Littérature québécoise
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« Des images aussi minces que du papier » et tirées par les cheveux

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Publié en 2004 aux Éditions de l’Effet pourpre, Ataraxie, de l’artiste Karoline Georges, ne ressemble à rien que vous connaissez déjà. Elle nous entraîne dans une histoire totalement fascinante où la quête du sublime et de la perfection est au centre du récit.

Les Éditions Alto le rééditent dans une couverture des plus justes ce printemps (en librairie depuis le 13 juin). La couverture ne peut sembler être qu’un simple fer à lisser sous un fond rose, mais il s’agit de la source même du roman qui se déroule dans un salon de coiffure bas de gamme.

Le roman raconte l’histoire d’une fille qui rêve d’atteindre le sublime, une pureté idéalisée. Elle met toute son énergie, physique comme intellectuelle, à atteindre cet objectif. Avec son amant parfait, rêvé et idéalisé, elle se retrouve dans un salon de coiffure où celui-ci travaille et c’est là-bas que l’histoire nous entraîne aux antipodes de ce qu’on aurait pu croire au départ.

« Jamais il n’était question de nos passés, de notre devenir, du quotidien. Nous avions choisi la perfection. Corps propres, haleines parfumées; gestes précis, intentions chorégraphiées. »

Ce salon de coiffure est à l’opposé de tout ce dont elle est habituée. Ayant son maître coiffeur, un peu son gourou moderne de la beauté pure, elle ne peut qu’être dégoûtée dans ce petit salon qui sent le renfermé, où les cheveux traînent et où la coiffeuse est grassouillette, affamée et vulgaire. À ses yeux, rien ne fonctionne dans ce salon de coiffure : rien n’est parfait, rien n’est pur.

Suivra une longue conversation entre le personnage principal, son amant et la coiffeuse Rosette. Ils remettront en question la longueur, la blondeur de ses cheveux parfaits et tout doucement, le roman tombera dans un univers parallèle. J’étais surprise des situations dans lesquelles le roman m’entraînait. Rien de prévisible ici. En utilisant des procédés parfois violents, d’autres fois plus mentaux, Rosette et l’amant se mettront ensemble pour faire une thérapie à l’obsédée de la beauté. Ils la dégoûteront jusqu’à ce qu’elle se vide totalement de ce désir de perfection, de beauté unique, d’esthétisme et d’hygiène nette.

Cette œuvre de Karolyne Georges dénonce avec justesse, beaucoup d’ironie et une langue des plus riche et poétique, l’obsession de notre société d’être beau/belle, d’être parfait-e. En abordant des thèmes tels que la pression sociale d’être tous pareils, la beauté d’être authentiquement soi, elle fait une thérapie méga-esthétique, oui à la protagoniste, mais aussi, à nous, lectrices et lecteurs, qui réalisons toute la profondeur du message passé par l’auteure. On termine ce roman en saisissant toutes sortes d’interprétations tellement le contenu est vaste, coloré et parfois, tirés par les cheveux (!), mais surtout convaincu d’avoir vécu une expérience de lecture hors du commun.

« Quelque chose d’étrange s’opérer en moi. Une sorte d’ivresse. Je me sens légère. En paix. Lumineuse. J’ai envie de rire. Je suis à la fois émue et sereine, indifférente au poids de la structure de ma coiffure qui tangue sur ma tête, à la moiteur de mes cuisses imbibées d’urine, à la sensibilité de mon visage encoure rougi par la séance de gifles. »

Le roman est aussi composé de chapitres flottants pour accompagner votre lecture. Vous pouvez les écouter juste ici.

Bref, c’est une lecture totalement hors de l’ordinaire qui m’a fascinée dès les premières pages. J’ai aimé la folie du personnage principal, sa pureté imaginée, son désir de perfection, mais j’ai surtout adoré le traitement-choc que lui ont fait son amant pas si parfait que ça et Rosette, la coiffeuse vulgaire. La rédemption finale est souhaitée, mais elle nous laisse tout de même surpris de la finalité.

Et vous, avez-vous déjà lu une œuvre qui vous a complètement surpris et fasciné tellement elle était à l’opposé de ce que vous vous imaginiez?


Le Fil rouge tient à remercier les Éditions Alto pour le service de presse.

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2 Comments

  1. Mélanie Morin says

    Votre titre laisse supposer que le roman est très très très mauvais… « Des images aussi minces que du papier », ça dit que le roman est très très mal écrit. Et « tiré par les cheveux »: que ça ne tient pas debout. Mais le texte est grandement appréciatif. Je ne sais plus trop à quel saint me vouer!

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    • Bonjour Mélanie,
      Premièrement merci d’avoir lu ma critique!
      En fait, je me suis amusé avec mon titre, car « des images aussi minces que du papier » est un passage fort du roman et tirées par les cheveux, un rappel avec le thème de la coiffure qui est fondamental dans le roman. Je trouvais que cela résumait bien la critique que l’auteure cherche à faire concernant les apparences. Je vous encourage fortement à le lire! 🙂
      Martine

      J’aime

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