Poésie et théâtre
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La Société des poètes disparus sur scène

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Les planètes étaient alignées. Le 21 mars avait lieu la Journée mondiale de la poésie et, moi, j’allais voir à nouveau les poètes disparus prendre vie. Or cette fois, ce serait sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier. C’était la date idéale pour la première de cette œuvre, qui valorise avec grandeur les maîtres des rimes d’une époque d’antan, particulièrement l’indestructible Walt Whitman, sur lequel je me suis penchée dans un article antérieur. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’ils avaient déjà gagné mon cœur avant même le lever du rideau.

Je ne prendrai pas le temps de vous faire un résumé du récit puisque la majorité des lectrices et des lecteurs doivent connaître cette histoire de fond en comble. Toutefois, si ce n’est pas le cas, je vous recommande fortement de voir le film mettant en vedette le talentueux Robin William, dans le rôle de M. Keating, ou bien de lire l’adaptation écrite par Nancy H. Kleinbaum en 1990.

 

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Décor

Bien que le décor ait été plutôt minimaliste, constitué principalement d’une estrade de bois, d’un tableau de classe ainsi que d’un calorifère, l’espace qui s’offrait aux acteurs était largement utilisé, et ce, toujours à bon escient. Le spectateur se sentait facilement plongé dans l’atmosphère d’une école privée américaine au cadre restrictif et rigoureux.  Nul besoin d’une scène chargée lorsque celle-ci est pleinement occupée par le jeu des corps. Quelques objets s’ajoutaient ici et là, tels que la machine à écrire de Todd, de nombreux livres de poésie et les bannières représentant les valeurs de l’institution, pour ne nommer que ceux-ci. J’ai eu un gros coup de cœur pour la chute de neige vers la fin de la pièce. Elle était féerique et correspondait parfaitement à la mélancolie ressentie lors de ce moment précis.

Mise en scène et adaptation

Cependant, la véritable force de la pièce est sans aucun doute la mise en scène orchestrée par Sébastien David. Les transitions au ralenti m’ont complètement renversée. Une poésie sans mot. La poésie en mouvements lents, juste assez pour que nous puissions la saisir au passage. Chacune de ces transitions était empreinte d’une émotion différente. Par exemple, les moments de Neil transpiraient l’immobilité, le frein que représente son père dans le désir du jeune homme d’avancer dans des chemins non débroussaillés. Alors que la scène de danse sur un succès d’Elvis Presley criait haut et fort la joie, le fameux « Carpe Diem », mais dans le silence.

Le choix de la chronologie était aussi particulièrement intéressant. Tout coulait de façon fluide, sans bris de cohérence. J’irais jusqu’à dire que certains passages m’ont semblé plus poignants que dans le film en raison de l’entremêlement des scènes qui, habituellement, se succèdent. Je fais référence ici à l’un des derniers actes de la pièce, celui nous montrant simultanément la fin de Neil et la dernière rencontre du Cercle (scène coupée au montage du film). Contrairement à ce qui en est dans le long-métrage, Neil ne termine pas sa performance théâtrale (il incarne Puck dans la pièce Songe d’une nuit d’été de Shakespeare). Son père l’interrompt en pleine prestation. Et c’est juste avant de se donner la mort que Neil nous livre les dernières lignes de la pièce, comme un dernier au revoir. Grande métaphore d’une fin interrompue qui se transforme en fin définitive. Or c’est aussi à ce moment que les amis de Neil festoient dans la grotte, lieu de rencontre du Cercle, en compagnie de M. Keating. Ce dernier déclame un discours contagieux sur la vie, répétant le populaire « sucer toute la moelle secrète de la vie » de Thoreau, ramenant à ma mémoire le merveilleux poème de Baudelaire, «Enivrez-vous». Cet amalgame de vie et de mort nous déchire dans les tréfonds de notre être.

«Enivrez-vous»

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront: «Il est l’heure de s’enivrer! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.»

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII

Le jeu des acteurs

J’ai grandement aimé que les acteurs jouant les étudiants soient de jeunes comédiens. Malgré leur jeune âge, le jeu était bien maîtrisé. Heureusement, M. Keating, interprété par Patrice Dubois, est à la hauteur de nos attentes, et Dieu sait qu’il avait de grandes chaussures à porter. Il était irrévérencieux et habité par une fougue inégalable. Mais c’est Simon Landry-Désy, jouant Todd Anderson, qui m’aura le plus prise de court. Les expressions faciales du comédien véhiculaient avec exactitude le malaise, le mal de vivre et la colère vécus par le personnage. La scène du « Yawp » (cri primitif selon Walt Whitman) m’a donné des frissons sur tout le corps. Bref, des acteurs mélangeant les rires et les pleurs dans un jeu subtil et authentique.

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Une chose est certaine, «les mots et les idées peuvent changer le monde», et ça, M. Keating me l’aura à nouveau fait ressentir. L’appel au non-conformisme qu’est La Société des poètes disparus est intemporel. En ce sens, je suis heureuse de constater que plusieurs écoles secondaires de la métropole ont prévu de faire voir la pièce à leurs élèves. On ne dira jamais trop à nos adolescents que le meilleur chemin est celui que personne n’emprunte.

Connaissez-vous cette oeuvre? L’avez-vous appréciée?

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

Un commentaire

  1. En apprenant que M. Keating etait un des membres influents du cercle des poetes disparus alors qu’il etait a Welton, Neil redemarre le club et lui et ses amis sortent du campus la nuit pour aller dans une grotte ou ils lisent des poemes ainsi que des poemes de leurs propres compositions. Au cours de l’annee scolaire, les lecons de Keating et leur implication dans le club les encouragent a vivre leur vie a leur facon. Knox rencontre Chris Noel, une fille qui sort avec un footballeur d’une ecole publique et dont la famille est amie avec la sienne. Neil decouvre la passion du theatre et obtient le role de Puck dans une production locale de la piece

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