Littérature québécoise
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Camille Deslauriers signe un recueil en éloge à la vie

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Voix de femmes

Le 8 mars dernier, pour la Journée internationale des femmes, Le fil rouge a demandé aux fileuses pourquoi c’était important pour elles de lire des voix de femmes. Voici ce que j’ai répondu : Je sens une différence en moi lorsque je lis l’ouvrage d’une autrice. Cette impression bienveillante qu’on parle un même langage pour approfondir le vaste étendu d’un univers commun, avec une vision, des sensations communes et le déploiement du corps et de l’esprit dans cet espace. Je m’y retrouve et je respire. Et cette affirmation me paraît tout à fait exacte pour parler du dernier recueil de Camille Deslauriers.

Les ovaires, l’hypothalamus et le cœur

Il y a quelques jours, j’ai lu d’un seul coup Les ovaires, l’hypothalamus et le cœur, recueil de nouvelles de l’autrice Camille Deslauriers, paru tout récemment chez Hamac. Tout à fait subjectivement, voici ce que m’a permis de vivre cette lecture et ce que j’en retire après coup.

Je dois d’abord dire que j’ai passé un très agréable moment en compagnie de la narratrice qui traverse les seize nouvelles que formes le recueil au titre des plus intrigants. Une impression a subsisté tout au  long de la lecture, celle d’avoir accès à une zone intime et précieuse de l’univers d’une femme dans la fin quarantaine – début cinquantaine en plein affranchissement face aux contraintes extérieures imposées jusque-là, par une certaine ligne de conduite.

La narratrice, donc, partage sa vie entre son travail de professeur en lettres à l’Université, les colloques un peu partout dans le monde et ses histoires d’amour et d’amitié. C’est une femme gourmande de tout, sensuelle, curieuse, amoureuse, vive et colorée.

«Elle avait ri, et quand elle riait, le soleil explosait dans ses yeux.»  (Elle citait Todorov)

Elle aime ce qui goûte beaucoup, ce qui se voit beaucoup, ce qui se touche, se boit, se vit. À travers les nouvelles, on peut suivre la ligne de ses tourments et tout ce qui, au final, la raccroche encore plus fort à sa vie; ses nombreux chats, son amour des mots et des épices, ses amitiés puissantes et durables et sa capacité à s’enivrer des petites et grandes choses de la vie. La femme prend sa place auprès des hommes qui lui font croire qu’elle est trop ceci ou trop cela.

«[…] quand on danse, c’est l’homme qui mène – voilà une des premières choses qu’on nous apprend quand on suit des cours, et tu ne cesses de me répéter cette règle de base. […] Tu voudrais que je capitule, que je suive les règles, que je sois sérieuse, que j’épouse ta chorégraphie : quand on danse, c’est l’homme qui mène […].» (Dans un tourbillon d’écume)

Mais aussi auprès de sa famille, qui parfois lui demande d’être plus ceci et moins cela. Elle reste fixée au centre d’elle-même et lorsqu’elle se perd dans la dépression, d’autres se lient et se relient pour lui redonner goût à la vie, comme autrefois, elle a su le faire pour elles, pour eux.

«Une lignée de fileuses et fileurs se passent la laine le fuseau le rouet confisquent les ciseaux nous attachent à la vie.»  (Cendres de soi)

Les rituels du quotidien, l’importance que l’on donne à certains objets, l’amour inconditionnel envers ces animaux qui deviennent des présences sages et précieuses. Le droit de ne pas concevoir d’enfants. Écrire pour se lier au monde.

C’est même avec un peu d’autodérision et une authenticité sans bornes, que tout l’univers de la narratrice nous est offert, jusqu’à l’absence de rangement dans son armoire à épices, ou l’étalage de ses sous-vêtements les plus aguicheurs. Une femme qui n’accepte de faire entrer la chaleur de son quotidien dans aucune boîte.

«Ma vision du monde décalée. Comme dans un tableau de Braque.»  (Comme dans un tableau de Braque)

Sans compromis

Je reste silencieuse après ma lecture. Le vent rugit dehors, je voudrais qu’il ne cesse jamais de le faire. Il me rend libre. Je l’aime, comme beaucoup d’autres choses qui me rattachent à la vie. Contre moi, Sofia la chatte mi- tigrée, mi- écailles de tortue, est lovée, le corps posé sur des livres pêle-mêle, jouant tantôt avec mon stylo, tantôt avec le ruban qui sert de marque-page dans mon carnet intime. Je suis prise d’une envie d’exister encore et de continuer de l’être, avec ma voix de femme, entourée de d’autres voix de femmes, qui comme moi disent un gros FUCK TOUTE, mais aussi un gros OUI À LA VIE. Juste avant de me plonger dans Les ovaires, l’hypothalamus et le cœur de Camille Deslauriers, j’ai traversé Lait et miel, un recueil de textes courts et de poèmes de Rupi Kaur et j’ai trouvé qu’il y avait résonance entre ces deux voix de femmes. Elles se montrent, elles se font entendre, telles qu’elles sont et sans compromis. Il faut davantage de femmes comme elles, des modèles pour les autres femmes. Les lire me rend plus forte et légitime ma place ici et maintenant en tant que femme créatrice.

Tous les pas à franchir, tous les points à relier entre eux, pour s’émanciper, pour passer à travers la dépression, les déceptions, les attentes trop élevées des autres à notre égard, les désirs, les rêves, nos propres besoins…

C’est aussi tout ça être une femme !

Camille Deslauriers est professeur au Département des lettres et humanités de l’Université du Québec à Rimouski, où elle est notamment responsable de l’Université d’été en lettres et création littéraire. Elle a publié deux recueils de nouvelles à l’Instant même : Femme-Boa (2005) et Eaux troubles (2011; Prix des enseignants AQPF-ANEL, 2012).

Vous avez découvert une nouvelle voix de femme autrice récemment? Partagez-la avec nous.

 

 

* Le fil rouge remercie les éditions Hamac pour le service de presse.

Article sur Lait et miel de Rupi Kaur, par Marie-Hélène Racine, ici : https://chezlefilrouge.co/2016/09/30/milk-and-honey-juste-du-beau/

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