Littérature québécoise
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À combustion lente : Les corps extraterrestres

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Quand Stella est arrivée avec ses bordées de neige invraisemblables, à la mi-mars, j’ai repensé au deuxième roman de Pierre-Luc Landry. Dans Les corps extraterrestres, le récit alterne entre les mondes de deux personnages, Hollywood et Xavier, qui ne communiquent qu’en rêve. Pour l’un d’entre eux, la planète suffoque de chaleur; pour l’autre, la neige n’arrête jamais de tomber. Je lisais les comptes rendus catastrophistes des médias, au lendemain de la tempête du 14 mars, et tout d’un coup j’ai pensé à Xavier, dont tous les déplacements sont ralentis par un hiver ininterrompu et lourd de précipitations. Je me suis souvenue de la ouate qui l’enveloppe et qui, un peu comme la neige quand elle tombe, assourdit pour Xavier les bruits du monde. Je me suis sentie replonger dans la nébuleuse de cette histoire, faite de rencontres impossibles et de grandes fatigues.

Les corps extraterrestres est paru en 2015; je l’ai lu au tout début 2017. La vie publique des livres, celle des critiques et des chroniques, des listes de fin de saison et des petits cartons de recommandation des libraires, me semble souvent très brève. C’est peut-être pour ça qu’il y a un plaisir particulier à en découvrir un juste assez longtemps après sa publication pour que les autres aient arrêté d’en parler. On a alors l’impression, en s’y glissant, de continuer à faire vivre le livre dans un endroit secret, précieux, où la lecture retrouve son caractère distinctement intime.

C’est un contexte qui convient bien au roman de Pierre-Luc Landry, qui explore justement l’expérience particulière que chaque personnage fait du monde. Alors que les éléments bouleversent le cours des jours, que des pluies de météorites secouent le ciel, Xavier et Hollywood s’enroulent dans leurs propres confusions intérieures. Ils voyagent, ils laissent une vie derrière pour en essayer une autre, ils tombent amoureux. Leurs circonstances changent, mais l’atmosphère persiste : une inquiétude qui gonfle et qui gonfle, quelque part en marge du récit. Livre à combustion lente, Les corps extraterrestres prend de l’expansion presque sans qu’on s’en aperçoive.

La quatrième de couverture parle d’une prose simple mais minutieuse aux contours existentialistes, et c’est la meilleure description possible pour parler de la plume de Pierre-Luc Landry. D’une étrangeté tranquille, la trame de ce roman berce ses personnages d’un moment d’ennui à un autre, du temps interstitiel qui s’étire entre deux événements à celui, long et large et flou, des rêves. J’y ai retrouvé les éléments que j’avais le plus aimés de son premier livre, L’équation du temps : la précision du quotidien qui côtoie le flottement existentiel des personnages. Les détails soigneusement posés, les disques de musique, la nourriture, les films regardés tard la nuit, dans une chambre d’hôtel. Et les passages comme celui-là :

Des étoiles filantes striaient le ciel de temps à autre et je souhaitais toujours la même chose débile : je voudrais être heureux; je voudrais être heureux; je voudrais être heureux. Je me suis dit : il n’y a rien qui m’en empêche, sinon moi-même. Mais je m’acharnais à le demander aux étoiles qui tombaient dans la mer. S’il vous plaît, petits corps extraterrestres, s’il vous plaît : rendez-moi heureux. (p. 233)

Après l’avoir terminé, j’ai appris que Les corps extraterrestres paraîtra bientôt en anglais, sous le bien joli titre de Listening for Jupiter. Sa vie publique reprendra au mois de juin; d’ici là, il reste encore un peu de temps pour le lire tranquillement.

Pierre-Luc Landry. Les corps extraterrestres. Druide, 2015, 264 pages.

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