Littérature étrangère
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Sacrifices, tensions raciales et le vrai du faux

J’ai pris beaucoup de temps avant de me mettre à écrire ces lignes. Pour tout vous dire, depuis près d’un mois que Rédaction de mon article sur Sacrifices est dans mon agenda et chaque semaine, je le recopie en me disant, cette fois c’est la bonne.

Écrire des critiques littéraires depuis 2 ans et demi m’a appris à rédiger rapidement, parfois pour couvrir des sorties littéraires, d’autres fois tout simplement pour ne pas — justement — surcharger son agenda. Bref, avec Sacrifices, j’ai pris bien mon temps. Pourquoi? J’avais besoin de laisser mon esprit analyser et aérer après la lecture de ce récit qui m’a bien sincèrement fascinée et que je n’oublierai pas de sitôt.

Joyce Carol Oates m’avait profondément déçue avec Confession d’un gang de filles, un roman dans lequel je n’ai pas du tout embarqué et que j’ai eu de la misère à terminer. J’ai toutefois voulu lui donner une deuxième chance lorsque j’ai appris la sortie de Sacrifices et je suis très contente de l’avoir fait parce que j’ai découvert tout un univers… J’ai bien l’intention de me plonger dans d’autres de ses oeuvres, donc si vous avez des suggestions, je suis preneuse.

Racisme, violence et viol

Dès les premières pages : l’horreur. Une mère est à la recherche de sa fille qui a disparu depuis deux jours, dans le New Jersey, en 1987. Cette dernière est retrouvée attachée dans une usine défraîchie, elle a des propos racistes écrits sur le ventre et dit avoir été violée, kidnappée et violentée par des hommes blancs. C’est ainsi que débute ce roman qui nous plongera dans un côté des plus laid, horrible, affreux des États-Unis : son racisme. Ce drame fera ressurgir toute la tension raciale de la ville et ainsi choquera la communauté entière.

Le vrai du faux

Sybilla et sa mère, qui se méfient du système judiciaire et médical blanc, se tourneront vers un pasteur noir et le frère jumeau, un avocat. Ces deux hommes, mais surtout le pasteur, convaincront la jeune fille et sa mère de leur faire confiance, d’oser prendre la parole, pour révéler au grand monde à quel point les policiers sont racistes et ainsi dénoncer le terrible viol dont Sybilla a été victime. Plus que les liens se resserrent, on commence à douter de ces deux hommes qui ne semblaient avoir que de bonnes intentions vis-à-vis de Sybilla et sa mère… Est-ce que le viol d’une jeune fille est devenu une façon d’acheter de la pitié, de faire du fric sur le dos d’une agressée?


« Nous allons secouer la conscience de l’Amérique blanche en révélant ce qui a été fait à Sybilla Frye : votre fille est une martyre, mais elle sera bientôt une sainte. »


Ce récit tombera au fil des pages dans un récit de suspicion et de qui dit vrai? Ainsi, on chavire en quelques pages d’un roman à un autre, en ne voyant pas venir (du moins, dans mon cas) la profondeur de la détresse d’une Amérique qui se dit trop souvent progressiste. On navigue entre des perspectives, des points de vue, des façons de comprendre et de vivre ce drame plus grand que nature et c’est ce qui rend complètement accro à cette lecture. Il y a plusieurs couches de douleurs, de détresse, de violence et de noirceur à ce drame et on est loin de tout saisir aux premiers abords.

Comme le témoigne cette critique, Sacrifice est difficile à expliquer, à nuancer, à critiquer. Tout simplement parce que je trouve qu’il faut connaître l’histoire sous tous ses angles pour réellement en discuter et loin de moi l’envie de dévoiler des éléments qui pourraient nuire à votre lecture. Alors, je terminerai en vous disant d’aller lire ce roman. Vous serez fâchées, je dirai même enragées par moment. Les larmes couleront assurément sur les pages (si vous êtes émotives comme moi!), mais vous terminerez ce roman en ayant l’impression d’avoir un tout petit mieux compris toute la noirceur du racisme des États-Unis. Inspiré d’un fait réel (l’affaire Tawana Brawley), ce roman de Joyce Carol Oates met clairement le doigt sur ce qui est le plus horrible de notre société : cette peur de l’autre, de la différence…

Avez-vous déjà lu des romans qui vous ont mis dans le même état d’esprit que Sacrifice a fait avec moi?

les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

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Un commentaire

  1. Karine Ruest-Pilote says

    Je me suis procurée Sacrifices dernièrement. J’ai encore plus hâte de le lire maintenant que je lis ton article. Ça sera mon premier roman de Joyce Carol Oates.

    J’aime

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