Littérature étrangère
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Six années de captivité racontées

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Lorsqu’Ingrid Betancourt a été capturée en 2002, j’étais beaucoup trop jeune pour même me rendre compte que quelque chose de grave venait de se dérouler. Même quand elle a été libérée, en 2008, je ne comprenais pas vraiment les événements. Par contre, du haut de mes neuf ans, je réalisais tout de même que cette femme avait vécu beaucoup de choses et qu’elle avait toute une histoire. Ce n’est que dix ans plus tard que je me suis décidée à comprendre les événements, donc j’ai lu Même le silence a une fin.

Le monde des FARC

D’abord, cette autobiographie relatant les six ans de captivité de la politicienne franco-colombienne dans la forêt amazonienne explique le climat politique du début des années 2000. À l’époque, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sont en conflit avec les autorités en place et kidnappent plusieurs personnalités politiques pour faire pression sur le gouvernement colombien, afin d’obtenir la libération de soldats de leur organisation. La narratrice – donc Ingrid Betancourt – raconte les jours et même les heures qui ont précédé son enlèvement. On peut voir à quel moment elle aurait pu faire marche arrière dans son voyage politique et éviter ces six années de captivité. Une fois que le mal est fait, on rentre avec elle dans la forêt amazonienne pour n’en ressortir que 690 pages plus loin. Ce roman est une brique assez imposante, mais comment faire autrement quand il y a tant à raconter?

Différences entre les campements 

Durant les six années qu’a duré sa captivité, Ingrid Betancourt s’est beaucoup déplacée à travers la Colombie et a vécu dans plusieurs campements sous le commandement d’hommes différents. L’une des choses qui m’a le plus marquée de ce récit est la disparité entre les façons dont la femme était traitée. D’abord, surtout au début du récit, les hommes aux commandes du campement sont respectueux et presque compréhensifs envers les prisonniers. C’était franchement surprenant à lire. Les membres de la guérilla la traitent avec déférence, sachant qu’Ingrid est une femme éduquée et importante en Colombie. Par contre, plus tard, la femme est considérée comme une ennemie des FARC, à cause de son implication politique. Les actions posées envers elle sont alors bien différentes, beaucoup plus discriminatoires, quoique plus subtiles. Je m’attendais à ce qu’elle soit battue par ses geôliers, pas à ce qu’ils l’empêchent de s’hydrater ou qu’ils lui refusent des soins de santé qui lui sont nécessaires.

«Ils savaient que j’attendais la boisson du matin avec impatience, car, à cause de mon foie, j’évitais le café noir du réveil. Ils refusaient de me servir autrement qu’après tout le monde et, lorsque je tendais mon écuelle, ils la remplissaient à peine ou jetaient par terre le reste en me regardant.»

Il était aussi franchement crève-cœur de lire les épisodes où Ingrid était mise à l’écart de tous les autres prisonniers du campement. Elle ne pouvait alors plus entrer en contact avec ses amis, tout en les voyant vivre ensemble à proximité d’elle. Bref, les FARC n’usaient pas beaucoup de la force pour asservir leurs prisonniers, mais des moyens plus psychologiques, et ô combien dévastateurs.

Ensemble, mais divisés 

Les relations entre les prisonniers étaient également très intéressantes à voir se développer. Ingrid Betancourt a été capturée en 2002 en même temps qu’une femme s’occupant de sa campagne, Clara Rojas. D’abord alliées dans cette épreuve, elles en viennent bien vite à ne plus s’entendre du tout. Plus tard, dans les années qui suivent, les deux femmes sont installées avec d’autres prisonniers. Plusieurs captifs, peu ou pas connus sur la scène nationale et internationale, en viennent à détester Ingrid, qui est une femme d’opinions et d’actions. Plusieurs lui reprochent presque d’avoir la double nationalité, qui fait en sorte qu’elle est recherchée par deux nations. Bien que la cohabitation soit difficile, car plus d’espace pour quelqu’un égale moins d’espace pour l’autre, la narratrice lie de solides amitiés avec certaines personnes. J’ai été particulièrement touchée par les élans de solidarité qui ont eu lieu dans la forêt amazonienne durant ces années. Ces gens n’avaient rien, mais parvenaient souvent à donner à leurs compagnons. Sinon, en plus de partager infime parcelle de cette grande forêt, certains prisonniers partageaient également des plans d’évasion précis, qui étaient captivants à voir se développer.

Fidèle à elle-même

Une dernière chose qui m’a impressionnée est la façon dont Ingrid Betancourt réussit à rester elle-même durant ces six années. Durant toutes les épreuves qu’elle traverse, la femme politique garde son sang-froid. Elle reste fidèle à ses convictions, en dénonçant à sa façon les actes des FARC alors qu’elle est à la merci de celles-ci.

«Nous devions nous numéroter!… Je trouvais cela monstrueux. Nous perdions notre identité, ils refusaient de nous appeler par notre nom. Nous n’étions plus qu’une cargaison, que du bétail. […] Quand finalement ce fut mon tour, le coeur battant et la gorge sèche, je dis d’une voix qui ne semblait pas aussi forte que je l’aurais voulu: Ingrid Betancourt. Et devant le silence panique qui s’ensuivit, j’ajoutai: Lorsque vous aurez envie de savoir si je suis encore là, vous pourrez m’appeler par mon nom, je vous répondrai.»

Même lorsque les temps sont particulièrement durs, elle conserve une attitude relativement positive et pleine d’espoir, en s’accrochant notamment à Dieu et à ses enfants. Elle cherche à demeurer polie et civilisée, manières qui se perdent facilement pour être remplacées par du «chacun pour soi» lorsque l’on vit dans la jungle. Elle cherche toujours ce qu’elle peut retenir de sa captivité, ce qu’elle peut apprendre de tout ce qu’elle vit. Il s’agit certainement d’une façon de penser qui est à méditer.

Même le silence a une fin est une autobiographie racontant six années qui ont changé Ingrid Betancourt. Ce récit a réussi à me faire réfléchir sérieusement, et peut-être à me changer un peu. Même si nos vies n’ont rien à voir avec celle de la narratrice, on peut retenir beaucoup de ses expériences. Les biographies racontant des épreuves comme celles-ci vous intéressent-elles, ou les trouvez-vous trop dures et préférez les fictions?

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Un commentaire

  1. J’ai eu le plaisir de lire cette biographie dramatique. Elle m’a captivée car elle se passe dans un milieu franchement hostile. Je ne sais pas trop quoi penser d’Ingrid Bettancourt, personnalité encensée en Occident, mais en tous les cas, on ne peut lui enlever une grande force de caractère dans l’épreuve.

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