Littérature québécoise
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L’écho de leurs voix : combattre le silence

J’étais très contente quand Remue-Ménage nous offrait de lire L’écho de leurs voix, car j’avais été très heureuse de me plonger dans un roman qui traitait de l’histoire d’Haïti et de la dictature et de la chute de Duvalier. L’hiver dernier, j’avais lu Femmes au temps des carnassiers de Marie-Célie Agnant qui m’a beaucoup informée et conscientisée. J’adore le fait que la fiction nous permette de mieux comprendre un peuple, un pays et son histoire. Encore un merveilleux pouvoir des livres!

Dans ce dernier roman de Jan J. Dominique, on y suit des membres d’une famille haïtienne qui vit à Montréal. La jeune Claire, étudiante du cégep qui se cherche beaucoup, est un peu le personnage central qui relie tous les autres personnages qui parcourent l’oeuvre. Cette jeune fille reçoit un carnet en cadeau et c’est ainsi qu’elle se met à écrire et à se confier par le biais de l’écriture. Elle tombe aussi très amoureuse, de Hans, un homme très près de sa grand-mère qui lui fera vivre ses premiers grands émois amoureux. Elle ira jusqu’à perdre le fil de sa vie, respirant que pour se retrouver blottie dans les bras de cet amour.

C’est aussi cet homme qui l’incitera à se questionner sur son passé familial, sur le parcours de ses parents à Haïti. Il tente de doucement la manipuler et l’informer des horreurs qui dorment dans les albums de photos familiaux. Très près de la grand-mère du jeune homme, Claire sera pourtant avertie ; il ne faut pas s’attacher à Hans.

Ce portrait de famille est extrêmement touchant et l’écriture de la journaliste et auteure Jan J. Dominique rend parfaitement l’émotion de ses personnages. On sent dans le coeur des enfants d’immigrants le conflit qui existera toujours entre eux et leurs parents, mais ce désir pourtant si fort de comprendre d’où ils viennent et par où sont passés leur famille et leurs ancêtres. Le silence et les non-dits viendront cependant poser des questions tout au long du roman. La chute de la dictature de Duvalier ayant apporté plusieurs Haïtiens à Montréal, bourreaux inclus, vient questionner les notions de taire ou de nommer. D’expliquer ou bien de cacher. La culpabilité se mélangeait à une détresse.

-Dis-moi la vraie histoire, maman…

Mina soupira.

-Vous croyez qu’il m’a été facile d’oublier les atrocités commises avant ma venue au monde, ces drames que je n’avais pas vécus et qui me tourmentaient ? Je les ai rejetés. Mais je suis née avec ce bagage incrusté dans mes organes, soudant mes os, coulant dans goutte de mon sang en une flux immonde qui m’empoissonne.

Publié aux éditions Remue-Ménage, ce roman pose la question essentielle de l’écart entre deux générations. Les parents ayant vécu la dictature haïtienne doivent-ils raconter à leurs enfants? La transmission de la mémoire domine-t-elle toute l’horrible souffrance que procure le fait de se souvenir, de nommer, de mettre en mots? C’est un peu ce qui traverse l’entièreté de ce roman, avec des personnes qui ont immigré à Montréal et qui essaient de recommencer, même si on n’oublie jamais la douleur des souvenirs.

Mention spéciale à la superbe couverture du roman qui a été illustré par Mathilde Corbeil.

Je tiens aussi à souligner que les Éditions du Remue-Ménage célèbrent leurs 40 ans cette année et que c’est totalement essentiel qu’une maison d’édition féministe publie des ouvrages, des romans et des essais qui donnent parole aux féministes et aux préoccupations du mouvement. Pour tout ça et beaucoup plus, merci! Je continuerai de vous lire avec ardeur!

J’espère que vous avez eu la chance de visiter leur exposition 40 ans deboutteL’édition féministe selon Remue-ménage qui était présentée jusqu’au 2 octobre dernier à L’Écomusée du fier monde.


Le fil rouge tient à remercier les éditions du Remue-ménage pour ce service de presse
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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

4 Comments

  1. Kim Magloire says

    Salut à vous !
    Je ne connaissais pas ce roman, grâce à cette chronique, je sens que je pourrais me laisser tenter pour le lire aussi…
    Je suis une haïtienne, de la troisième génération d’une famille dont les grands-parents ont vécus l’époque des Duvalier et l’exile au Canada !
    Superbe chronique.

    J’aime

  2. Ping : Nos suggestions de romans québécois publiés en 2016 #Jelisunlivrequébécoisparmois | Le fil rouge

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