Littérature étrangère
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Frantumaglia: Ferrante, l’écriture et l’anonymat

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Elena Ferrante. J’avais d’abord entendu parler de son célèbre et tant acclamé livre L’amie prodigieuse, que j’ai dévoré en quelques jours seulement, les pages se tournant d’elles-mêmes. Depuis sa sortie au Québec, son succès ne s’est pas démenti, et on en a même parlé sur le blog, ici.

J’avais aussi entendu parler du mystère l’entourant, des rumeurs qui disaient qu’elle serait en fait un homme, tel écrivain italien, ou encore une professeure de littérature. Les médias de toute la planète ont cherché à résoudre cette énigme: quelle est la véritable identité de celle qui se cache derrière la tétralogie italienne à grand succès?

À travers tous ces questionnements, les éditeurs de Ferrante ont regroupé plusieurs lettres, réflexions, correspondances, interviews et extraits de romans inédits pour en faire un livre, Frantumaglia, et ainsi partager avec les lecteurs l’expérience de l’écrivaine. Alors qu’on ne connaissait rien de l’autrice, elle a maintenant une voix à l’extérieur de ses romans. On y découvre des parcelles de sa vie, les inspirations derrière ses personnages, le parcours qui l’a menée à devenir écrivaine, mais aussi les raisons pour lesquelles elle souhaite continuer à écrire dans l’anonymat. Même si son identité n’est pas révélée, on apprend à mieux la connaître. C’est un livre qui accompagne ses autres livres.

On comprend bien ses intentions de garder sa vie privée: elle croit que les livres peuvent s’autosuffire et que l’autopromotion ne fait pas partie des tâches de l’écrivain. L’effet de popularité qu’a créé le mystère autour de sa personne s’est produit malgré elle. Elle dit: «Ce n’est pas mon absence qui suscite de l’intérêt pour mes livres, mais c’est l’intérêt qu’on éprouve pour mes livres qui suscite l’attention des médias pour mon absence.» Selon elle, il y a tout dans ses livres, et ils disent ce qu’ils ont à dire.

Ce que nous apprenons à propos d’Elena Ferrante

  • Elle est une grande lectrice et une intellectuelle. Elle a fait des études classiques et s’inspire des figures de la mythologie grecque et romaine, et surtout de ses figures féminines.
  • Elle s’intéresse à la cause féministe, et ses personnages féminins sont forts de caractère. Elle s’intéresse beaucoup à la psychanalyse et à la psychologie des personnages. Didon a été une figure féminine fondamentale de son adolescence. L’autrice Elsa Morrante l’a beaucoup marquée et elle considère ses œuvres comme insurpassables. Elle lit d’ailleurs beaucoup de livres écrits par des femmes.
  • Elle aborde beaucoup les thèmes de la relation mère-fille et de l’abandon dans ses livres.
  • Elle écrit sous un pseudonyme.
  • Elle ne raconte pas son histoire personnelle, mais elle puise dans ses expériences, dans son enfance. Elle s’inspire d’émotions qu’elle a déjà ressenties, de thèmes qui la touchent de près pour inventer une fiction, une histoire imaginaire. Ses livres sont autobiographiques dans ce sens. Elle a d’ailleurs passé son enfance à Naples, mais n’habite plus là aujourd’hui.

Mettre l’écriture au centre de sa vie

Son choix de rester dans l’ombre est justifié par un raisonnement poussé: «Écrire en sachant qu’on n’aura pas à se montrer engendre un espace de liberté créative absolue.» Elle explique qu’elle s’offre à l’intérieur de ses livres.

Les lecteurs pourront trouver une version plus vraie de l’autrice à travers ses livres plutôt qu’à travers une couverture de magazine ou lors d’un festival de littérature, par exemple. Le lecteur passionné saura déduire la physionomie de l’auteur à travers ses mots, ses expressions, sa grammaire, son vocabulaire.

«Quand on écrit on essaie avant tout de donner une forme a son propre monde. Il s’agit naturellement d’un monde intérieur, et donc privé, pas encore public ou seulement en partie public. En ce sens ‘‘publier un livre’’ signifie: offrir à autrui sous la forme qui nous semble la plus appropriée, ce qui nous appartient intimement.»

Bref, Frantumaglia est un livre pour les curieux qui s’intéressent aux dessous de la tétralogie L’amie prodigieuse, mais qui connaissent bien aussi les autres romans de l’autrice. Ceux qui s’intéressent à la vie des écrivains et à l’écriture en général pourront y trouver leur compte également. En ce qui me concerne, certaines réflexions d’Elena Ferrante ont résonné à travers moi. Même si je n’ai pas lu tous ses livres, j’étais curieuse de lire sur le processus créatif de l’écriture derrière ses romans et de me plonger dans son histoire.

Frantumaglia est un livre pensé pour les véritables lecteurs d’Elena Ferrante qui désirent mieux la connaître.

Et vous, que pensez-vous des auteurs qui préfèrent séparer leur personne de leur œuvre?

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