Auteur : Carolyne Ménard

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; jean-christophe réhel; la fatigue des fruits; l'oie de cravan; poésie et théâtre; poésie québécoise; fatigue; quotidien; solitude; maladie

La fatigue des fruits : la lassitude du quotidien

Je dois l’avouer, j’ai un petit béguin littéraire pour l’œuvre de Jean-Christophe Réhel ces temps-ci. Après avoir dévoré Ce qu’on respire sur Tatouine l’automne dernier, j’ai récemment succombé à son recueil de poésie La fatigue des fruits. Comme Réhel se définit d’emblée comme un poète, cette lecture a représenté une merveilleuse découverte de sa passion première et une confirmation de son immense talent. Plusieurs personnes m’avaient vivement recommandé la lecture de sa dernière œuvre, et je me suis laissée convaincre sans grande difficulté. Des thématiques récurrentes  Les thèmes abordés dans La fatigue des fruits ressemblent à ceux que l’on retrouve dans Ce qu’on respire sur Tatouine : la maladie, la solitude, la lassitude du quotidien et le sentiment d’être inadéquat, notamment. Par contre, dans La fatigue des fruits, l’art de la poésie nous suspend dans un espace-temps indéfini, contrairement au roman. Dans cet état « flottant », on se laisse bercer par l’éloquence de l’écrivain et on peut apprécier davantage toute la beauté de sa plume, vu l’absence des exigences d’un récit narratif : ça doit être ça les fenêtres sont …

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Les livres qui font du bien; Livres; Lecture; Littérature; Littérature québécoise; Bibliothérapie; Maman veut partir; Jonathan Bécotte; Lémeac; Maternité; Enfance; Deuil

Maman veut partir : hommage aux souvenirs d’enfance

Ode à la candeur de l’enfance, Maman veut partir est une œuvre qui témoigne du lien fort qui unit un enfant à sa mère. Ce roman, qui prend la forme d’une succession de courts poèmes, offre un très bel hommage aux mères. L’auteur Jonathan Bécotte y raconte le quotidien de son enfance, ponctué de moments d’heureuse légèreté qu’il partage avec sa mère. À l’instar de son premier roman Souffler dans la cassette, on retrouve dans Maman veut partir une magnifique écriture qui laisse transparaître la grande sensibilité de l’auteur. L’innocence de l’enfance L’auteur réussit avec brio à nous faire ressentir l’étendue de l’amour et de l’admiration d’un enfant envers sa mère. Dans les petits moments, qui pour l’adulte semblent routiniers et anodins, il se dévoile une incroyable magie qui ébahit l’enfant. L’auteur montre l’adorable naïveté d’un petit garçon émerveillé devant sa mère, avec en prime de petites touches d’humour qui nous font sourire. L’écriture de Jonathan Bécotte est tout simplement remarquable. Imagée, poétique et délicate, sa plume nous raconte l’enfance d’une manière simple et accessible, …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; lecture; livres; les livres qui font du bien; Françoise en dernier; Daniel Grenier; Le quartanier; littérature québécoise; aventure; Amérique; adolescence; femmes

Françoise en dernier : l’adolescence en toute liberté

Trois ans après la parution de L’année la plus longue, Daniel Grenier nous conduit à nouveau sur les routes sans fin de l’Amérique avec son ultime roman Françoise en dernier. Cette nouvelle épopée au coeur du territoire américain met en scène Françoise, une adolescente de 17 ans en quête de liberté. Françoise vit une adolescence québécoise plutôt typique de la fin des années 1990 jusqu’au jour où elle trouve dans un salon de coiffure une édition de 1963 du magazine Life qui lui apprend l’histoire d’Helen Klaben. En février 1963, Helen Klaben a 21 ans et survit à un périple de 49 jours dans les forêts du Yukon suite à un écrasement d’avion piloté par Ralph Flores. En prenant connaissance de cet événement, Françoise devient fascinée par Helen Klaben et décide de partir à sa rencontre. Partir à l’aventure  Si vous êtes comme moi, l’envie de partir sur un nowhere vous est probablement déjà passée par la tête dans votre vie, sans toutefois que vous osiez concrétiser cette pensée. Françoise, elle, réalise ce fantasme. On vit donc un …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; livres; les livres qui font du bien; lecture; Ce qu'on respire sur Tatouine; Jean-Christophe Réhel; Del Busso; littérature québécoise; quotidien; Star Wars; maladie

