Littérature étrangère
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Hollywood est mort, vive Hollywood!

Si j’ai longtemps critiqué les biographies, c’est que leurs 1546 pages m’effrayaient. Je les trouvais déjà ennuyeuses avant de les avoir lues. Car même en étant fascinée ou pas par cette personne, j’avais le pouvoir de m’informer sur elle d’une manière beaucoup plus rapide qu’une lecture quotidienne et assidue de plusieurs mois. Avoir accès aux personnalités publiques est de plus en plus simple. Vous n’avez même pas le temps de poser votre question que Wikipédia vous offre déjà une réponse instantanée. Eh oui, le progrès.

Je l’avoue, j’ai longtemps rigolé des biographies de célébrités. Coupable. Mais le fait est que le progrès (sujet tabou de ma chronique) n’est pas arrêtable et son attaque peut avoir des conséquences parfois surprenantes. C’est grâce à lui que la biographie s’est modernisée et transformée.

Depuis quelques années, nous sommes témoins d’une montée fulgurante du féminisme dans divers domaines. C’est le cas particulièrement du domaine du show-business américain. Les femmes ne se contentent plus de rôles de soutien, elles deviennent les modèles de milliers de jeunes femmes. Elles sont à la fois Katniss Everdeen, Meryl Streep et Wonder Woman. Mais avant tout, elles sont drôles, brillantes et engagées. Elles ont le désir d’avoir une influence positive sur leur auditoire et de profiter du certain avantage qu’elles possèdent pour s’exprimer, se définir et aider son prochain à en faire autant.

C’est ainsi que plusieurs d’entre-elles se tournent vers la biographie pour faire part de leur histoire et des chemins sinueux qu’elles ont arpentés au courant de leur carrière.

Si le mouvement persiste depuis plusieurs années, Tina Fey a lancé la danse en 2011 avec son livre autobiographique extrêmement drôle et touchant, Bosssy pants. Depuis, Amy Poehler, Mindy Kalling, Lena Dunham (lire l’article de Louba-Christina ici ) et Amy Schumer (pour ne compter que celles-ci) se sont passé le mot. 
Le autobiographical book est le nouveau meilleur ami de ma génération.

Devenue fervente lectrice du genre, je me suis laissée tenter par le premier ouvrage de l’actrice Anna Kendrick, Scrappy little nobody. 
Bien sûr, nous connaissons tous la célèbre Beca de Pitch Perfect, ou l’attachante Natalie du film Up in the air. Mais encore ? Ce premier livre nous ouvre une porte sur la jeune femme derrière le glamour et sur son cheminement professionnel et personnel.

Parue en novembre 2016, l’autobiographie de la populaire actrice se divise en différentes étapes cruciales de sa vie. Enfance, deuil, Sexualité, succès et amour seront donc abordés tout au long des 300 pages. Parsemé de photos, d’illustrations et de citations, le livre est une ode à l’âge adulte, au féminisme et à la persévérance.

L’authenticité qui nous unit

Bien que moins puissant que certaines œuvres du genre, il n’en demeure pas moins que Scrappy little nobody est réussi. Drôle, sincère et naïf, c’est un livre sans prétention.

Si l’actrice se dit souvent sujette à un trouble de l’imposteur, ayant l’impression d’être extrêmement privilégiée, on ne peut qu’admirer sa persistance. Ce livre traduit la difficile ascension vers le succès et les pièges qui la parsèment. Workhaolic depuis l’âge de douze ans, l’actrice ne s’est jamais remise en question. Préférant foncer sans jamais s’arrêter, elle nous livre plusieurs anecdotes juteuses sur les nombreux processus d’auditions ratées et les deuils vécus à chaque refus. Ce sont des extraits très personnels qui, malgré la conviction de l’auteur qui semble inébranlable, nous ramènent à nous-mêmes et à l’importance d’avoir confiance en soi.

C’est un travail sans fin qui nécessite beaucoup d’écoute, de laisser-aller et de courage. Cette leçon est d’ailleurs au centre de l’ouvrage.

Car derrière son côté bubbly et comique, Anna Kendrick cache plusieurs petites batailles.

Prise de troubles d’anxiété depuis un très jeune âge, elle se livre avec honnêteté et humour sur son cheminement et sur son trouble au quotidien. Que ce soit l’achat d’une voiture, ou une prestation devant des millions de gens aux Oscars, le moindre petit moment peut être empreint d’une grande signification émotive.

