Littérature québécoise
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Owen Hopkins, Esquire : Les cicatrices qui blessent ne partent jamais

Avec Owen Hopkins, Esquire, Simon Roy signe un deuxième roman d’une plume habile et magnifique où chaque phrase devient un bijou littéraire qu’on pourrait lire et relire pour le simple plaisir du beau.

Au-delà de ces mots qui s’agencent avec fluidité les uns aux autres, l’auteur propose le récit d’un drame familial, d’une filiation brisée et d’une trainée de blessures qui restent à jamais. Il s’agit de l’histoire d’une relation en péril, entre un père et un fils, qui s’effiloche jusqu’à n’être que poussières vides. L’atmosphère est douloureuse et lourde, mais d’une belle lourdeur, angoissante et intrigante, qui pousse à tourner frénétiquement les pages à la recherche de ce qui a bien pu décomposer la famille de Jarvis, personnage principal.

Roy présente ce récit qui semble trouver écho dans Ma vie rouge Kubrick, son premier roman paru en 2014 et lauréat du Prix des libraires du Québec en 2015, où il est question également d’un passé familial dont les cicatrices sont indélébiles. Jarvis vient tout juste d’apprendre que son père est mourant. Celui qui, précisément, a abandonné sa mère sur le bord de la folie, un drame irréparable entre les mains. Suivant à contrecœur les conseils de sa marraine Lila Roman, entouré des doux bouquets de la boutique Lila et Galantha, fleuristes, il décide de se rendre à la chambre 213 des soins palliatifs de la Hull Royal Infirmary, au East Yorkshire. Voilà qu’après un vol Montréal-Manchester, Jarvis se trouve face à cet homme, Owen Hopkins, son père, qui se meurt d’un cancer des poumons.

Mais, rien. Nada.

Tout est vide.

Il n’a aucune pitié pour cet homme qui a tout gâché, même sur son lit de mort. Aucun sentiment d’amour pour cet imposteur, ce menteur, ce fourvoyer, ce clown qui a préféré fuir par égoïsme.

« J’aurais dû mieux apprendre à cultiver le jardin des convenances pour, le moment venu, éviter de passer pour un sociopathe vide de toute émotion. »

Et, au début, ce manque d’empathie d’un fils vis-à-vis son paternel qui s’éteint à petit feu choque, dérange, percute nos valeurs. Puis, au fil des pages, de l’intrigue qui se déploie de façon magistrale, on comprend. On saisit, tout. On saisit cette haine qui anime Jarvis. On est frappé par cette animosité totalement justifiée par une confiance qui s’est brisée, par un trop plein de promesses non tenues et par une absence incurable.

« Ce chagrin insondable puisait sans doute sa source dans la solitude et la vulnérabilité du petit garçon que j’étais. Comme si à dix ans je sentais déjà, sans pouvoir l’exprimer avec des mots précis, que ma vie ne serait qu’une succession d’abandons, de pertes amères et de regrets. »

Pour Jarvis, ce n’est pas un père mourant qui est devant lui, sur ce lit d’hôpital, mais un mythomane qui vit dans ses délires. Même sur le point de trépasser, il trouve le moyen de raconter des bobards, des conneries pour embellir cette vie qu’il a ratée en ne pensant qu’à lui. Pour tenter d’oublier cette fois, fatidique, où il a n’a pas su être présent pour empêcher ce drame qui allait changer à jamais leur existence. Roy nous offre un récit sur la culpabilité, sur ce qui ne peut être effacé, sur ce qui reste. Un récit d’un père qui tente de se repentir, mais qui sera, même jusqu’à son dernier souffle, un menteur ingrat.

« Fuir était la seule option qu’il me restait, en dehors de la mort. Même la distance d’un océan n’arrive pas à effacer le traumatisme. I should have known… Même plus de deux longues décennies n’y peuvent rien. Le mal, c’est au tréfonds de notre foutue conscience qu’il loge. Elle est là, la vraie prison. »

Décembre, de la neige, du froid, une atmosphère sombre qui serre notre cage thoracique, mais surtout une intrigue qui s’agence petit à petit, avec habileté.

Owen Hopkins, Esquire est un magnifique puzzle qui pique la curiosité jusqu’à la fin. D’un épisode à l’autre, les morceaux se placent tranquillement pour qu’on saisisse toute l’ampleur du drame.

Pour que l’on comprenne que, parfois, les cicatrices qui blessent ne partent jamais.

Le fil rouge tient à remercier les éditions du Boréal pour le service de presse. 


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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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