Féminisme
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Être une « bad feminist »

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Aimer le rap dont plusieurs chansons dans lesquelles le mot Bitch est utilisé, parfois à outrance. Se surprendre à vouloir écouter des émissions de télé-réalité, des soirées entières. Voilà toutes des activités auxquelles je m’adonne et qui me procurent du plaisir, bien qu’elles viennent souvent de pair avec un vague sentiment de culpabilité. Tout en m’y consacrant, je me répète qu’elles ne concordent pas avec l’image que je me fais de moi, qu’elles sont à l’opposé de mes valeurs. Et pourtant, une part de moi aimerait assumer ces goûts, sans aucune gêne.

Jusqu’à tout récemment, parler de ce sujet dans un article aurait été pour moi de l’ordre de l’impensable. Et puis il y a eut ma lecture de l’essai Bad feminist de Roxane Gay, que j’aime sans complexe. Dans un style très personnel, proche de la conversation, l’auteure traite de cette impression d’exacerber ses contradictions en aimant certains films, livres ou artistes.

En se détachant d’une définition essentialiste du féminisme, Gay décortique la culture populaire tout en revendiquant son titre de Bad Feminist. Ainsi, elle affirme que ses goûts ne l’empêchent pas de porter un regard critique et intersectionnel sur les représentations faites des femmes dans la société, autant à l’écran qu’en politique.

Sous la forme de courts chapitres qui se referment sur eux-mêmes, la somme de ces réflexions m’a fait l’effet d’un poids qui s’enlevait de sur mes épaules. Enfin, on me confirmait que je n’étais pas moins féministe parce que j’aimais Dr Dre ou l’émission Barmaids. Un livre de quelques 300 pages venait d’être écrit à ce sujet.

« We just want so much. We just need so much »

De la série Girls à Hunger game, Roxane Gay pousse plus loin le questionnement à savoir si ces œuvres sont féministes ou non. En effet, elle les remet en contexte en traitant de ce qui est offert en termes de productions culturelles de nos jours. Et bien qu’elle voit plusieurs failles dans la célèbre émission de Lena Dunham, l’auteure remet en question cette tendance d’attendre qu’une série présente tout ce qui n’a pas été fait jusqu’à maintenant. Elle reconnait ainsi l’énorme charge qu’ont les séries émergentes dû au peu de diversité à l’écran. Malgré cette réflexion, Gay nous avoue se languir de voir davantage de personnages comme Katniss, des femmes fortes mais imparfaites, des héroïnes remplies de failles et qui ne s’en cachent pas.

Ce que j’aime particulièrement des propos de l’auteure, c’est qu’elle nous présente des analyses profondes et riches des personnages féminins tout en traitant dans le chapitre suivant du plaisir éprouvé à lire la série Sweet Valley High books, une version littéraire de Beverly Hills 90210. Bien qu’elle reconnaisse que les protagonistes étaient tous blancs et privilégiés, elle discerne que ces phénomènes de la culture populaire ne sont que des symptômes d’un problème bien plus profond. Et elle assume son plaisir vis-à-vis ces lectures.

Pourtant, Gay n’a pas que des éloges envers la culture populaire. En parlant des films Django unchained et The Help, l’auteure se désole de voir que ce sont encore des caricatures de personnages afro-américains qui sont présentés. Elle s’indigne du manque de sensibilité de certains auteurs ou réalisateurs lorsqu’ils abordent l’Histoire de l’esclavage et de la ségrégation aux États-Unis. S’ils sont pour le faire de cette façon, ils devraient, selon elle, simplement s’abstenir d’en parler. En déplorant que les films offerts manquent de nuance et perpétuent encore les mêmes codes, elle fait un parallèle avec le racisme systémique que subit la population afro-américaine. Et se désole que les choses changent si peu à ce niveau.

Bad feminist joue sur deux registres à la fois, nous témoignant à la fois d’un amour fort de la culture populaire et d’un certain dédain par rapport à celle-ci qui reproduit des structures qui continuent d’heurter les individus à ce jour. Gay remarque que fredonner Blurred lines prend une tout autre signification lorsqu’on considère les statistiques de violences sexuelles aux États-Unis.

Pas si bad que ça…

Les phrases de Roxane Gay ne tombent pas comme des vérités absolues. Bien au contraire, elles se forment et se transforment au courant de l’essai, en témoignant d’un réel cheminement. La lecture est si aisée et dénuée de ton moralisateur qu’elle relève presque de l’échange amical. N’empêche que les sujets abordés par l’auteure demeurent sensibles et complexes ; ceux-ci demandent toute la minutie exigée pour en parler. Ils portent à les reconsidérer sous le prisme d’expériences divergentes, à tenter l’exercice de les percevoir avec d’autres lunettes, dans la mesure du possible.

En bout de ligne, ce qui ressort de l’ouvrage, c’est qu’il est nécessaire de parler du féminisme, le plus souvent possible. Car, comme elle confie, l’écriture et le féminisme sont ce qui lui a permis de s’autoriser à vivre et à s’exprimer. Ne pas se regarder mourir à force de se taire. En guise de conclusion de cet essai, Roxane Gay avoue s’être trop longtemps laissée happer par les mythes entourant ce que c’est d’être une « bonne féministe », ceux-là même qui l’ont empêché de se revendiquer comme telle. Mais en refermant le livre, il n’y a plus de doute : elle est belle et bien féministe, bad ou pas.

Y a-t-il des ouvrages qui ont bousculé votre définition du féminisme ?

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