S’exiler sur Tatouine avec Jean-Christophe Réhel

Exposer la subtile beauté du banal, voilà l’exploit que réalise Jean-Christophe Réhel  avec la publication de Ce qu’on respire sur Tatouine. Dans ce roman sans chapitres, on suit le quotidien du narrateur, qui entrelace des épisodes réels de sa vie à des éléments fictifs, dans la plus pure tradition de l’autofiction. Entre un emploi de commis au Super C, une chambre louée dans le sous-sol d’un bungalow à Repentigny et une virée à New York arrosée de crème de menthe, Jean-Christophe Réhel nous dévoile l’unicité de l’anodin, le tout avec la chanson Fell in love with a girl qui résonne en permanence dans nos oreilles. Ode à la solitude sur fond de fantasme starwarsien Il se dégage de ce récit du quotidien une constante impression d’être dans la tête de l’auteur; on accompagne ses pensées, souvent incongrues, parfois incroyablement poétiques. Cette sensation de s’introduire dans l’intimité de l’auteur – qui avoisine le voyeurisme – dévoile aussi l’ampleur de sa profonde solitude. Partout où il va, le narrateur ne semble jamais complètement à sa place, il ne cadre pas …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; noms fictifs; olivier sylvestre; hamac; littérature québécoise; alcoolisme; drogues; itinérance;

Des noms fictifs criants de réalisme

C’est un véritable coup de cœur que j’ai éprouvé cet automne pour le roman Noms fictifs. Ce livre raconte le quotidien de son auteur, Olivier Sylvestre, qui travaille depuis 2006 comme intervenant en dépendance dans un centre pour toxicomanes à Montréal. Au fil du récit, on croise des personnages inspirés des patient.e.s qu’il a aidé.e.s dans le cadre de son travail au cours des dix dernières années. La grande force du roman repose, selon moi, sur la vraisemblance des personnages, leur psychologie étant particulièrement bien dépeinte. Le titre du livre est, en ce sens, une astucieuse trouvaille : si les noms des protagonistes sont fictifs, leurs personnalités sont, quant à elles, bien réelles. L’auteur a créé avec brio un récit non fictif à partir de noms fictifs. Un premier roman bouleversant C’est un premier roman poignant qu’Olivier Sylvestre nous offre avec Noms fictifs. Criant de réalisme, son livre est une ode aux marginaux et aux malmenés de ce monde. Les problèmes de drogues et d’alcool y côtoient l’itinérance et la maladie mentale. L’omniprésence de ces tragédies humaines suscite …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lectures; livres; les livres qui font du bien; créatures du hasard; lula carballo; cheval d'août; littérature québécoise; féminisme; femmes; jeu; dépendance; uruguay

Créatures du hasard: donner la parole aux femmes

Ceux et celles qui me connaissent savent que je suis captivée par l’Amérique latine depuis des lustres. Ce n’est donc pas surprenant que Lula Carballo, autrice québécoise d’origine uruguayenne, ait piqué ma curiosité lorsque j’ai entendu parler de son premier roman, une oeuvre dédiée à sa grand-mère, où l’autrice retrace le quotidien de son enfance en Uruguay. Ce roman écrit en fragments m’a beaucoup plu. Si les origines de l’autrice nous incitent à croire que l’histoire se déroule en Uruguay, le récit est tellement universel par son authenticité que l’intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler au Québec. Les morceaux de l’enfance de Lula se succèdent au fil des cent-cinquante pages du roman, et forment un casse-tête volontairement incomplet, où le.la lecteur.trice doit combler les trous par lui.elle-même. Le non-dit est aussi important ici que l’énoncé. L’histoire d’une famille contaminée par la dépendance au jeu Lula grandit au cœur d’une famille et d’un quartier très pauvres. Les habitants de sa rue brûlent leurs déchets à l’avant de leurs maisons et les coups de feu retentissent …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; livres; lecture; les livres qui font du bien; Chasse aux licornes; Toutou tango; Baron Marc-André Lévesque; Éditions de l'Écrou; Poésie et théâtre; Poésie québécoise

