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Aime comme Montréal, aime comme le Monde

Vous le savez, Montréal fête ses 375 ans cette année. Vous pourrez d’ailleurs lire chaque mois un article hommage à l’un des quartiers de la ville, sur Le fil rouge! Notre métropole fête en grand et ses artistes aussi. C’est dans le cadre de cette célébration que Marie-Christine Ladouceur-Girard a voulu présenter, dans un recueil de témoignages, les valeurs que portent Montréal et ses habitants : l’amour, le bonheur et la diversité. Aime comme Montréal offre le portrait de 60 couples interculturels qui ont choisi cette ville comme lieu d’ancrage pour vivre leur histoire. Certains se sont rencontrés au Québec, d’autres ont vu leurs chemins se croiser dans d’autres pays et ont décidé d’immigrer ici. Ces couples d’horizons différents se sont approprié Montréal à leur façon et y ont élu domicile parce qu’ils s’y sentent à la maison. De la diversité, Aime comme Montréal en est rempli : diversité dans les cultures, bien sûr, mais aussi dans les tranches d’âges et dans les sexes. J’avais bien peur au départ qu’on me présente des couples entre …

Les mots seront toujours amplement suffisants

Je suis de celles qui préfèrent les mots. Malgré l’émergence des médiums promouvant l’image, je suis de celles qui croient en l’invisibilité, en la puissance de ce qui est seulement écrit, dit et parfois, tu. À mes yeux, les mots seront toujours amplement suffisants et le visuel, jamais à la hauteur. Le livre ne mourra pas tant que moi je vivrai. Vous ne pouvez pas rivaliser avec le pouvoir de mon imagination et la justesse d’une plume. C’est la première raison pour laquelle j’ai eu peur lorsqu’il a été annoncé qu’un film serait fait sur l’écrivaine Nelly Arcan. Rappelez-vous, je vous avais fait part de mes impressions sur le Fil Rouge il y a quelques mois juste ici. En cet après-midi, plongée dans l’obscurité presque totale d’une salle de cinéma, mes doutes et mes inquiétudes se sont confirmés. Le long métrage Nelly n’avait pas raison d’être. Les meilleures séquences de l’oeuvre cinématographique demeurent les moments où Mylène Mackay lit des passages des écrits de la défunte auteure. Car les mots seront toujours amplement suffisants. Je …

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L’amour, cette imparfaite amitié

D’emblée il faut que j’avoue; je n’ai pas su faire comme Amanda, personnage principal du tout dernier roman de Mylène Bouchard. Je n’ai pas su résister, je n’ai pas eu le temps de désirer, je l’ai consommé, je l’ai consumé même, rapidement. Je n’ai su le déposer que lorsque mes yeux ne voulaient plus que dormir, pour mieux le reprendre le matin suivant. L’imparfaite amitié, c’est une incursion dans la vie d’Amanda, mère, femme volage, femme de culture, amoureuse; à travers une série de lettres, de documents, de bouts de papier mis dans une boite destinée à sa fille. On y découvre sa vie et surtout, ses réflexions et ses questionnements sur le désir et sur l’amour, dans toutes ses pluralités et, par dessus tout, sur la consommation de celui-ci. Amanda s’attache, elle aime souvent, plein de gens. C’est après que sa fille l’ait découverte, au milieu de la nuit, revenant d’une balade avec un amant, qu’elle prendra une décision, celle de résister. Pour s’y tenir, elle fait un pacte: celui de quitter son mari. …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

La face cachée de Luna

Je me souviens vaguement d’un roman que j’avais lu au secondaire, dans le cadre d’un cours de français. Je me souviens qu’il m’avait touchée, que j’avais trouvé l’écriture, bien que traduite à la française, très forte et que l’approche de l’auteure pour un sujet délicat m’avait bouleversée. Ce livre m’est revenu en mémoire il y a quelques semaines et je me suis empressée de me le procurer à la bibliothèque. Je voulais vraiment replonger dans l’histoire et la revoir avec mes lunettes d’adulte. La face cachée de Luna raconte l’histoire de Regan, une adolescente normale qui rêve d’avoir une vie normale. C’est que, dans l’intimité de leur sous-sol, Regan doit veiller sur Luna. Qui est Luna? Le personnage dans lequel se plonge son frère Liam lorsque la nuit est tombée et que la lune fait son apparition. Ou plutôt, comme il le dit, Liam est un personnage et Luna est sa vraie personnalité. Liam est transgenre, mais personne ne le sait, excepté sa sœur Regan. Elle lui prête sa chambre pour qu’il se maquille et …

