toute fin du roman et toute l’histoire prend encore plus de poids.

 

 

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

2 Comments

  1. Michèle Morin says

    J’avais entendu du bien de cet auteur, mais comme souvent quand je n’agis pas tout de suite, j’avais ensuite oublié. Cette fois, je l’ajoute à ma liste « À lire ». Vous m’avez convaincue. Cette liste, grâce aux collaboratrices de Fil rouge, ne cesse de s’allonger! Je ne vivrai jamais assez vieille pour en venir à bout! 📚 🙂

    Aimé par 1 personne

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