Littérature québécoise
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Des noms fictifs criants de réalisme

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C’est un véritable coup de cœur que j’ai éprouvé cet automne pour le roman Noms fictifs. Ce livre raconte le quotidien de son auteur, Olivier Sylvestre, qui travaille depuis 2006 comme intervenant en dépendance dans un centre pour toxicomanes à Montréal. Au fil du récit, on croise des personnages inspirés des patient.e.s qu’il a aidé.e.s dans le cadre de son travail au cours des dix dernières années.

La grande force du roman repose, selon moi, sur la vraisemblance des personnages, leur psychologie étant particulièrement bien dépeinte. Le titre du livre est, en ce sens, une astucieuse trouvaille : si les noms des protagonistes sont fictifs, leurs personnalités sont, quant à elles, bien réelles. L’auteur a créé avec brio un récit non fictif à partir de noms fictifs.

Un premier roman bouleversant

C’est un premier roman poignant qu’Olivier Sylvestre nous offre avec Noms fictifs. Criant de réalisme, son livre est une ode aux marginaux et aux malmenés de ce monde. Les problèmes de drogues et d’alcool y côtoient l’itinérance et la maladie mentale. L’omniprésence de ces tragédies humaines suscite des réflexions fortes de l’auteur sur la désinstitutionnalisation des soins en santé mentale et sur sa propre impuissance à combattre autant de misère.

En mettant en scène la souffrance humaine, le roman d’Olivier Sylvestre nous heurte à plusieurs égards. D’une part, le.la lecteur.trice s’émeut et déplore la réalité de ces personnes touchées par divers problèmes sociaux, bien qu’il.elle se sente peu interpellé.e lorsqu’il.elle croise ces personnes dans le monde réel. L’auteur nous amène ainsi à faire face à notre propre hypocrisie. D’autre part, Olivier Sylvestre se reproche aussi son imposture personnelle qui consiste à mettre en scène des personnes en position de faiblesse dans un roman qui commercialise leur existence pour le bénéfice individuel du romancier :

heille tu sais quoi johhny

j’ai un nouveau projet depuis quelque temps

je vais te voler ta vie

pas juste la tienne

celle de dizaines d’autres aussi rencontrés ici

parce que vous êtes de si beaux personnages

que vos vies rocambolesques

comparées à la mienne sont si parlantes

je vais m’en emparer

les déformer

les réécrire

les exposer

tout ça pour qui

pas pour vous-autres certain

pour me couvrir de gloire

gonfler mon propre narcissisme

et enfin réaliser mon rêve

mon rêve de p’tit gars rejeté dans la cour de

l’école les explorateurs de vimont laval

et après au collège mont-saint-louis à ahuntsic

celui de publier un livre

[…]

un livre qui sera pas une de ces plaquettes-de-

cent-pages-qui-se-passent-dans-un-appart-

du-plateau-mettant-en-scène-les-angoisses-

insignifiantes-de-leur-auteur

non

un beau livre qui va parler du vrai monde au vrai monde

grâce à vous

quitte à vous oublier en chemin

parce que j’ai si désespérément besoin d’attention

[…]

est-ce que tu penses que j’ai le droit de faire ça johnny

est-ce que tu penses que c’est professionnel

est-ce que c’est éthique de faire ça

commercialiser vos existences

Innovateur sous plusieurs angles

Noms fictifs est un roman peu conventionnel, autant dans sa forme que dans son contenu. Le texte suit le modèle d’un poème en vers libres, bien que le contenu s’apparente davantage au style théâtral que poétique. Il est par conséquent ardu de classer cet ouvrage dans une catégorie littéraire. En même temps, c’est peut-être le souhait de l’auteur de balancer les étiquettes par la fenêtre, lui qui sait mieux que quiconque comment celles-ci peuvent être nocives lorsqu’elles sont apposées sur les gens avec qui il a travaillé.

Soulignons par ailleurs que la calligraphie change au fil du récit, en fonction des différents interlocuteurs. Ainsi, on remarque une calligraphie de type corporatif lorsque l’auteur s’adresse à ses collègues ou à sa patronne, alors que les paroles des patients de Répit-toxico s’apparentent à une écriture à main levée, moins calculée.

Bref, si Noms fictifs ne mettra pas fin à la misère du monde, il aura au moins donné une voix – si fictive soit-elle – à ceux et celles qui n’en ont pas.

Et vous, quels sont les livres dont le propos social vous a bouleversé?

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