Essais
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Une grosse leçon de vie

La vie en gros par Mickaël Bergeron

J’ai toujours eu beaucoup de difficulté à lire des livres qui ne sont pas des romans. Quand il n’y a pas une histoire articulée, je perds rapidement le fil et l’intérêt. J’ai été agréablement surprise de constater que ça n’était pas du tout le cas avec La vie en gros de Mickaël Bergeron. Au contraire: j’avais presque de la difficulté à le lâcher!

Je n’ai jamais été mince, et, même si je ne me considère pas grosse, Mickaël a réussi à me faire ouvrir les yeux sur plusieurs comportements et pensées discriminantes que moi-même j’entretiens, autant envers les personnes qualifiées médicalement d’obèses que les personnes de ma propre shape. Et c’est terrible. C’est terrible ce qui se passe dans nos têtes à propos d’une simple forme de corps.

La vie en gros

En gros (ha! ha!), il s’agit de la vision d’un gros sur la vie.

«Entre témoignage, analyse sociale et discours militant, La vie en gros propose un regard sur ces violences diverses et quotidiennes qui se manifestent autant dans la vie professionnelle que dans les relations amoureuses, dans les transports en commun ou à l’hôpital, sur la couverture d’un magazine ou au grand écran.» (Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la quatrième de couverture!)

Le livre est séparé en 98 courts chapitres, ce qui en fait un bon choix pour les petits lecteurs ou encore le livre de salle de bain par excellence (sans se restreindre, toutefois, à ce seul public, car on s’entend que, comme il est dit précédemment, j’avais personnellement de la misère à le lâcher!). Chaque chapitre est dédié à un aspect spécifique, soit à la grossophobie, soit à la définition de ce qui est gros, ou encore à un aspect autobiographique de la vie de l’auteur. Je crois que c’est le mélange de tout ça qui fait justement le charme de ce livre et qui le rend si intéressant: c’est instructif tout en étant divertissant. C’est écrit avec juste assez de détails de vie personnelle pour qu’on se sente concernés, mais aussi, de façon assez générale, pour inclure tout le monde. Un parfait mélange des deux qui met une voix sur ces pensées profondes qu’on ose à peine dire tout haut, et auxquelles on ne veut souvent même pas accorder d’attention. Et pourtant, c’est un problème qui mérite qu’on y accorde beaucoup d’attention!

La grossophobie

Quand je parle d’un problème qui demanderait qu’on y accorde plus d’importance, je ne parle pas du fait que, dans notre société, on fait de plus en plus de surpoids. Ce n’est une surprise pour personne, tout le monde le sait, personne ne veut y penser, mais le fait est là. Le problème dont il est question, c’est plutôt l’attitude qu’on a vis-à-vis de ça. Cette attitude malsaine de vouloir penser que tous les gros sont en mauvaise santé, qu’ils doivent faire du sport, se reprendre en main, cesser d’être gros. Pourtant, comme le dit si bien Mickaël:

«On ne peut nier que les risques augmentent avec un réel surpoids, mais il faut cesser d’associer automatiquement poids et santé. […] Il faut arrêter de prétendre que, s’il y a devant nous deux personnes, l’une mince et l’autre grosse, la personne mince est automatiquement en meilleure santé.» (p. 97)

C’est quelque chose qui m’a personnellement toujours frustrée. Je suis ronde, chubby pour le dire de façon cute. Et pourtant, je suis tellement plus en forme que bien des gens que je connais, qui sont tellement plus minces que moi! Le poids ne veut rien dire. Être gros(se), ça ne veut rien dire. Il faut cesser de faire parler quelque chose qui n’est pas forcément significatif, parce que ce qu’il en résulte ce ne sont pas des personnes plus en santé, mais des personnes mal dans leur peau. Il en résulte la grossophobie, la discrimination des personnes grosses. C’est dégueulasse (je pèse mon mot). En un coup d’œil, simplement parce qu’une personne est grosse, on (en tant que société) se permet de la juger et de la catégoriser. Paresseuse. Fainéante. Trop gourmande. Peu d’ambition. De quel droit se permet-on de porter un jugement simplement sur la base d’une forme du corps?

Une grosse leçon de vie

Ce livre m’a permis d’apprendre une grosse et belle leçon de vie.

«La beauté et la laideur sont partout. Elles sont dans les corps minces comme dans les corps gros.

Il faut montrer des corps gros et dire qu’ils sont beaux. Peut-être pas tous, mais plusieurs le sont. Tous les corps minces ne sont pas beaux non plus. Et la différence entre la beauté de l’un et de l’autre devrait relever de nos goûts personnels et non d’une norme sociale.» (p. 194)

Les différents témoignages et discours que Mickaël amènent sont vivants, poignants, et ouvrent une porte sur un sujet que nous avons l’habitude de garder bien enfermé. Si mon seul bémol est le sujet un peu redondant de sa rupture et de son célibat imposé pendant trente ans (sujet qui est abordé dans de multiples chapitres, souvent pour répéter à peu près la même chose, et qui en devient donc lassant très rapidement), ce livre reste néanmoins dans mon palmarès d’ouvrages qui auront réussi à changer ma perception des choses et à me rendre un peu plus sensible à mes propres réactions.

N.B. Un gros merci aux éditions Somme Toute pour le service de presse!

Et vous, quel livre a su changer votre perception des choses?

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