Littérature étrangère
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Je finirai bien par comprendre; quand l’art devient un no man’s land contre l’exil.

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Avoir deux pays, être déchiré entre deux endroits, deux mondes, deux soi. Quitter la France à 6 ans, quitter le Québec à 15, y revenir jeune adulte, quelles sont les traces que ces exils laissent chez quelqu’un? Ce sont ces questions que se posent l’auteure Élisabeth Recurt dans son court roman Je finirai bien par comprendre.

Divisé en 4 livres – ou bien chapitres – on retrouve Élisabeth, 6 ans, prête à partir en vacances, sans date de retour. Dans cette première partie, on se trouve face à la naïveté d’une enfant qui ne comprend pas l’ampleur de ce qui lui arrive, qui subit les choix d’adultes et qui n’a d’autres options que de suivre, sans trop poser de questions. S’en suit alors les questionnements d’une adolescente qui n’est française que pour les québécois et québécoise que pour les français. Prise entre deux, amoureuse de son pays d’adoption, c’est face à la colère d’une adolescente qui se voit contrainte de retourner sur une terre qui ne semble plus être la sienne qu’on se retrouve dans le second chapitre.

Au fur et à mesure que le court récit avance, qu’on voyage entre la France et le Québec, c’est une série de questionnements qui évolue aussi. Une quête identitaire, un désir d’enracinement. De l’enfance à l’âge adulte, on retrouve une jeune femme, prise entre deux pays, qui cherche à comprendre où est sa place sur cette fine ligne qui relie toute son existence.

Y a-t-il un fil, un lien qui permettrait l’osmose entre ma famille et le monde qui m’environne, qui donnerait de la logique à cette famille, de la consistance à la femme que je vais devenir ? J’erre entre les pages des livres, je reproduis mon ombre sur le trottoir à la craie, à différentes heures du jour. Je suis minuscule, je suis immense, je m’allonge, je n’ai presque plus de fin. Je cherche une consistance.

C’est dans l’art que se calment les questionnements, que se taisent les voix qui prennent toute la place, c’est dans l’art qu’Élisabeth se découvre un no man’s land qui lui permet d’être simplement elle-même, ancrée à quelque chose de solide. Quelque chose qui lui permet de se mouler elle-même.

J’avais les mots, j’avais les lignes, l’encre de Chine, les couleurs, les rouleaux de papier. Il me restait à me confronter avec moi-même. À labourer ma propre terre. Mon ancrage se ferait là, dans la rugosité d’un papier, la souplesse d’un feutre, la rigidité des verticales, la mollesse des courbes, le dynamisme des obliques, parcours qui ne se ferait pas sans effort.

Ici. Je suis à l’ordi, côtoyant quelques fantômes, fondus de paysages et de visages. Je tape, annule, raconte. J’essaie de donner un sens à cette trajectoire, à cette plage immense, au grain de sable que je suis. Je finirai bien par contre. Les signes sur le papier se font traits d’union.

Dans cet atelier tout ce qu’il y avait de plus neutre, je ne cherchais pas à jauger les limites d’une terre, d’un pays. […]

Sans trop savoir à quoi m’attendre en ouvrant ce petit livre, format broché d’à peine 60 pages, j’ai été complètement happée par le récit. Non seulement par ses questionnements et ses réflexions qui, à mon avis, s’appliquent à tous, mais aussi par l’écriture, sa beauté et son authenticité. Pour ajouter à l’expérience, on y retrouve aussi quelques illustrations appuyées de citations qui donnent une nouvelle dimension à la question de l’exil, de l’enracinement. Ensemble, le récit et les images créent un portait complet et singulier qui m’a captivée, qui est venu me toucher, qui m’a rappelé comment il peut être difficile de trouver sa place et  comment l’art peut être salvateur. Comment, au fond, on cherche un peu tous à comprendre d’où on vient.

Ce récit propose donc une exploration sur l’importance des racines, des filiations et de trouver un lieu à appeler chez soi.

Quelle lecture conseillez-vous pour continuer d’explorer ces thèmes ? 

Je finirai bien par comprendre est disponible au Port de tête et chez Olivieri, à Montréal et chez Pantoute, à Québec.

Le fil rouge tient à remercier Élisabeth Recurt pour le service de presse.

 

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2 Comments

  1. Connais-tu Zadie Smith? Elle écrit beaucoup sur la biracialité et le sentiment d’inadéquation . J’ai lu « Swing Time », mais on dit que « On Beauty » est son meilleur.

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  2. Élisabeth Recurt says

    Merci mille fois Marjorie pour votre critique, vos appréciations et commentaires. Extraits particulierement bien choisis et identifications des thèmes redigées très justement. Mon récit a de la chance d’être tombé entre vos mains. Vous avez saisi mon état d’esprit très subtilement.
    Élisabeth

    J’aime

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