Bibliothérapie
Laisser un commentaire

#bibliothérapie : les lectures salvatrices des abonné.e.s instagram (partie 2)

Les hashtags concernant les livres et la lecture gagnent en popularité sur instagram : #lefilrougelit, #littqc, #lecturedumoment, #liretv, #instalecture, #bookstagram, #bookish, etc. Une communauté de lectrices et de lecteurs est bien présente afin d’y partager ses coups de cœur littéraires ou simplement afficher ses lectures pour en discuter avec d’autres amoureux des mots. À la mi-mars, j’ai fait un appel de textes sur instagram :

Je suis à la recherche d’utilisateurs instagram qui aimeraient participer à un article sur le blogue littéraire Le fil rouge. Le concept est simple : j’aimerais que vous nous parliez d’une lecture qui fut salvatrice pour vous à un certain moment de votre vie, ou qui vous a fait du bien, tout simplement.

Huit grands lecteurs se sont prêtés au jeu :

Érika Plante (@Rikalechat), 23 ans, Bachelière en études littéraires, étudiante au deuxième cycle en édition et cat lover Processed with VSCO

L’Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafón

J’ai grandi entre les livres, en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussière et dont je porte encore l’odeur sur les mains.

L’Ombre du Vent m’est tombée dans les mains quand je devais avoir 15 ans. J’étais une habituée des livres fantaisistes : je visitais régulièrement la Terre du Milieu, Poudlard, Narnia… et l’univers créé par Carlos Ruiz Zafón était quelque chose de nouveau pour moi. Sous sa plume, Barcelone semble presque ne pas appartenir à notre monde, tant elle est imprégnée de mystère. En ouvrant ce livre, on se retrouve plongé dans un univers qui est à la fois réel et fictif. Je me suis beaucoup attachée aux personnages, parce que je pouvais me reconnaître en eux. Comme moi, ils vivaient dans un univers de livres. Le jeune personnage Daniel Sempere se fait introduire au Cimetière des Livres Oubliés par son père. Il doit y adopter un livre, le sauver. Tous les livres ont besoin de lecteurs pour survivre et ne pas tomber dans l’oubli…

Cette lecture a changé complètement la vision que j’avais de la littérature. J’ai compris à quel point les livres que j’avais lus et que j’allais lire avaient le pouvoir de me changer et de teinter ma réalité. J’ai commencé à réfléchir sur ce que je lisais et à voir des liens entre mes livres. L’image de la bibliothèque mystérieuse qui est peinte dans L’Ombre du Vent m’obsède encore aujourd’hui et c’est avec joie que je l’ai retrouvée dans l’écriture de Borges.

Je conseille à tous les lecteurs de lire ce roman. Il est plein de livres, de mystères, de personnages vrais et d’amour. Il m’a fait du bien et il a changé mon regard sur ce qui m’entoure et sur ce que je lis.

Cynthia Massé (@Cyntichat), 23 ans, étudiante à la maîtrise en littérature, profil recherche-création (UdeM) Cynthia Massé

Folle : Ce roman m’a sauvée parce qu’il m’a fait tomber en amour avec l’écriture de l’intime. Parce qu’après l’avoir terminé, je me suis enfin donné le droit de créer. On m’avait toujours dit que les femmes qui racontent leur propre histoire en dehors de leur journal intime se font taper sur les doigts. On m’avait toujours dit d’éviter ce genre d’affront. On m’avait parlé de l’obligation d’être drôle, surtout. J’ai écouté pendant longtemps parce que je ne voulais surtout pas entretenir le stéréotype de la femme larmoyante qui a un besoin vital de partager ses émotions. Je gribouillais des histoires d’amour à garder pour soi, mes traumatismes personnels relayés au tiroir. Puis, il y a eu Nelly qui a frappé fort avec son deuxième roman (que j’ai étrangement découvert avant le premier). Il y a eu Nelly pour me montrer la force d’un vécu et la forme que cela peut prendre. Avec elle, j’ai enfin compris le sens du mot « happée », et je n’en serai plus jamais la même. 

Valérie Rioux (@valerioue), 27 ans, bibliothécaire professionnelle Valérie Rioux

The WORN Archive: A Fashion Journal about the Art, Ideas and History of What We Wear, Drawn & Quaterly, 2014

Je me suis offert cette anthologie sans n’avoir jamais lu une seule édition de ce magazine né à Montréal et publié entre 2004 et 2014. Passionnée depuis longtemps par la notion d’archives comme témoignage, j’ai tout de suite été intriguée par ce livre. The WORN Archive s’intéresse à la mode comme phénomène culturel et la décortique sur les plans historiques, philosophiques et politiques, tout en laissant une place importante aux discussions sur l’expression de genre et la diversité corporelle. Il ne nie pas la relation que la mode entretient avec la consommation, mais apporte des nuances qui se rattachent aux expériences des individus avant tout.

« Fashion is WORN » écrit-on d’ailleurs, dans les premières pages.

La signature visuelle du livre est magnifique. Mon exemplaire, par contre, est élimé et porte les cicatrices du séjour prolongé à l’hôpital que j’ai dû subir il y a quelques années. En y repensant, il m’apparaît particulièrement singulier que j’aie lu un ouvrage sur la mode comme outil de résistance alors que je livrais quotidiennement mon corps aux soins d’inconnus.

The WORN Archive appartient à la catégorie de ces lectures rares qui sont aussi intelligentes qu’elles font du bien et occupera toujours une place spéciale dans ma bibliothèque.

Joelle Rivard (@joelanriv), 30 ans, machiniste dans un atelier d’usinage Joelle Rivard

Noël 2001. Je venais de survivre au pire automne de ma vie. Je transitais prématurément vers l’âge adulte. Je commençais à comprendre les discussions des grandes personnes et ça m’écœurait. Je cherchais une issue de secours. Je devais la trouver au plus vite.

Ce Noël-là, j’étais loin de chez moi. Loin des Noëls de mon enfance. Mon oncle a proposé d’aller voir le film. C’est au cinéma de Lévis que j’ai fait ma première incursion en Terre du Milieu.

Les trois mois qui ont suivi, j’ai lu les quelque mille quatre cents pages du Seigneur des Anneaux. Je lisais pour fuir le monde réel, pour l’oublier. Mais un parallèle s’est imposé à mon esprit. La trilogie parle de quitter son nid et d’acquérir de l’expérience. Frodon avance vers les terres sombres du Mordor, comme chacun doit avancer dans la vie, car c’est la seule chose à faire.

Au fil de ma lecture, j’acceptais mieux les changements qui s’imposaient dans mon quotidien. Voilà pourquoi l’œuvre de Tolkien détient une place spéciale dans mon cœur. J’ai trouvé refuge en Terre du Milieu, mais j’y ai aussi appris à affronter la vraie vie.

 

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s