Littérature québécoise
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Narration, angoisse et pensées envahissantes

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20Hélène Marin, la jeune fille du livre Philippe H. dans l’angle mort de Mylène Fortin, est anxieuse, dépressive et a peur de tout. Même prendre les médicaments pour soigner son trouble anxieux lui fait peur: « Pour comble, l’idée de prendre les médicaments qu’on venait de me prescrire pour lutter contre mon trouble anxieux m’effrayait à peu près autant que celle de ne pas les prendre » (p. 11). Personnalité confuse et paradoxale, Hélène a du mal à gérer son amour pour Philippe H, l’homme de ses rêves, qu’elle qualifie de parfait, mais qu’elle fuit pourtant, en Gaspésie. Entre l’ex-copine qui ressurgit et la difficulté suprême d’écrire son plan de cours d’enseignement, Hélène lutte férocement… contre elle-même.

La narration du roman, entrecoupée de pensées, réflexions et discussions d’Hélène avec elle-même, à l’aide de différentes voix, avance au rythme de ce qui se passe dans sa tête. Et ça va vite! Et comme des bulles qui éclatent, comme des fermetures éclair qui bloquent, les pensées d’Hélène, qui dansent et virevoltent à une vitesse effarante, s’arrêtent parfois en rejouant les mêmes refrains en boucle comme un disque qui saute.

Des prises de conscience subites, des moments de panique, des angoisses surgissantes, les pensées qui hantent la tête d’Hélène n’arrêtent jamais de tournoyer.

« Une pensée subite s’est posée comme un baume sur mon effarement: Walt Disney. Bien sûr! Walt Disney! J’avais été contaminée par ce distributeur de scénarios réducteurs et étouffants! Toutes ces histoires se terminaient par « happily ever after » et avaient meublé mon imaginaire de fillette, alors que jamais, JAMAIS! on ne m’avait présenté ce fameux after! Que se passait-il après le coup de foudre? La désillusion? L’ennui mortel? La boulimie? La dépression? La porcelaine broyée contre les murs? » (p. 66)

On ne sort pas indemne de la lecture du dernier roman de Mylène Fortin, Philippe H. dans l’angle mort. Dans une écriture maîtrisée, le style est impeccable et tous les détails sont exceptionnellement bien dosés. Sans compter l’aisance incroyable de l’auteure qui jongle entre les descriptions, les épisodes narratifs, les italiques, les mots en majuscules, parfois au cœur d’une même phrase et d’un même paragraphe, sans jamais être à côté de la plaque.

Cette lecture, à la fois exaltante et essoufflante, m’a cependant semblée, parfois, un peu trop intense, comme quoi j’avais par moments de la difficulté à ne pas me perdre dans le brouhaha d’idées qui, même si maîtrisées d’une main de maître, nous laissent très peu de temps pour reprendre notre souffle. Dans un roman où se côtoient toujours plusieurs idées en même temps et de l’humour au degré mille, la confusion était, selon moi, parfois inévitable pour le lecteur. Personnellement, à certains bouts, je ne pouvais m’empêcher de décrocher et avoir envie de sauter quelques pages. C’est comme si l’auteure réussissait à tenir un rythme que nous ne pouvions pas supporter sans devoir nous arrêter.

Des petites recherches m’ont fait découvrir que Philippe H. dans l’angle mort est la suite du premier roman de Mylène Fortin, Philippe H. et la malencontre, qui a été publié deux ans avant lui, mais qui demeure indépendant.

Pourriez-vous vous reconnaître dans l’écriture angoissée de Mylène Fortin?

Le fil rouge voudrait remercier Québec Amérique pour le service de presse.

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4 Comments

  1. Nadine Gingras says

    J’ai beaucoup aimé ce livre. Parfois, c’est tellement intense de folie que ça me faisait rire. Et cette façon avec laquelle le personnage se parle en dialogues, c’est savoureux. Malgré le thème sensible de la santé mentale, j’ai trouvé le traitement (!) plein d’un humour subtil et touchant. Au chapitre 11, Mylène Fortin se met elle-même en scène dans une offre de formation pour adultes. Joli clin d’oeil!!!

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  2. Mylène Fortin says

    C’est Hélène MArin, le nom de la narratrice pas trop reposante dans ses tentatives de reprendre pied dans sa vie sa tête son coeur. Je l’ai choisi pour le clin d’œil avec l’eau et le Fleuve, entre autres. Merci pour l’article! Avez-vous lu-vu le guide de création littéraire que j’ai publié aussi chez Québec Amérique? Pour les gens qui veulent écrire, c’est apparemment très aidant et motivant! (C’est Noir sur Blanc, guide d’improvisations litteraires).

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