Les coffrets le fil rouge
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Une longue canicule : Entrevue avec Anne Villeneuve

Le fait que le froid ait remplacé les chaudes journées d’été n’empêche en rien le plaisir que vous prendrez en lisant Une Longue Canicule, premier roman graphique d’Anne Villeneuve et tout premier roman graphique dans un coffret Le Fil Rouge. Ce fût un réel plaisir de découvrir l’univers créé par Anne et d’en apprendre plus sur ses inspirations, son travail et les thématiques qui l’interpellent.

Voici l’entrevue que nous avons réalisée en août avec l’auteure.

À quoi ressemble votre processus créatif ? Est-ce que les mots viennent avant les images ?


C’est un joyeux mélange des deux.  Ce processus avait l’habitude de me stresser auparavant, mais j’ai trouvé une façon qui me convient bien.  Je laisse venir les idées, je ne censure rien.  Je dessine quand les images me viennent, j’écris quand ce sont les mots.  Je consigne tout sur mes calepins à dessin.  C’est un processus très long, mais nécessaire et, au final, agréable.  J’ai comme habitude de ne pas m’arrêter quand je rencontre un noeud dans mon histoire.  Je laisse de côté et je prends l’histoire par un autre bout!  Et quand rien ne vient du tout, je ne m’acharne pas, je laisse mariner et je reprends le lendemain.  Ce laps de temps est très bénéfique car, sans trop m’en rendre compte, les idées continuent à faire leur chemin sans trop y penser.

Quelles sont les grandes étapes lors de la création d’un roman graphique?


Tout d’abord l’histoire.  Elle part un peu dans tous les sens, mais avec le temps, tout se précise.  L’histoire devient scénario, avec son découpage page après page et ses dialogues.  Un joli nom d’ailleurs a été inventé pour cette étape: scénarimage.  Dans mon cas, c’est une période de création très longue, mais j’y trouve toutes mes idées et même les postures et expressions de mes personnages.  Puis enfin, les esquisses finales, l’encrage des planches et le lavis, c’est-à-dire les nuances de gris à l’aquarelle.

Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien, en tant qu’artiste ?


Les humains, surtout.  Leur façon de vivre leur vie, de s’exprimer.  Et puisqu’il y a une infinité de façons de réagir, cela crée un large éventail de possibilités.  J’observe beaucoup, je l’ai toujours fait depuis toute petite.  J’emmagasine des impressions, des histoires, des dialogues, des visages aussi.  Quand arrive la création, je laisse tout cela sortir, sans forcer rien.  


Les relations humaines sont au coeur de votre travail, il y a les amies, les collègues, la voisine, la famille, ils semblent prendre une certaine importance dans l’oeuvre. Qu’est-ce qui vous inspirait dans l’exploitation de ces différentes interactions ?


Oui, c’est vrai.  Je crois que mon livre parle beaucoup de ça.  J’ai toujours été fascinée par la solitude, mon livre en parle beaucoup aussi.  Mais je crois que les rapports que Marie-Hélène entretient avec les autres définissent beaucoup qui elle est.  Je tire beaucoup mon inspiration de ma vie, des gens qui m’entourent, des histoires que j’entends.  Et j’avais aussi envie de montrer Montréal avec les gens qui l’habitent, que je côtoie tous les jours, tout simplement en marchant et en observant.

La chaleur sert de trame narrative au récit, comment vous est venu cette idée des chapitres et moments allant au rythme de la température ?


À mon point de vue, ma ville est fascinante à deux moments très précis.  Lors des grandes canicules et pendant les fortes tempêtes de neige.  On dirait que tout s’arrête, je trouve ça beau de voir les rues désertes.  Ça m’inspire des histoires.  Et je trouve aussi que ça invite à l’introspection des personnages, à l’intimité.

Le personnage Marie-Hélène entretient une relation toute particulière avec les Îles-de-la-Madeleine, est-ce la même chose pour vous ?


Oui!  J’y suis allée 5 fois, dont deux fois en voilier.  J’y ai fait des rencontres marquantes.  Je m’identifie beaucoup aux insulaires par leur simplicité, leur authenticité.  Et d’une certaine façon, Montréal fait aussi de nous des insulaires.  


Dans Une longue canicule, nous passons quelques jours avec Marie-Hélène qui fait face à son passé, son déracinement et qui réalise l’importance de trouver sa place. De quelle façon ces thèmes intimistes vous ont-ils interpellée ?


Je pense qu’il y a beaucoup de résonances avec mon propre déracinement familial, même si je suis montréalaise de naissance.  J’ai ressenti beaucoup de solitude lorsque j’ai quitté ma famille pour me construire une vie propre à moi, dans un autre quartier très différent du mien.  Le passage à la vie d’adulte a été très chargé pour moi, comme plusieurs d’entre nous, j’imagine.  Cette création est en quelque sorte un retour déguisé dans mon passé, une façon de me raconter, avec pudeur, en prenant la vie d’une autre.


Vos illustrations dans ce roman graphique sont très minimalistes et vous semblez beaucoup vous amuser avec les tons de gris et les différentes perspectives, comment avez-vous fait ces choix esthétiques ? Est-ce des choix conscients ou s’imposent-ils lors de la création ?


Une longue canicule est une histoire simple qui raconte la vie de gens simples.  J’ai voulu garder beaucoup de légèreté dans le traitement de la ligne, des couleurs.  J’ai donc opté pour différentes teintes de gris.  Ça me paraissait tout naturel que le lecteur ne s’attarde pas à des illustrations chargées et colorées.  Je voulais qu’il se concentre sur le fil de l’histoire.

 

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Le fil rouge est un blogue littéraire créé par deux amies, Marjorie et Martine, toutes deux passionnées par la littérature et par les vertus thérapeutiques de celle-ci. Notre approche face aux bouquins est liée à la bibliothérapie, car nous pensons sincèrement que la lecture procure un bien-être et que les oeuvres littéraires peuvent nous aider à cheminer personnellement. Nous tenons aussi à partager notre amour pour les bouquins, l’écriture, la création et sur les impacts positifs de ceux-ci sur notre vie et notre bien-être. Notre mission première est de favoriser la découverte de livres et de partager l’amour de la lecture, car ceux-ci peuvent avoir des impacts sur nos vies et sur notre évolution personnelle. Que ce soit le dernier roman québécois qui fait parler de lui, le vieux classique, le livre de cuisine ou bien même le livre à saveur plus psycho-pop, chez Le fil rouge, on croit fermement aux effets thérapeutiques que peuvent apporter la lecture et la littérature. Voilà pourquoi les collaboratrices et les cofondatrices se feront un plaisir de vous faire découvrir des bouquins qui leur ont fait du bien, tout simplement.

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