Littérature étrangère
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Lire Lolita à Téhéran : ode à la littérature sur fond de guerre

En traduisant la liste de Rory, ce titre m’a interpellée. J’ai tout de suite eu envie de le lire. Aimant les livres qui parlent de littérature et d’histoire — sans pour autant être un roman historique — j’ai rapidement su que ce livre allait me plaire. En plus, on y raconte l’histoire d’une femme forte, un récit autobiographique; manifestement, ça augurait bien pour moi. Je l’ai lu, par bribes, en y revenant toujours. C’est le type de roman qu’on peut déposer sur sa table de chevet, le temps d’en lire un autre, et y revenir sans y avoir perdu ni le fil, ni le goût.

Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans, sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation « révolutionnaire » de leur pays et de mesurer la primauté de l’imagination sur la privation de liberté.

Lire Lolita à Téhéran raconte donc la vie de l’auteure, Azar Nafisi, alors qu’elle était enseignante de littérature, durant la révolution iranienne. Cette passionnée se voit contrainte à quitter son poste dans une université de Téhéran, refusant d’y porter le voile pour enseigner, refusant de revoir son curriculum jugé antirévolutionnaire par les autorités, encourageant, à sa façon, l’insubordination des jeunes femmes face au régime autoritaire dans lequel elles sont contraintes de vivre, soit la République islamique d’Iran.

Entourée de jeunes étudiantes, elle forme chez elle un « club de lecture » où elles parlent de Nabokov, Fitzgerald, Austen, James, sans retenues. À travers ces séances, Nafisi dévoile une réalité toute autre, loin des fictions desquelles elles discutent.

En reconstruisant son parcours en tant que femme, professeure, mère et épouse, durant une époque changeante — qui restreint  la femme et apporte avec elle des violences d’une ampleur qui devient banale de par son caractère routinier et commun — l’auteure étale et met de l’avant les impacts et conséquences de la révolution iranienne sur plus d’une génération d’hommes et, principalement, de femmes.

Il y a tellement de moments marquants, de perles et de réflexions dans ce roman, je ne peux faire autrement que d’admirer le travail de l’auteure, son courage, sa force et sa vulnérabilité, tout à la fois.

Non seulement les questionnements des personnages sont bouleversants, ces femmes sont emprisonnées, au sens figuré — et parfois littéral — par une majorité politique qui leur interdit presque d’exister, contraintes et confinées à n’être que des ombres d’elles-mêmes, tout en essayant, comme nous toutes, de se découvrir et de comprendre qui elles sont.

Mais la force de chacune, l’espoir d’avoir mieux, le havre que leur offrent ces séances du jeudi chez Nafisi, le pouvoir salvateur de l’imaginaire et des mots, tout ça est d’une puissance qui n’a su faire autrement que me toucher, me marquer et m’instruire. C’est un fin roman qui dépeint avec ferveur et réalisme une réalité qui fait mal, qui enrage et qui, malheureusement, est toujours d’actualité.

Finalement, il y a, dans Lire Lolita à Téhéran, une force et une passion qui émane de tout. L’hommage que l’auteure rend à la littérature, à l’imaginaire, en plus de lui accorder le premier rôle dans ce roman, dénote une force qui n’est réellement donnée qu’à ceux qui n’ont d’autres choix que de faire face à une réalité qui les contraint au plus profond d’eux.

Le contraste entre l’importance de la littérature dans sa vie et le contexte sociopolitique dans lequel elle évolue est marquant, c’est avec des récits comme celui-ci qu’on ne peut nier le pouvoir des mots, envers et contre tous.

 

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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