Monogamies et déceptions

Jolène tente de faire son petit bonhomme de chemin à travers la mêlée d’autres mélomanes amoureux de liberté de sa génération. Sauf qu’elle est victime d’une malédiction depuis sa naissance : son prénom est également le titre de la célèbre chanson de la chanteuse Dolly Parton, Jolene. Comme mon prénom est Roxanne, sans dire que The Police ont fucké ma vie sexuelle, je pensais vraiment me retrouver dans le personnage de Jolène, d’autant plus que c’est aussi le prénom de l’auteure, elle doit bien s’y connaitre en la matière! J’avais donc plutôt hâte de mettre la main sur le roman. Monogamies ou Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle est écrit un peu à la manière d’un journal intime, entrecoupé de funfacts sur Dolly Parton ou sur sa chanson Jolene, maintes fois reprise à toutes les sauces. On y suit les péripéties de Jolène qui cherche quelqu’un pour partager sa vie un peu trash, tout en voulant garder pour elle seule ses deux meilleurs amis Bear et Pouliche. On y lit aussi parfois …

L’ambiguïté de Nelly

Lire Nelly Arcan, ça fait mal. Je ne peux fermer l’une de ses œuvres sans ressentir une crampe douloureuse au niveau de l’endroit qui produit pourtant si souvent des papillons frémissants. C’est que l’auteure pointe tout le monde du doigt. Elle frappe dans la mêlée, et ce sans épargner qui que ce soit. Elle atteint le père. Elle blesse profondément la mère. Elle traîne le masculin dans la boue. Or, c’est le féminin qu’elle tue. La question de la femme traverse l’œuvre d’Arcan. La lecture de son travail d’écriture implique une exploration de fond en comble du sexe mystérieux. C’est un voyage initiatique sur les terres inconnues du doute, de l’ambiguïté et de la dualité. Dans sa quête de réponse, la recherche d’un idéal physique est centrale et c’est la raison pour laquelle le regard occupe une place si importante dans la création de l’écrivaine. D’ailleurs, les ouvrages de l’auteure se prêtent tout naturellement à l’étude de la psychanalyse. Or, je souhaite me tenir le plus loin possible de mon domaine de prédilection dans le …

Murmures dans un mégaphone

Rachel Elliott nous offre une lecture qui fait réfléchir sur la société. Sur le comment nous vivons les uns avec les autres, sur les technologies. Dans son roman nous retrouvons trois personnages principaux qui sont à la recherche de leur identité. Nous avons la trentenaire se croyant folle, l’homme qui n’a aucune personnalité et sa femme accro aux réseaux sociaux. Miriam a appris à vivre dans le silence des murmures. Ralph fuit les responsabilités que la société lui impose en quittant le jour de son anniversaire sa femme et ses enfants. Tandis que sa femme, Sadie qui se cache derrière un univers superficiel, est déboussolée par ce revirement de situation. Elle qui croit pouvoir tout contrôler n’a alors plus rien sous son contrôle. Alors que Miriam décide enfin de sortir de sa maison après y avoir vécu trois ans cloîtrée, elle fait la rencontre de Ralph dans les bois, alors que celui-ci se sauve de sa réalité. En fait, il tente de se mettre en danger. Et c’est ensemble qu’ils découvriront qui ils sont réellement. …

887, un retour aux sources

Le 31 mai dernier, j’ai été invitée à assister à la pièce 887 de Robert Lepage au Théâtre du Nouveau Monde, produite par Ex Machina. En toute honnêteté, je n’avais aucune idée du sujet de la pièce et je n’avais pas la moindre attente, mais reconnaissant l’un des plus grands noms du théâtre québécois, je n’ai pas hésité à accepter l’invitation. Voici donc ce que j’ai pensé de la pièce et une brève description de ce spectacle où le texte, la conception, la mise en scène et l’interprétation découlent tout directement du grand Robert Lepage. 887 a pour thème la mémoire; comme Lepage le mentionne, le théâtre et la mémoire sont étroitement liés, puisque ce premier demande un grand travail de mémorisation de la part des spectateurs. Dans le cas de cette pièce, c’est un effort de mémoire pour le public, ainsi que l’homme sur scène qui, pour bâtir sa pièce, concentre sa mémoire personnelle sur les méandres des luttes des classes et de la crise identitaire du Québec des années soixante. C’est la voix …

Vi de Kim Thúy : Récits d’exils et recherche d’identité

Suite à la constatation que nous étions plusieurs collaboratrices admiratrices du travail de l’auteure Kim Thúy, nous nous retrouvons donc avec deux réflexions sur son dernier roman ! En espérant que vous l’aimerez tout comme nous! Ce que Marion en a pensé: Mon plaisir de lire la dernière oeuvre de Kim Thúy s’est combiné rapidement avec celui de retrouver son univers narratif, familier, composé de petits fragments d’histoires, d’exil, de rencontres, d’observations anecdotiques ou dramatiques, que nous avions déjà dans Ru et Mãn. Et malgré les petits bouts de récits qui composent le roman, c’est davantage un fil d’histoires, toutes reliées entre elles, que nous propose l’auteure, ce qu’elle affirme dans une rencontre à la librairie Paulines, à laquelle j’étais présente. Celle-ci avoue même écrire son roman tout d’un bout, et que c’est ensuite l’éditeur qui divise l’histoire en petits fragments, qui deviennent en quelque sorte porteurs de l’identité de l’oeuvre de Kim Thúy. À la lecture, on peut percevoir ce fil conducteur, qui se traduit autant par la filiation qui relie les personnages entre eux, que par …