Tous les mêmes

Avec Scrappy little nobody, l’actrice tente de démontrer la banalité de l’extraordinaire, que son quotidien est aussi sans artifices et que la célébrité, bien que l’objet de l’envie de millions de personnes, n’est qu’une mascarade.

Elle n’hésite pas à le rappeler à chaque chapitre ; nous sommes tous égaux et extraordinaires.
Ainsi, lorsqu’elle aborde son propre éveil sexuel, elle se livre avec beaucoup de franchise, faisant tomber plusieurs barrières et tabous qu’ils l’ont longtemps associée à l’image de jeune fille parfaite. Elle s’offre également beaucoup quant à son parcours d’actrice, n’hésitant pas à parler d’argent, sujet qu’elle dit elle-même angoissant. Car, malgré le succès présent, elle ne se cache pas pour avouer que certains jours ont été plus longs et difficiles que d’autres. En effet, ses premières années à Los Angeles ont été synonymes de pauvreté. Ainsi, elle nous explique ses angoisses reliées à ce moment de sa vie, ce qui l’a menée à devenir une workhaolic et pourquoi ce terme n’est pas toujours synonyme de sérénité.

On se sent proche d’elle, à mi-parcours entre l’enfance et l’âge adulte. Cette éternelle enfant insiste sur les nécessités de l’indépendantisme et des responsabilités, mais aussi sur l’importance de rêver et de garder les choses aussi simples qu’imaginées au point de départ. 
Son parcours atypique nous émeut, nous ramène nous aussi à l’enfance et à l’importance d’honorer nos rêves. Mais avant tout, il nous fait rire.

Tomber, se relever, rire. 

Car il n’y a pas meilleur remède que Scrappy little nobody pour sourire. C’est une porte rationnelle sur un autre monde. Ainsi, lorsqu’elle laisse échapper le nom de telle célébrité ou tel acteur, on a l’impression que tout est relatif. Le gossip prend une tout autre dimension. Il devient anecdotique. Tout au long de la lecture, on ressent la sincérité de l’actrice, si bien qu’on se croirait en train d’avoir une conversation avec sa meilleure amie. Sa parole est très candide. Elle ne se prend pas au sérieux, et c’est ce qui nous charme dès les premières lignes.

Malgré quelques longueurs et quelques répétitions, la proposition d’Anna Kendrick est charmante et rafraîchissante. C’est une incursion dans l’esprit d’une jeune femme dynamique, curieuse et passionnée. 
C’est un ouvrage lumineux, qui nous propulse dans un état paisible et nous amuse du début à la fin.


Si plusieurs disent que c’est la fin d’Hollywood, j’ai la conviction que c’est le début d’une nouvelle ère. Une ère juste, équitable et diversifiée.

À la fin de ma lecture, j’en suis venue à la conclusion que les biographies ne sont pas chose du passé. Bien au contraire, elles sont le commencement de quelque chose de plus grand que nous.
J’ai beaucoup d’admiration pour ces modèles qui décident de prendre ‘’le pouvoir’’ qu’elles ont pour créer quelque chose de plus grand. La parole de ces femmes est honorable et rassembleuse. Son influence sur les femmes d’aujourd’hui et de demain est puissante et, même si des milliers de choses nous sépare d’elles, elles réussissent, par leur plume, à nous rapprocher d’elles. C’est le pouvoir des mots qui nous uni et qui nous donne le courage d’avancer dans nos combats quotidiens.

Ces routes sinueuses n’ont fait que forger nos caractères. Et si ces femmes ont le courage d’aborder des enjeux modernes avec humour et fierté, pourquoi, à notre tour, ne pourrions-nous pas combattre la peur par le rire et l’ardeur?

Le monde est petit, mais notre combat est immense.

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par

Amoureuse de la littérature depuis qu'elle est haute comme trois pommes, Marie-Laurence se décrit comme une grande passionnée des mots et de leurs impacts sur la société. Comédienne à temps plein, cinéphile et musicienne à temps partiel, elle ne sort jamais de chez elle sans être accompagnée d'un livre. Elle est chroniqueuse au sein de l'équipe des Herbes folles, l'émission littéraire de CISM 89,3 FM. Elle partage sa vie entre son ardent désir d'écrire, son amour pour le jeu, ses combats constants pour ne pas repartir en voyage, la politique (parfois elle s'emporte même), George Gershwin et le café, beaucoup de café.

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