Art et créativité
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Leçons d’écriture avec Patrick deWitt, auteur du Best-Seller Les frères Sisters, autour de son nouveau roman

Originaire de l’île de Vancouver et habitant à Portland en Oregon, Patrick deWitt est l’auteur du Best-Seller Les frères Sisters, roman traduit et publié dans plus de trente pays. La maison d’édition québécoise Alto, qui nous avait offert ce merveilleux roman, publie maintenant son dernier roman, Le sous-majordome.

C’est l’histoire de Lucien Minor, un jeune homme dans la fleur de l’âge qui est contraint de partir de son hameau natal où il est reconnu pour être un menteur compulsif et un vilain petit canard. Ayant reçu une promesse d’emploi comme sous-majordome au château du baron d’Aux, il se retrouve pris au sein de péripéties étranges et passionnelles, dont le grand amour et ses effets perfides. Le Fil Rouge a eu la chance de s’entretenir avec l’auteur, voici notre discussion!

1.  Le processus créateur

Votre précédent roman, Les frères Sisters, nous transportait au coeur d’un western américain. Votre dernier roman publié, Le sous-majordome, se déploie au sein d’une Europe féodale aux structures sociales établies et à l’architecture médiévale. Bien que ces aspects ne soient pas explicites, nous les devinons lors de la lecture… Qu’est-ce qui vous inspire la création d’un tel contexte?

Patrick deWitt: Lorsque je pense au contexte de ce dernier roman, je l’imagine simplement comme un mince voile positionné derrière les acteurs. C’est un décor qui clarifie l’endroit habité par les personnages. Je ne voulais pas créer un contexte trop précis comme dans Les frères Sisters, puisque cela peut être restrictif par moments.

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Patrick deWitt, crédit : Danny Palmerlee – Alto

Est-ce que les constituants de l’histoire (contexte, actions, personnages) doivent être d’abord dans votre réalité pour s’appliquer ensuite à vos oeuvres littéraires?

Patrick deWitt: Lors de l’écriture de mon premier livre Ablutions, j’étais préoccupé par ma vie personnelle, alors j’y ai beaucoup emprunté. Depuis les dernières années, et surtout avec tout le travail littéraire accompli, je me fie principalement à ma créativité. Il n’est pas rare d’emprunter ou de « voler » certains attributs à une personne et de les apposer à un personnage fictif, mais la plupart de mes personnages sont créés à partir de matières brutes.

2. La création de personnage

Votre roman met en scène Lucien Minor, un jeune homme appelé à réinventer sa vie pour ne pas mourir d’ennui. L’histoire suit les étapes d’un conte, mais Lucy n’est pas un héros typique : ce surnom, Lucy, crée une incertitude quant à son genre, il aime l’efficacité des mensonges et n’a pas le tempérament courageux attendu d’un héros. Il est plutôt un anti-héros, mais nous nous attachons rapidement à lui. Quelle est la clé permettant de créer des personnages aussi humains auxquels nous pouvons facilement nous identifier?

Patrick deWitt: Selon moi, il est important de passer du temps avec ses personnages, d’apprendre à les connaître en profondeur. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de constater que le personnage devenait seulement lui-même en cours d’écriture. Je devais donc retourner au début du récit pour réajuster les actions et paroles du personnage qui n’agissait plus selon sa nature.

Est-ce que, selon vous, Lucy représente la modernité dans ce conte?

Patrick deWitt : Il a certainement des manières très modernes. Ma mission avec Le sous-majordome était d’écrire une histoire qui, malgré ses relents anciens, était familière aux contemporains. Lucy a été créé pour que les lecteurs puissent s’y identifier.

3. La langue de Patrick deWitt

Loin de moi l’idée de vous viser personnellement, mais il est impossible de passer sous silence votre nom de famille «deWitt», dérivé de «wit» ou «witty» signifiant avoir de l’esprit, de l’intelligence. Les titres de vos romans ont une particularité captivante, The Sisters Brothers et The Undermajordomo Minor. Votre écriture singulière a cet aspect perturbateur de jouer avec les mots et idées. Comment avez-vous pris conscience de cette singularité?

Patrick deWitt : J’aime beaucoup l’utilisation du mot «perturbateur» puisque ça vise exactement ce que je tente d’effectuer — pas perturbateur dans le sens de porter offense, mais plutôt comme titiller l’oreille du lecteur, d’accaparer tous ses sens. Cet aspect ludique n’était pas un but en soi, mais plutôt une inclination instinctive et naturelle.

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Que conseillerez-vous à un jeune auteur qui tente de trouver sa voie, sa singularité?

La lecture est l’exercice le plus important. Vous devez aussi rechercher des auteurs vous donnant l’impression d’écrire pour vous seulement. Pendant plusieurs années, j’ai lu que pour le plaisir, n’étant pas exigeant. Au fil du temps, j’ai compris l’importance de trouver ces écrivains qui accomplissaient précisément ce que je souhaitais. Ce n’est qu’après avoir débusqué ces hommes et femmes que j‘ai compris véritablement mes propres souhaits.

Roman publié par Alto, éditeur d’étonnant, et envoyé au Fil Rouge en Service de Presse.

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