Littérature étrangère
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Les vieilles chansons ne meurent jamais

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Cette mélodie ambiante qui ne s’éteint jamais, qui ne vieillit pas. Celle qui, au fil des années, ne fait que forger son aura de mystère et son empreinte sur notre propre développement. Celle qui nous est transmise par nos parents, celle qui nous réconforte dans les moments chavirant, mais surtout celle qui nous rend nostalgique. Cette mélodie qu’on peut nommer intemporelle, éternelle. Elle est le fruit de l’éclat d’une génération et le mystère le mieux gardé de celle-ci. Encore à ce jour, c’est celle qui nous pousse à monter le volume plus fort, à nous rappeler notre première écoute, et à espérer, l’instant d’un refrain, d’avoir la chance de retourner dans le passé pour comprendre toute la portée d’un tel pourparler. Si le monde littéraire américain résonne aussi fort que cette nostalgie, c’est surtout grâce au succès immédiat du sixième roman de Taylor Jenkins Reid, Daisy Jones and the six. Best-seller dès sa parution, l’œuvre sera adaptée sous peu en série. Retour sur une œuvre particulière, qui s’attaque directement à ces mots qu’on n’ose jamais avouer et chanter. 

Petit oiseau s’envolera

Daisy Jones and the six est le récit semi-fictif d’un groupe rock des années 70 et de son succès international. Mené par la charismatique Daisy Jones et le leader Billy Dunne, le groupe n’enregistra qu’un seul album avant de se séparer subitement lors de sa première tournée, alors qu’il est au sommet de son succès. Que s’est-il réellement passé au Chicago Stadium? Et surtout, peut-on survivre au mythe créé par le succès? Librement inspiré de l’histoire de Stevie Nicks et de Lindsey Buckingham, Daisy Jones and the six suit la descente aux enfers d’un groupe qui n’a jamais su comment vivre en parfaite harmonie avec le rock’n’roll. C’est un récit d’amour, de pardon et de toutes ces petites lumières que la musique réussit à créer, à allumer, et qui savent résister à l’ère du temps.

D’emblée, il faut l’admettre, Daisy Jones and the six sait s’illustrer par ses thèmes et par l’époque exploitée. Sans aucun doute, les années 70 sont une des plus grandes périodes de bouleversements et d’avancée vers la liberté d’expression que l’Amérique ait connues. La scène musicale y joue d’ailleurs un rôle important, ralliant les foules, créant des sentiments d’appartenance à de nouveaux styles et à de nouveaux mouvements, et des façons de pensée plus sincères, voire plus libres. En ce sens, l’œuvre de Taylor Jenkins Reid se démarque par sa sincérité et son respect face au mouvement rock’n’roll. On y dépeint une société et des individus en quête de vérité, d’appartenance et d’amour. Bien qu’inspirée par certains des plus grands noms de la musique, l’autrice arrive à créer un groupe unique, influencé par les différents mouvements et styles de musique. Si on se perd un peu par rapport aux différents rôles de chacun des membres, il n’en demeure pas moins qu’on apprécie cette diversité et la confiance qui émane de chacun des membres; comme quoi chaque personne peut parfois perdre le contrôle de sa propre vie, mais jamais de sa créativité.

So long, farewell

Taylor Jenkins Reid prend un pari en proposant un roman écrit sous forme d’entrevues permettant d’entendre le point de vue de tous les membres du groupe, ainsi que de leurs proches. Proposition qui, sur quelques points, n’opère pas. À commencer par la faiblesse de la plume de l’autrice. Si chaque personnage amène des points différents, il n’en demeure pas moins qu’on garde l’impression qu’il s’agit toujours du même point de vue, comme si chaque personnage avait la même parole, la même pensée. Pour les différencier, l’autrice propose certaines contradictions dans leurs récits respectifs, qui nous font sourire et qui nous rappellent que ce qui appartient à l’histoire n’est pas toujours aussi tangible qu’on le pense. L’œuvre propose aussi les points de vue de certaines personnes extérieures au groupe, comme les personnages clés de certaines situations tournantes au sein du groupe. Ainsi, les points de vue des conjointes des membres du groupe, de journalistes et d’agents d’artistes s’ajoutent pour amener une opinion externe, parfois trop engagée. Avec près d’une vingtaine de personnages, on peut souligner quelques passages futiles. Mais malgré cela, la magie opère. La plus grande force du roman réside en son sujet même. Le rock’n’roll est une période sacrée qui, encore à ce jour, retient certains des plus grands secrets musicaux. Bien que la plume de Taylor Jenkins Reid ne soit pas particulièrement captivante, l’autrice a su exploiter à la perfection un sujet aussi intéressant qu’essentiel de la culture américaine. On est captivé du début à la fin, à l’affût de chaque petit détail pouvant nous révéler la cause de la séparation du groupe.

