Littérature étrangère
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Gabriel García Márquez et les effluves caribéennes

Il y a des romans qui vous font voyager gratuitement dans des contrées éloignées et dans des univers singuliers, qui vous font rêver à un ailleurs fabuleux et qui vous déstabilisent en douceur de votre quotidien en vous amenant là où vous n’aviez jamais pensé aller sans bouger de votre salon.

Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez vous transporte loin de la réalité québécoise, mais met en scène un monde si humain, intemporel et universel qu’il donne l’impression finalement que tout se passe juste la porte à côté.

Le roman relate l’histoire de la famille Buendia sur six générations, dans un village isolé d’Amérique du Sud, Macondo. La famille Buendia, qu’un gitan a condamnée à cent ans de solitude, est emportée dans un tourbillon de révolutions, de guerre civile, de violence, de richesse, de naissances, de pertes et d’histoires d’amour tragiques. Tout au long du roman, tous les personnages sont prédestinés à souffrir de la même solitude; ils finissent pratiquement tous seuls, tristes, mais vidés par une existence trop intense.

« Il mourut de vieillesse, solitaire, sans une plainte, sans une protestation, sans se laisser aller une seule fois à trahir son secret, tourmenté par les souvenirs et par les papillons jaunes qui ne lui accordèrent aucun moment de répit, et mis au ban de la société comme voleur de poules. »

J’ai déjà entendu certaines personnes dire que le livre leur faisait peur puisqu’il semblait trop fantastique. En général, je ne suis pas adepte de la littérature fantastique, mais c’est justement la magie de Gabriel García Márquez : nous proposer des éléments irréels dans un décor si réaliste qu’on est prêt à croire tout ce qu’il met en scène.

Cent ans de solitude n’a pas été ma première aventure avec l’auteur colombien, j’ai d’abord lu Chronique d’une mort annoncée dans un cours d’espagnol et je n’ai plus rien lu de lui par la suite. Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai renoué avec l’auteur alors que j’avais une phase d’intérêt marquée pour tout ce qui touchait l’Amérique latine et que je voulais absolument y voyager. J’ai particulièrement aimé L’Amour aux temps du choléra, mais Cent ans de solitude reste son chef d’œuvre qu’on peut lire à tout âge. La langue est imagée et le livre regorge de phrases merveilleuses et touchantes : « C’est une sensation physique qui le gênait presque pour marcher, comme un petit caillou dans sa chaussure. » Ou encore : « Son visage fouetté et meurtri par le sel des Caraïbes avait acquis une dureté de métal. »

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De plus, pour aller plus loin, je recommande fortement de s’attarder à son autobiographie Vivre pour la raconter.

« La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient. »

J’adore lire les mémoires d’écrivains et comprendre mieux leur processus d’écriture ainsi que la source de leur inspiration. Gabriel García Márquez est vraiment généreux et nous ouvre la porte de son monde. Et dans son cas, c’est d’autant plus troublant qu’il s’est fortement inspiré de sa vie et de l’histoire de sa famille pour mettre en scène son univers romanesque. Après avoir lu son autobiographie, j’ai eu la sensation que ses romans prenaient encore plus vie et que ses personnages et lieux décrits gagnaient en force.

Je n’ai malheureusement jamais encore mis les pieds en Colombie, mais j’espère un jour voir de mes propres yeux les lieux merveilleusement décrits par l’écrivain. En attendant, lorsque je me replonge dans son œuvre, j’ai l’impression de m’y retrouver et de sentir intensément les effluves caribéennes. Un peu de dépaysement par la lecture fait tant de bien.

Et vous, grâce à quel roman voyagez-vous?

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

3 Comments

  1. La Colombie serait donc caribéenne ! A mon sens, les Caraïbes sont la matrice d’une culture fort différente; fusion entre l’occident et l’Afrique alors que la Colombie, tout comme d’autres pays d’Amérique Colombienne, a développé une culture hispano-indienne beaucoup plus caractéristique.

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  2. Ping : Douze chansons pour Évelyne | Le fil rouge

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