Poésie et théâtre
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Sébastien Bérubé: Détruire et refaire le monde

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Crédits photo: Daniel Aucoin

C’était en janvier dernier, à l’occasion de la journée de l’alphabétisation familiale. La bibliothèque publique d’Edmundston (Nouveau-Brunswick) avait organisé une table ronde avec des auteurs de la région. J’y ai fait la connaissance de Sébastien Bérubé, poète engagé et artiste aux multiples talents. Il m’a tout de suite interpellée par son discours sur l’importance de la lecture ainsi que son engagement communautaire auprès des jeunes; il leur transmet sa passion pour la littérature, mais surtout, il leur ouvre un univers rempli de possibilités!

Après avoir lu ses recueils de poésie, j’avais envie d’en connaître un peu plus, mais aussi de vous le faire découvrir. Je l’ai contacté et il a accepté avec plaisir de répondre à mes questions:

Parfois, on comprend mieux la poésie quand on connaît l’histoire derrière. Parle-moi de ton background. D’où viens-tu, que fais-tu dans la vie?

Je suis originaire du Restigouche, plus précisément de St-Quentin, mais j’ai passé presque la totalité de ma vie au Madawaska (à Edmundston). Je suis artiste multidisciplinaire. De la poésie à l’aquarelle en passant par la musique, je touche un peu à tout. Comme s’amusait à dire mon père, en riant : «Bon à rien, mais pôpire dans tout!» Six mois par année, je suis Agent de développement culturel et communautaire pour la Première Nation Malécite du Madawaska au District scolaire francophone du Nord-Ouest.

D’où te vient l’intérêt pour la poésie?

Ça me vient surtout, je pense, du fait que se sont présentés à moi des poètes qui me parlaient – et au bon moment. Quand j’étais jeune, je détestais lire. Je ne voulais pas perdre mon temps dans un livre. Encore moins dans un livre de poésie. Pourtant, un jour, une enseignante m’a donné un bon livre au lieu d’une retenue… et c’est là que tout a commencé. J’ai découvert des poètes québécois qui me parlaient très fort ensuite (Denis Vanier, Gérald Godin et compagnie), avant de découvrir qu’au Nouveau-Brunswick aussi on avait des plumes qui pouvaient donner envie de détruire et de refaire le monde.

J’ai décidé d’embarquer dans ce projet-là moi aussi.

À vrai dire, c’est probablement cette enseignante-là qui a tout déclenché. Brigitte Sirois, vous avez créé un monstre!!! Haha!

Tes poèmes renferment souvent une critique sociale et environnementale. Est-ce que tu cherches à faire passer un message quand tu écris?

Je ne crois pas que j’essaie de faire passer un message ou de faire la morale. Je crois seulement que je reste honnête face à mon point de vue et aux non-sens (je mets l’accent sur le pluriel ici) dans lequel on vit. J’ai été élevé dans une famille où la protection de l’environnement était très importante et où on apprenait à relever le voisin lorsqu’il tombait.

C’est pas que j’essaie de faire la morale, mais les profiteurs, les bien-pensants et le capitalisme sauvage, ça me met en câlice… pis dans ces moments-là, j’écris.

Tu fais aussi de la musique. Est-ce que pour toi le processus est différent entre la musique et la poésie?

Je n’aime pas vraiment faire la distinction entre les formes d’art que je pratique. Je vois ça un peu comme un tout. Tout dépend de ce que j’ai envie de dire et de la façon dont je veux le mettre de l’avant. Tantôt ce sera une chanson, tantôt un texte, tantôt un dessin. Je ne sais jamais où je vais et c’est correct comme ça. Je me donne le droit d’errer.

Par contre, c’est vrai qu’il y a des distinctions marquées entre ce que je fais en musique et ce que je fais en poésie ou en art visuel. Mais je ne m’interroge pas trop là-dessus. J’ai envie de créer et je le fais. Le reste ne m’appartient pas.

Parle-moi de ton expérience avec les jeunes. Comment tu leur partages ta passion? Qu’est-ce que ça t’apporte? Qu’est-ce que ça leur apporte?

Avec les jeunes, ce que j’aime, c’est que si tu es plate et que ça ne les intéresse pas ils te le font savoir. J’adore ce contact brut, presque sauvage. Qu’est-ce que ça m’apporte? Peut-être simplement la certitude que je fais mon possible pour que ces jeunes découvrent la littérature et pas seulement les livres qui se retrouvent au programme, en classe. De leur côté, je crois que ça peut les sensibiliser que ce n’est peut-être pas le fait qu’ils n’aiment pas lire, mais plutôt qu’ils n’ont pas trouvé le bon livre.

Faut se le dire aussi, si j’écris aujourd’hui ce n’est sans doute pas à cause des livres qu’on lisait en classe… J’ai dans la tête que les jeunes sont capables d’en prendre beaucoup plus qu’on le pense et c’est pourquoi je n’ai pas peur de parler du Clitoris de la fée des étoiles (livre de Denis Vanier) à des jeunes de 15 ans. Ça choque et ça pique la curiosité. En plus, avec l’accès à l’information aujourd’hui, je ne crois pas qu’un livre comme ça ne les ébranle pour vrai. J’ai plus de chance de traumatiser l’enseignante que les élèves! Haha!

Lors de la table ronde sur l’alphabétisation familiale, tu racontais une anecdote par rapport au fait qu’on t’avait demandé de ne pas réciter le début de ton poème Ma Terre devant des élèves. Peux-tu raconter comment ça s’est passé?

Je l’ai tout de même récité… Je n’ai jamais été réinvité dans cette classe. Je me demande pourquoi.

Travailles-tu présentement sur un projet d’écriture?

Oui! Je suis sur mon troisième recueil de poésie et j’ai débuté le travail sur un recueil de nouvelles un peu weird (à mes yeux, en tout cas, si je me fie à ce que je fais d’habitude). J’ai aussi un projet qui mariera écriture et dessin dans la tête, mais c’est pas mal juste là qu’il est pour l’instant.

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Un artiste à découvrir!

Les poèmes de Sébastien Bérubé nous portent à réfléchir et sont parfois crus. Mais le rythme de ses mots impose une certaine allégresse. J’aime cet équilibre entre le beau et le méchant. Pour comprendre de quoi je parle, je vous invite à mettre la main sur ses recueils Sous la boucane du moulin et Là où les chemins de terre finissent.

Je trouve que ces recueils font du bien à l’âme. Ça fait du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls dans notre barque. Ses poèmes sont criants de vérité et reflètent la réalité de nos régions. Car même si une frontière sépare le Témiscouata et le Madawaska, nous venons tous deux d’un pays de forêts où l’appât du gain et les emplois passent trop souvent avant la santé de nos lacs et rivières.

La table ronde qui a eu lieu à Edmundston m’a aussi amené à me questionner sur la littérature canadienne francophone hors Québec. Ici, on a mis en place des initiatives pour faire rayonner les livres québécois. Le français est notre langue officielle et la censure n’existe que très peu. Mais qu’en est-il dans le reste du Canada?

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