Bien que le roman s’intéresse principalement à la vie et à la mort du groupe, on ne peut passer sous silence que l’amour occupe une place importante dans l’histoire. Le désir, la reconnaissance et l’appartenance occupent tous une place de choix dans le récit. Car si Daisy Jones reste le centre de l’attention générale, le focus est constamment dévié vers le personnage de Billy Dunne. L’une est libertine, séductrice et toxicomane, alors que l’autre est sobre et marié. Et c’est cette relation qui mène les 300 quelque pages de l’œuvre. Car avant tout, Daisy Jones and the six est un récit sur la dépendance, sur les tentations et sur le contrôle, et évidemment, un roman d’amour impossible bien plus qu’un roman sur la montée du mouvement rock des années 70. Il est impossible de ne pas tomber en amour avec le personnage de Daisy Jones. Chaque extrait, chaque parole de chanson nous fait penser à la grande tignasse blonde de Stevie Nicks. Et c’est ce qui rend l’œuvre aussi intéressante, de voir comment un personnage aussi fort peut se réinventer en dehors de l’esprit de groupe, mais surtout en dehors de l’opinion des autres. C’est un portrait troublant et touchant de la beauté. Sans aucun doute, Daisy Jones and the six est un livre qui mérite amplement l’attention médiatique qui lui est offerte. Par contre, certains pourraient ressentir une certaine trahison, comme si on nous avait menti et qu’on avait décidé de nous dire ce qu’on avait envie d’entendre. Pour ma part, j’ai l’impression que les recherches effectuées par l’autrice sont justes, justifiées, mais que l’histoire est bien trop romancée pour faire écho à la musique qui nous habite encore aujourd’hui. C’est un roman d’amour impossible, de don de soi et de sensibilité. C’est une lecture d’été parfaite, qui vient capter notre attention du début à la fin par sa forme, sa simplicité et ses sujets aussi intéressants que mystérieux. 

Plusieurs semaines après ma lecture, je me plonge encore dans mes vieilles listes de lecture agrémentées de Joni Mitchell, de Fleetwood Mac et de Jefferson Airplane. J’imagine que le mythe continue d’opérer et de se développer. Mais cette lecture me pousse à replonger dans l’exactitude des sentiments créés par de telles œuvres. Plutôt que de m’inciter à simplement les écouter, ces chansons me poussent à comprendre le développement et les bouleversements de ces figures qui ont bercé mon adolescence et qui continuent à m’épauler à l’âge adulte. Car oui, la musique est intemporelle. Ce qui nous touche ne vieillit pas. Et ce qui passe ne meurt jamais. 

Et vous, quels livres ont éveillé en vous une nostalgie profonde reliée à la musique?

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Amoureuse de la littérature depuis qu'elle est haute comme trois pommes, Marie-Laurence se décrit comme une grande passionnée des mots et de leurs impacts sur la société. Comédienne à temps plein, cinéphile et musicienne à temps partiel, elle ne sort jamais de chez elle sans être accompagnée d'un livre. Elle est chroniqueuse au sein de l'équipe des Herbes folles, l'émission littéraire de CISM 89,3 FM. Elle partage sa vie entre son ardent désir d'écrire, son amour pour le jeu, ses combats constants pour ne pas repartir en voyage, le monde brassicole, la politique (parfois elle s'emporte même), George Gershwin et le café, beaucoup de café.

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