Art et créativité
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Recommencer à écrire pour soi

Je me suis remise à écrire. Détrompez-vous, ce n’est pas que j’avais arrêté. J’écris régulièrement pour vous, les lectrices et les lecteurs du Fil rouge. Je suis en rédaction de mémoire de maîtrise depuis plus d’un an. Oui, j’achève! Vivement avril 2018! J’écris toutes mes parties de Donjons et Dragons, ce qui équivaut à plus de 10h d’écriture par semaine. Certes, j’écris toujours et partout, mais ce que j’avais oublié depuis quelques années, c’était d’écrire pour moi. Loin de moi l’idée de vous faire croire que tous ces beaux projets ne me procurent aucun plaisir. Ils m’apportent tous, à leur façon, une grande satisfaction. Il demeure que chacune de ces écritures s’accompagne d’un échéancier, d’une date de remise. Récemment, j’ai donc ressenti le besoin de me replonger dans mon être pour aller voir ce qui s’y cachait. Il est si agréable d’être surpris par soi-même.

La poésie

Ce que j’y ai trouvé, c’est la poésie. Il y avait un moment que le genre n’était pas venu se pointer le bout du nez dans mon esprit. Lorsque j’étais adolescente, je ne jurais que par lui. Tous mes écrits étaient en vers. Puis, sans trop savoir pourquoi, j’ai délaissé un peu mon adoré pour me tourner vers autre chose. Les lectures et les travaux scolaires ont grandement contribué à cet abandon. Je me suis mise à intellectualiser tout. J’ai arrêté de me laisser aller. J’analysais chacune de mes phrases que je repassais au peigne fin. Pour être franche, si l’université m’a bien appris une chose, c’est qu’il faut d’abord écrire ce que les professeurs veulent entendre. Comme s’il s’agissait d’une confirmation de notre compréhension et non pas d’un investissement ou d’un prolongement intellectuel. Je dois avouer que cette impression m’a quittée depuis mon entrée au deuxième cycle.

En tombant sur l’un de mes anciens manuscrits, j’ai constaté à quel point l’écriture pour soi me manquait. Dès lors, tous mes vieux souvenirs ont resurgi. Comme si je vivais une mise à jour de ma créativité en tant qu’écrivaine. Je devais m’y remettre, et c’est ce que j’ai fait sans plus tarder. J’ai recommencé tranquillement, à mon rythme et sans me mettre de pression. Après tout, personne n’attendait mes mots. Ils m’appartenaient enfin. Ils étaient mon plus grand bien. J’ai fait de ce moment d’écriture un rite. Lorsque je m’y mets, je me dois d’avoir du thé à portée de main et de bouche. De la musique classique joue en trame de fond. Et surtout, il est primordial que je sois seule.

L’écriture d’observation

Depuis, ma vitesse de croisière a augmenté. Je me surprends à écrire quelques mots sur un bout de papier en plein milieu d’une ruelle. Je tape un titre dans mes notes de téléphone pendant un voyage en métro. Je redeviens l’écrivaine observatrice que j’ai toujours su que j’étais. En effet, je suis de celles qui se laissent submerger par le quotidien et qui ouvrent les valves le soir venu. J’espionne le bruit pendant que le silence se fait en moi. Puis quand l’envie me prend, je relis ces bribes, ces fragments de réalité que j’ai saisis au passage et je tente de me revêtir de l’instant. Qui était donc cette fille à la bouteille de vin bleue? Dans quel état étais-je lorsque j’ai croisé la carcasse de vélo prisonnière du poteau de métal froid? Je n’analyse plus. Je réfléchis. Je vagabonde. J’erre. Loin de vous. Loin de tout.

Je suis nettement plus légère depuis que ma main danse sans qu’on lui impose une chorégraphie précise. Je renoue avec mon être et je découvre pleinement celle que je suis devenue. Nous avons tous droit à ce petit jardin secret. Je me rends compte qu’il n’est jamais trop tard pour le cultiver. Les années d’oubli auront laissé sur leurs sillages putréfaction et décomposition, mais Dieu sait à quel point je ne pouvais renaître que d’un tel lieu. Jusqu’à maintenant, j’ai tout gardé pour moi. Même mon amour n’a pas eu accès à ce monde qui se déploie entre mes lignes. Aujourd’hui, je vous donne la permission d’y jeter un coup d’œil parce que vous le méritez bien.

Je me suis remise à écrire. Ça goûte bon sur la langue. J’ai plus de salive depuis. J’accumule tout ce que je ne dis pas à voix haute dans un minuscule récipient au creux de mon ventre. Un dégueulis se répand de la Majuscule au point. Un nez curieux frôle la substance. Trop proche. Ça sent. C’est subjectif ce que tes narines te disent. Tu peux le garder pour toi. Je veux enfoncer ma main dans ta gorge pour voler ton propre bol. Œil pour œil, organe pour organe. On va se laisser avoir comme le chat qui gobe le régurgité de l’autre. Même ce que j’ai en dedans, ce qui vient de l’intérieur, ne m’appartient pas. Je le donne à qui le veut bien en échange de mieux. Je suis une signature sur une carte de don d’organe.

Et vous, prenez-vous le temps d’écrire pour votre propre bien?

 

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

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par

Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

2 Comments

  1. Plusieurs de vos phrases trouvent un écho en moi. Dont celle-ci:  » l’université m’a bien appris une chose, c’est qu’il faut d’abord écrire ce que les professeurs veulent entendre. »
    Et à lire ce que vous nous avez si généreusement permis de lire, vous êtes beaucoup plus qu’une « signature en bas d’un organe ».
    Bonne chance pour la fin de votre mémoire.

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