Littérature québécoise
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Les choses immuables : ces relations qui sont faites pour durer

J’ai commencé à lire Les choses immuables d’Éléonore Létourneau durant une période charnière de ma petite existence. Le genre de période où plus rien n’a vraiment de sens, où tout semble s’éclipser dans le néant des questionnements, dans le je-sais-pus-où-ma-vie-s’en-va. Le poids des choix que je devais prendre – que je m’efforçais de prendre – me semblait trop lourd à porter, pour l’instant.

Il fallait choisir, mais je trouvais difficile de laisser tomber des rêves pour d’autres, de favoriser une voie plus qu’une autre.

Trop difficile.

Je n’y arrivais pas. Je voulais tout. Et ne rien concéder.

C’est à ce moment que les mots d’Éléonore Létourneau sont arrivés dans ma vie. Juste à point. À cet instant précis où tout s’effondrait, où j’en avais le plus besoin. Je me suis retrouvée, avec justesse, à travers chacune des remises en question des personnages de Louis, Hélène, Virginie et Mathieu, qui à l’orée de la quarantaine ne savent plus s’ils ont bien fait de s’enfoncer dans la banalité de la routine. Les jours se ressemblent sans aucune surprise. Les années se sont succédées sans trop de questions. Les années ont passé dans l’oubli de l’essentiel, se perdant dans les obligations qui prennent toujours trop de place, s’effaçant dans le métro-boulot-dodo.

Les années ont passé et elles ne reviendront pas.

« Elle était morte comme l’ombre d’elle-même. Probablement plus vite parce qu’il ne lui restait plus rien à quoi s’accrocher. Il n’arrivait pas à chasser l’idée que c’était un peu sa faute, qu’il n’avait pas su être présent quand il le fallait, quand il avait encore la possibilité de changer le cours des choses. Il l’avait abandonnée. »

Certains passages sont parfois lourds, à la limite du pessimisme, parfois étincelants d’espoir, mais cette lecture est surtout empreinte de cette vérité qui frappe de plein fouet et qui remet les priorités aux bonnes places. Ces priorités qu’on néglige souvent, à la manière des personnages qui ont ce sentiment, regrettable, de s’être laissés guider par la vie, plus que de l’avoir guidée d’eux-mêmes.

Ce sera le décès de la mère de Louis, à la suite d’un deuxième AVC, qui chamboulera toutes les idées préconçues des personnages qui verront dans cette fin inévitable le reflet de tout ce qu’ils ont oublié, au fil des années. Durant une année complète, on suit donc le quatuor, formé de deux couples, qui se connaît depuis toujours et qui n’envisage pas la vie les uns sans les autres.

Ainsi, à travers la plume sensible et poétique de Létourneau, on suit les réflexions, les déboires, les erreurs, les écarts de Louis, Hélène, Mathieu et Virginie qui, sentant les années filer entre leurs doigts, se questionnent sur le sens de leurs choix. Et je dois dire que, malgré ma vingtaine, j’ai ressenti toute la détresse de ces quatre humains sur le bord de l’envie de tout lâcher, maintenant, tout de suite, pour tout recommencer pendant qu’il est encore temps.

« Elle avait le sentiment que cette vie l’avait choisie plutôt que l’inverse. Elle ne pouvait blâmer qu’elle-même, elle s’était laissée porter par le cours des événements, mais il était encore temps de bifurquer, disait-elle, précisant sans laisser place au contre-argument que ce serait mieux pour tout le monde. »

Ce roman – le deuxième de l’auteure qui a fait paraître en 2014 Notre duplex – est une ode à ce qui est voué à tenir le coup, malgré tout. À ce qui est immuable. On lit, dès les premières pages, « il fallait apprendre à durer ensemble ». Et c’est là toute la beauté de ce récit : les bifurcations maladroites, les tourments de la maternité, les crises existentielles, les projets qui ne voient jamais le jour, les carrières qui s’effritent, l’amour qui se perd pour mieux revenir, tout ça n’entache que partiellement, et temporairement, les relations qui sont faites pour durer.

Et c’est le cas, évidemment, de ce quatuor dont les amitiés et les amours traversent le temps, magnifiquement, mais avec difficultés et efforts pour préserver ces liens qui aident à franchir, avec un peu plus de légèreté, l’existence.

Malgré le cynisme qui pèse parfois les mots, on y retrouve beaucoup d’espoir tout au long de la lecture.

On y retrouve, surtout, la beauté de ces relations qui sont immuables.


Le fil rouge tient à remercier les éditions XYZ pour le service de presse.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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