Repousser les frontières de la poésie avec Baron Marc-André Lévesque

Il y a quelques mois, mon exploration de la poésie québécoise m’a fait découvrir un auteur hors du commun – et son nom en témoigne – , Baron Marc-André Lévesque. Le poète a beau toujours attendre que la Reine lui accorde son titre de noblesse autoproclamé, cela ne l’a pas empêché de publier deux flamboyants recueils aux Éditions de l’écrou,  Chasse aux licornes (2015) et Toutou tango (2017). Je m’y suis plongée avec une grande curiosité, et le style unique de l’auteur m’a charmée. Une prose agréablement déjantée et atypique D’emblée, il faut souligner l’originalité de la poésie de Baron;  on est très loin ici d’une poésie dite traditionnelle, autant dans la forme que dans le contenu. L’auteur joue beaucoup avec la langue française, notamment en reproduisant le parler québécois par l’omission de certaines syllabes et en réinventant la syntaxe des phrases.  Très imagée, son écriture mêle le fantastique et le réel.  Les sous-titres « Bain de foudre », « Un sundae aux dragons » et « Les matelots s’en câlissent » du recueil Chasse aux licornes en témoignent d’ailleurs. J’ai personnellement …

le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; ne faites pas honte à votre siècle; daria colonna; poètes de brousse; poésie; colère; violence

Ne faites pas honte à votre siècle : une juste colère

La poésie est un genre littéraire que je connais très peu, pour ne pas dire trop peu. Dans une chronique parue en mars dernier, j’avais d’ailleurs exposé mon souhait de lire davantage de poésie en 2018 afin d’élargir mes horizons littéraires. La découverte du dernier recueil de Daria Colonna, intitulé Ne faites pas honte à votre siècle et finaliste au prix des libraires 2018, s’inscrit dans cette quête. D’emblée, je me dois de souligner le titre judicieux de ce recueil, un titre qui suggère une réflexion sur notre legs à l’histoire et notre inscription dans la longue durée. Bien qu’il soit plutôt rare que j’acquière une œuvre littéraire en raison de son titre, c’est pourtant ce qui s’est produit à l’égard de cette plaquette publiée chez Poètes de brousse. Je me suis dit que si le contenu du livre reflétait la finesse de son titre, l’expérience littéraire en vaudrait le coup. Et je n’ai pas été déçue. Une poésie d’une violente lucidité Les textes de Daria Colonna frappent par leur analyse d’une grande justesse à …

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien, L’Euguélionne; Louky Bersianik; Éditions TYPO; Féminisme; Femmes; Littérature québécoise

L’Euguélionne de Louky Bersianik : humour et fureur féministes

Aborder ce roman mythique de la littérature féministe québécoise n’est pas chose facile lorsqu’on considère les nombreuses analyses et chroniques littéraires qui lui furent dédiées. J’avoue m’être questionnée à savoir si j’étais à la hauteur de la tâche d’en révéler tout le potentiel à travers un court article. C’est donc sans prétention et avec beaucoup d’humilité que je me permets de partager mon appréciation de ce fantastique roman, qui est définitivement un de mes coups de cœur littéraires des derniers mois. Certain.e.s se sentiront peut-être intimidé.e.s par l’imposante taille du volume; soyez au contraire assuré.e.s que ce petit bijou se dévore et se savoure avec aise, au fil d’une épopée complètement loufoque sans queue ni tête. Il faut approcher L’Euguélionne sans rien attendre d’autre que de se laisser transporter – et transformer – par l’intelligence humoristique et les réflexions de l’autrice. L’extraterrestre à la recherche du « mâle de son espèce » Dans ce récit non linéaire, on suit la quête de l‘Euguélionne, cette extraterrestre qui aboutit sur la planète Terre dans le but de trouver « sa …

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; Neurotica; Mélanie Gélinas; Leméac; Santé mentale; Mère

Quand le roman aide à accepter la maladie mentale d’un proche

La santé mentale est un thème qui m’interpelle particulièrement dans la littérature. Ayant un proche qui vit avec une maladie mentale, les romans qui traitent de ce sujet ont souvent eu un grand effet thérapeutique sur ma personne en m’aidant à mieux comprendre les symptômes d’une maladie mentale et à conserver un regard humain sur cette réalité, sans jamais sombrer dans la haine ni la colère. Parmi mes découvertes littéraires des dernières années, quelques ouvrages abordant ce thème m’ont apporté beaucoup de bien, notamment Borderline (2000) de Marie-Sissi Labrèche, Pivot de Marie-Ève Cotton (2017), La cloche de détresse (1963) de Sylvia Plath, Demain j’étais folle (2014) d’Arnhild Lauveng, Matricide (2017) de Katherine Raymond, et Profession du père (2015) de Sorj Chalandon. Aucun ne m’a toutefois autant ébranlée que Neurotica (2014) de Mélanie Gélinas. L’innocence de l’enfant, la douleur de l’adulte Dans la première partie de ce roman fragmenté, on suit l’histoire d’Anna Ouellet, âgée de huit ans, dont la mère souffre d’une « maladie des émotions », comme le dit la jeune narratrice. Le récit débute avec l’automutilation d’Anna, qu’elle réalise …