Littérature québécoise
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S’il ne fallait en lire qu’un

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À l’époque, on disait d’une terre boisée, acquise par les colons français arrivés en Nouvelle-France, qu’elle était de bois debout. Que la forêt était son constituant premier, et que le travail qu’on devrait faire pour défricher la terre et construire sa maison serait gigantesque.

Le père d’Alexandre, protagoniste principal du dernier ouvrage de Jean-François Caron, De bois debout, publié aux éditions de La Peuplade, est de ces hommes qui n’ont pas peur de suer sang et eau pour mener à terme un projet. Il ne craint pas les heures passées à s’arracher la peau des doigts, à se briser le dos pour accomplir la besogne quotidienne. Le père d’Alexandre est un homme de peu de mots, un amateur de silence, un homme qui, toutefois, s’il ne parle pas souvent, ne le fait jamais sans y avoir réfléchi longuement. Un homme qui n’aime pas les livres qui éloignent, dit-il, de la vraie vie.

Et c’est sur la mort de cet homme que s’ouvre De bois debout. Tué à bout portant par un policier, devant son seul enfant.

Pour Alexandre, encore tout jeune, à peine entré dans le monde adulte, il n’y a qu’un refuge possible, la forêt. C’est également là qu’il ira à la rencontre de Tison, le premier habitant qu’il pourra trouver, après avoir fui les lieux de la tragédie. Tison, l’homme au visage terrible et au passé trouble, accueillera Alexandre. Lourds de leurs expériences passées, les deux hommes apprendront à se plonger dans leurs souvenirs et à les partager. Au cœur de la forêt, ils resteront, pour un temps, entourés de livres, ces objets qui, seuls, réussissent à les sauver.

S’il ne faut en lire qu’un

S’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-là. C’est ce que je me suis dit en refermant De bois debout, les yeux dans l’eau, l’esprit sourd à ce qui m’entourait. Je me suis extirpée de cette forêt envoûtante, de cette cabane de bois abandonnée en me le répétant. S’il ne fallait qu’en lire un. Si l’on cherchait à lire un roman qui parle de mort et d’amour, de livres et de la vie. Si l’on souhaitait respirer l’odeur du bois, de la terre humide, de la rivière qui se déchaîne. Si l’on voulait ressentir les maisons qui brûlent, le papier des livres sous nos doigts et les grandes douleurs qu’on ne dit pas. Si l’on voulait découvrir un ouvrage qui met en place un monde si puissant, si bien mené, si habilement décrit et habité qu’il peine à nous quitter. S’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-là.

De bois debout est un roman qui hante longtemps, qui habite le lecteur pour sa grande beauté, mais aussi pour sa franchise au sujet de la laideur qui traverse nos existences. L’auteur met en place une prose poignante et envoûtante, des réflexions qui coupent le souffle, qui brisent la gorge. Un parler de l’avant, ou de l’ailleurs, un parler brut, que l’on extirpe de la terre, encore sale et boueux, mais dans lequel on arrive à déceler une poésie tout à fait unique. À la fois dur et magnifique, l’écrit de Jean-François Caron rend hommage à la vie qui s’agite dans toute sa vérité et sa fragilité.

De bois debout restera parmi ces œuvres d’exception qui posent de réelles questions sur la place de la littérature, sur la cohabitation entre les œuvres littéraires et la vie. Sur l’impact qu’elles ont les uns sur les autres. Sur comment les livres peuvent nous éloigner, peut-être, de celle-ci.

Et l’on se demande.

Perdu au cœur des bois, à cœur de jours et d’efforts brisés, au centre du travail des mains, quand la vie s’affole et nous blesse, les mots ont-ils encore un sens?

 

Le fil rouge remercie les éditions La Peuplade pour le service de presse.

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Andréanne a toujours été décrite par sa mère comme étant quelqu’un d’intense. Elle, se considère plutôt comme une passionnée. Passionnée des livres, les premiers amours de sa vie. Les trompeurs de solitude, les créateurs de grandes espérances, les générateurs de grandes tristesses, aussi. Passionnée des voyages, des horizons infinis, des rencontres dans toutes les langues. Des chocs, des déséquilibres qui surviennent au cœur des autres continents, comme au sein de sa propre ville. Passionnée de l’enseignement, de la culture qu’elle arrive à transmettre aux esprits qui s’ouvrent, des rires qu’elle crée, des grandes illuminations qui éclairent les regards de ses petits élèves. Passionnée de la vie et de sa beauté, de son incroyable grandeur et de son incomparable cruauté. Passionnée.

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  1. Ping : Ce que les fileuses ont acheté pour le #12août j’achète un livre québécois dans le cadre du défi #Jelisunlivrequébécoisparmois | Le fil rouge

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